Barcelone, 19/04/2002 (Agence Europe) - La Commission européenne et la Présidence espagnole ont organisé, vendredi et samedi à Barcelone, une conférence pour le lancement de la phase préparatoire d'un nouveau programme d'essais cliniques Europe - pays en voie de développement (EDCTP).
Ce programme, dont la préparation est coordonnée par le Hospital Clinic Barcelona, portera sur les trois grandes maladies (malaria, sida, tuberculose) qui constituent des fléaux majeurs dans les pays pauvres. En raison des liens étroits de coopération qui existent entre l'Union européenne et les pays ACP et des collaborations bilatérales instituées entre les Etats membres de l'UE et les pays africains, il se consacrera en priorité au continent africain. L'objectif principal de la Commission est de permettre la réalisation de recherches qui n'ont pas été poursuivies notamment parce qu'elles n'étaient pas jugées suffisamment rentables par l'industrie pharmaceutique. Dans certains cas, les travaux sont bien avancés, mais les essais cliniques n'ont pas encore été réalisés en raison de leur coût et, le plus souvent, la recherche ne progresse pas parce que les victimes de certaines maladies sont essentiellement africaines et n'ont pas les moyens de payer les médicaments. C'est le cas notamment du paludisme qui tue au moins 1 million de personnes par an, dont 90% en Afrique. Pour d'autres pathologies, comme le sida (2 millions de morts par an en Afrique, selon les estimations) ou la tuberculose (2 millions de victimes dans les pays en voie de développement, chaque année), ce sont aussi des médicaments ou des vaccins adaptés à l'usage local et aux souches spécifiques qui seraient nécessaires. Ce programme pose cependant aussi d'importantes questions éthiques que n'ont pas manqué de le soulever plusieurs intervenants africains dès l'ouverture de la conférence, même s'ils y voient une possibilité de développer la recherche et de contribuer à l'amélioration des possibilités de traitement. La Commission affirme de son côté que le programme respectera de manière stricte les codes d'éthique et les règles internationales de bonne pratique clinique. La phase préparatoire est actuellement financée par une subvention de 1,2 million d'euros, accordée par la Commission, et devrait s'achever en juin 2003. Le sixième programme-cadre de recherche (PCRD), dont l'examen n'est pas encore achevé, devrait ensuite prendre le relais. 200 millions d'euros seraient débloqués pendant les cinq ans du programme, soit environ 40 millions par an. Une autre contribution pourrait provenir du Fonds européen de développement, pour autant que les pays ACP mentionnent l'EDCTP dans les priorités de leurs programmes indicatifs nationaux. S'y ajouterait aussi des contributions nationales: 14 Etats membres de l'UE (le Luxembourg, qui n'a pas de recherche, est l'exception) et la Norvège, associée à la recherche communautaire, devraient y participer. Ce programme pourrait être la première occasion d'utiliser l'article 169 du traité qui permet à l'UE de contribuer à une coopération spécifique en matière de recherche entre plusieurs Etats membres. L'utilisation de cet instrument est prévue dans le cadre du 6ème PCRD, mais elle passe par une procédure de codécision qui peut prendre 18 mois. La Commission qui, pour l'heure, doit attendre l'adoption du programme-cadre, n'a pas encore présenté de proposition formelle, et certains s'inquiètent déjà du retard que pourrait prendre la mise en œuvre du programme s'il devait attendre l'achèvement de la procédure de codécision.
A Barcelone, le Commissaire Philippe Busquin a affirmé que "l'Europe peut contribuer de manière significative à la résolution du problème global des maladies liées à la pauvreté à condition qu'elle rassemble ses efforts dispersés". "Il est important que les autorités publiques engagent le processus parce qu'il apparaît clairement que l'industrie n'en tirera pas nécessairement un bénéfice", a-t-il ajouté. Il a rappelé qu'il a proposé l'ouverture du PCRD à des équipes de chercheurs des PVD et que le Groupe européen d'éthique devrait rendre dans les prochains mois un avis sur la réalisation d'essais cliniques dans les pays en voie de développement.