Bruxelles, 24/06/2002 (Agence Europe) - Les premières réactions aux résultats du Conseil européens de Séville vont d'une certaine satisfaction chez certains pour le compromis trouvé sur les relations avec les pays tiers en matière d'immigration au mécontentement d'autres pour les mêmes raisons, à une inquiétude assez généralisé pour les risques de retard dans les négociations d'élargissement.
Ainsi, le président du groupe PPE-DE au Parlement européen, Hans-Gert Pöttering, concernant le problème des aides directes aux agriculteurs des pays candidats, s'est inquiété du "report, obtenu par le chancelier Schröder, d'une clarification sur cette importante question". En revanche, il considère que les réformes convenues pour le Conseil européen et le Conseil sont "un pas en avant", même s'il aurait préféré que le rôle du Conseil Affaires générales soit davantage précisé, dans le sens d'un "Conseil des "ministres aux Affaires européennes" responsable pour le travail législatif". La création d'un "ministère aux affaires européennes" est indispensable, en particulier pour l'Allemagne, a estimé Hartmut Nassauer, lui aussi élu européen de la CDU qui, par ailleurs, a regretté qu'à Séville on ne soit pas parvenu à s'entendre sur des sanctions, y compris une "réduction de l'aide au développement", aux pays non coopératifs. Le groupe des Verts/ALE salue justement ce dernier résultat: nous ne devons pas lancer une "guerre" contre l'immigration illégale, "impression qui a été suscitée pendant les dernières semaines, mais concevoir une politique raisonnable", s'exclame Monica Frassoni¸ co-présidente du groupe, et sa collègue Nelly Maes insiste elle aussi sur une politique "plus équilibrée" et un renforcement de l'aide au développement.
Concernant l'immigration et l'asile, le soulagement domine aussi chez Amnesty International, dont le directeur pour l'UE, Dick Oosting, a espéré que les décisions prises à Séville introduiront dans ce débat une perspective "droits de l'Homme" qui est très nécessaire. La guerre déclarée contre l'immigration illégale était devenue si "incandescente que presque tout le monde voyait que l'UE était en train d'aller trop loin dans la tendance unilatérale de garder les gens dehors et de les renvoyer chez eux à tout prix", commente-t-il, en se prononçant pour "une pression constructive pour obtenir des changements en faveur des droits de l'homme dans les pays d'où les gens fuient la persécution, les conflits et les privations, et des garanties pour la sécurité de ceux qui sont rapatriés".
Quant à Greenpeace, son porte-parole au Conseil européen de Séville, Emilio Rull, a salué le plan pour le développement durable que les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE ont décidé de défendre au sommet de Johannesburg, en lançant: "L'Europe doit lancer maintenant une campagne diplomatique pour atteindre ses objectifs (...), sinon l'accord de Séville restera un tigre en papier". Et, en notant que l'Espagne est le pays de l'UE le plus en retard dans le respect du Protocole de Kyoto (les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 33,7% malgré l'autorisation de Kyoto à les augmenter de 15% au maximum, dit-il), il estime que "sans le manque de volonté politique du gouvernement espagnol, à Séville l'UE aurait appelé la Russie et le Canada à ratifier d'urgence le Protocole de Kyoto".
John Palmer, Directeur de The European Policy Centre, estime pour sa part que le Conseil européen à "fait preuve d'un bon sens encourageant en laissant tomber les folles propositions de certains Etats membres" de sanctionner économiquement des "pays pauvres considérés non coopératifs". Quant à l'élargissement, il note que la présidence danoise est "extrêmement consciente du fait que les dossiers finaux et les plus difficiles devront être clos pendant une trop brève fenêtre d'opportunité". A propos de la réforme du Conseil et du Conseil européen, il affirme que Séville a produit des mesures "raisonnables" et qu'on a pu "écraser une tentative d'anticiper sur la Convention" européenne. M. Palmer évoque aussi les conclusions du Conseil sur la situation économique, et considère "très significative" l'allusion à l'incertitude économique. Car, dit-il, alors que les perspectives économiques de l'UE deviennent plus positives, "certains craignent que l'économie des Etats-Unis pourrait (…) même suivre le Japon sur la route dangereuse d'une (...) déflation". Selon lui, c'est peut-être pour cette raison que les experts de l'UE attirent l'attention sur les marges qui existent potentiellement dans le cadre du Pacte de stabilité et de croissance pour contrecarrer toute nouvelle menace de récession découlant des développements mondiaux.