Bruxelles, 18/06/2002 (Agence Europe) - Il aura fallu une lettre adressée à la Présidence espagnole et à toutes les chancelleries des Etats membres pour que le Représentant spécial de l'Union européenne au Proche-Orient, Miguel Angel Moratinos, puisse enfin disposer d'une voiture blindée, alors que lui-même et les membres de sa petite équipe sont exposés presque quotidiennement à des risques sérieux dans le cadre d'un conflit qui s'est très fortement amplifié au cours des derniers mois. Alors que les missions des Etats membres comme la délégation de la Commission dispose de véhicules blindés et que l'émissaire américain Anthony Zinni, lorsqu'il était sur place, était constamment entouré d'un important dispositif de sécurité, le représentant de l'UE dont l'activité a été particulièrement intense au cours des derniers mois devait se déplacer sans aucune forme de protection ou obtenir, lorsque les circonstances le permettaient, l'assistance de la Commission ou d'une représentation diplomatique d'un Etat membre. Une première demande de M. Moratinos s'est heurtée à une fin de non-recevoir très administrative des services du Conseil, motivée par l'absence de crédits. Le Représentant spécial a alors décidé, fin mai, d'écrire à la Présidence espagnole et de diffuser une copie de cette lettre à toutes les chancelleries. Cette deuxième démarche a été couronnée de succès, puisque M. Moratinos a obtenu l'autorisation d'acquérir une voiture blindée sur le budget de sa mission qui devrait lui être livrée dans quelques semaines, les formalités de dédouanement étant actuellement fort longues. Afin de combler le trou financier, de l'ordre de 300 000 euros, créé par cette acquisition et d'autres dépenses liées à l'accroissement des activités de son bureau, la France et le Royaume-Uni ont accepté de prendre en charge les frais de mission des deux fonctionnaires qu'ils ont détachés auprès du bureau de M. Moratinos. Ce problème n'est qu'une illustration des difficultés budgétaires auxquelles est confronté M. Moratinos dont le bureau, qui ne compte qu'une dizaine de personnes au total, a subi une réduction d'environ 37% de son budget en totale contradiction avec la volonté affichée par le Conseil et le PE quant au rôle que l'UE souhaite jouer dans la région. Une situation d'autant plus paradoxale que les institutions de l'UE et les Etats membres ont multiplié les demandes adressées à son bureau au cours des derniers mois, période au cours de laquelle M. Moratinos a été l'un des principaux artisans de différentes négociations dont celle qui a permis de débloquer la situation à l'église de la nativité à Bethléem. Dans le même temps, le bureau du Représentant spécial a ainsi perdu un conseiller politique et est en passe de perdre son conseiller économique alors que doit s'ouvrir une phase de reconstruction des infrastructures et de l'économie palestinienne.