Bruxelles, 21/05/2002 (Agence Europe) - Le président de la Banque centrale européenne (BCE) Wim Duisenberg, lors de son échange de vues, mardi à Bruxelles, avec la commission économique et monétaire du PE, a réitéré ses préoccupations au sujet de l'inflation et rappelé les incertitudes qui continuent de peser sur la reprise de la croissance en Europe. Pour dissiper ces doutes, il a appelé les Etats membres à ne pas lâcher les rênes de la modération salariale, à respecter le Pacte de stabilité et de croissance et à mener les réformes structurelles nécessaires, notamment sur le marché du travail.
Pour M. Duisenberg, les incertitudes quant à l'ampleur de la reprise « n'ont pas diminué depuis la dernière réunion », début mai, du Conseil des gouverneurs de la BCE. Selon lui, ces incertitudes étaient toujours dues à l'évolution des prix du pétrole et aux interrogations concernant la reprise de la consommation, sans compter les « risques de déséquilibres » dans d'autres régions du globe. M. Duisenberg a tout de même confirmé que les dernières informations sur le niveau de confiance du secteur des affaires « constituent la preuve la plus visible de l'amélioration des conditions économiques » et que la croissance de la zone euro devrait atteindre son potentiel en fin d'année (2 à 2,5% du PIB). Au sujet de l'inflation, il a noté des tendances à la hausse des prix des services, ce qui doit être surveillé de près. Tout en tablant sur un chiffre proche de 2% à la fin de l'année, il a insisté sur la modération salariale: « c'est une erreur de croire que des augmentations importantes des salaires contribueront à accroître la demande en termes réels. Au contraire, des augmentations salariales exagérées augmenteraient les coûts et créeraient des pressions inflationnistes », a-t-il dit, en affirmant que la modération salariale est un « élément essentiel » de la création d'emplois et de la croissance. Il a demandé une nouvelle fois aux Etats membres d'entreprendre les réformes structurelles nécessaires (des marchés du travail, des produits et des capitaux) au regain de la productivité, en estimant que les grandes orientations de politique économique (GOPE) pour 2002 « devraient fixer les conditions permettant d'accélérer le rythme des réformes économiques ». Au sujet des politiques budgétaires, M. Duisenberg a jugé essentiel que les pays qui n'y sont pas encore parvenus (France, Allemagne, Italie, Portugal) « arrivent à une position budgétaire proche de l'équilibre, ou en excédent », en insistant « fortement » sur le fait que « tous les Etats membres concernés doivent honorer l'engagement de parvenir à des budgets en équilibre d'ici 2003 ou 2004 ». Qui plus est, il a demandé aux gouvernements de mettre en œuvre des réformes ambitieuses sur la taille et la structure des dépenses et des revenus publics, « afin de dégager une marge de manœuvre pour effectuer des baisses d'impôts et absorber les coûts budgétaires des conséquences du vieillissement de la population ».
Lors du débat, M. Duisenberg a répondu à Piia-Noora Kauppi (PPE-DE, finlandaise) que les facteurs qui « nous permettent d'être optimistes » au sujet de la reprise sont les indices de confiance des entreprises (en hausse ces derniers mois) et les premières données sur la production industrielle en Europe. Le socialiste luxembourgeois Robert Goebbels qui lui demandait s'il considérait « insoutenable » le déficit commercial des Etats-Unis (qui approcherait les 2 milliards de dollars par jour), M. Duisenberg a répondu que ceci le préoccupait en termes de production, de prix et de taux de change sur le marché mondial, tout en rappelant que le gouvernement de Bill Clinton s'était engagé à éliminer progressivement (en dix ans) ce déficit public. A Christopher Huhne (ELDR, britannique) qui demandait si la BCE avait étudié la demande du PE de publier les résultats des votes du Conseil des gouverneurs lors d'une décision sur les taux d'intérêt, M. Duisenberg a expliqué que les décisions sur les taux étaient souvent prises sans voter, et a douté de l'utilité de ces informations pour accroître la transparence ou aider les marchés, mais il n'a pas exclu une telle publication après l'élargissement de l'UE, si le vote devenait une procédure habituelle. Interrogé par M. Huhne sur les intentions budgétaires du gouvernement français, il a seulement noté que ce dernier avait demandé un audit sur les finances publiques, dont les résultats seront connus en juin. Quant à la décision du Conseil Ecofin (en février dernier) de ne pas lancer d'avertissement à l'Allemagne au sujet du dérapage de ses finances publiques, M. Duisenberg a estimé que « la pression des pairs a fonctionné », et que c'était là une des principales caractéristiques de cet instrument (procédure d'alerte précoce, ou « early warning ») du Pacte de stabilité. Contrairement à ce qui a été suggéré ici ou là, « la Commission n'a pas cédé et a encore moins été vaincue » dans cette affaire, a-t-il dit, ajoutant que la Commission a joué le rôle de « catalyseur pour faire émerger les intentions budgétaires du gouvernement allemand ».