Bruxelles, 19/04/2002 (Agence Europe) - La Commission européenne a ouvert une enquête à propos d'une entente sur le marché de l'art entre les prestigieuses salles de vente Christie's et Sotheby's qui, à elles deux, dominent le secteur avec une part de marché combinée d'environ 90%. Elle a envoyé une communication de griefs aux deux sociétés, qui ont un délai de six semaines pour répondre. Après plus de deux ans d'enquête, la Commission a rassemblé des documents importants qui lui permettent aujourd'hui d'avoir de lourds soupçons quant à une entente entre Christie's et Sotheby's pour fixer des commissions et d'autres conditions commerciales. Le cartel aurait été constitué en 1993 et aurait affecté toutes les ventes aux enchères dans le monde entre 1993 et le début de 2000, date à laquelle les parties semblent avoir recommencé à fixer leurs prix de manière indépendante. L'objectif aurait été de mettre fin à la concurrence féroce que se livraient les deux établissements dans les années '80/'90. En particulier, les deux présidents de l'époque, Alfred Taubman pour Sotheby' et Anthony Tennant pour Christie's, auraient enterré la hache de guerre en se mettant d'accord sur une majoration commune des commissions payées par les vendeurs ainsi que sur d'autres aspects de nature commerciale qui permettent aux salles de vente de se faire concurrence, comme les avances payées aux vendeurs, les garanties données concernant les résultats des ventes et les conditions de paiements. Ces premières réunions de haut niveau se sont poursuivies ensuite par des rencontres et des contacts réguliers entre les directeurs généraux des deux sociétés. La Commission a été alertée en janvier 2000 par Christopher Davidge, ancien directeur général de Christie's, qui s'est adressé parallèlement au Département de la justice des Etats-Unis en sollicitant la clémence des deux juridictions. Par la suite, Sotheby's a décidé de collaborer aussi avec la Commission européenne afin de bénéficier d'un allégement d'une amende éventuelle. Amelia Torres, porte-parole du Commissaire Monti, a rappelé que les positions américaine et européenne en matière de traitement des ententes sont très différentes. Alors qu'aux Etats-Unis les participants à un cartel sont passibles de lourdes condamnations allant jusqu'à des peines d'emprisonnement, l'UE a adopté depuis quelques années une attitude beaucoup plus clémente, pour autant que les entreprises collaborent à l'enquête. Les règles adoptées en 1996 concernant la non-imposition d'amendes ou la réduction de leur montant pour les entreprises dénonciatrices, mises a jour en février dernier, ont pour objectif d'encourager les membres d'un cartel à se dénoncer et de mettre fin spontanément à leur comportement illicite.