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Bulletin Quotidien Europe N° 8196
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Conditions pour le succès de la réunion euro-méditerraneenne de Valence

Il ne serait pas raisonnable de s'attendre à des résultats significatifs immédiats de la réunion ministérielle euro-méditerranéenne qui se déroulera lundi et mardi à Valence. La situation politique résultant des événements dramatiques du Proche-Orient ne le permettra pas. Il est déjà presque miraculeux que la session se déroule, avec une participation à haut niveau aussi bien de la plupart des pays arabes que d'Israël. À défaut de décisions spectaculaires, il est permis d'espérer que les deux parties s'entendent sur une nouvelle orientation de leur coopération, en révisant non pas les objectifs fondamentaux inscrits dans la déclaration de Barcelone (partenariat étroit dans le respect de valeurs communes) mais les voies pour les atteindre.

Réalisme raisonnable. Les "quinze recommandations" de la Commission européenne représentaient déjà, à un élément près, un exercice bienvenu de réalisme raisonnable (voir cette rubrique datée du 6 mars), et des mouvements analogues ont été constatés au sein d'autres institutions (le rapport Morillon/Cohn Bendit au Parlement européen, l'avis du Comité économique et social). Le président du Conseil de l'UE Josep Piqué a montré, en indiquant ce qu'il attendait de la réunion de Valence (voir notre bulletin du 17 avril p.3), qu'il partageait la nouvelle orientation: conférer au partenariat davantage de substance et de cohérence, accorder la priorité aux réformes qui favorisent l'investissement, insister sur l'intégration entre les pays méditerranéens eux-mêmes, développer les infrastructures et l'interconnexion entre l'Europe et la région méditerranéenne, renforcer la dimension sociale du partenariat, élaborer un code de conduite commun contre le terrorisme. Il est, à mon avis, significatif que, pour la première fois, un président du Conseil n'ait pas cité la zone de libre-échange euro-méditerranéenne à l'horizon 2010 parmi les objectifs. La Commission continue à la citer, par paresse ou par démagogie, et l'avis du Comité économique et social la maintient, en contradiction d'ailleurs avec les raisonnements et constatations développés dans le texte même de cet avis. Mais, parmi les ministres, Hubert Védrine avait dès le 31 janvier brisé le tabou en déclarant que l'objectif du libre-échange est pour le moment irréalisable. Moi, je pense qu'il est aussi et surtout préjudiciable à l'une comme à l'autre partie; on peut toujours le garder en réserve; un jour, sait-on jamais…

Je ne me sens plus isolé dans cette conviction. Un rapport de la Chambre de commerce et d'industrie de Paris (CCIP), fondé sur une enquête d'Eurochambres auprès des entreprises, ne dit pas autre chose. Le rapporteur, Mme Elisabeth Hervier, arrive à la conclusion qu'il est aujourd'hui plus essentiel de renforcer l'attrait de la zone méditerranéenne que de mettre en oeuvre le projet libre-échangiste, "sans quoi les risques liés aux échanges économiques et commerciaux pourraient s'en trouver aggravés". Le partenariat doit être subordonné "à de véritables réformes économiques et politiques dans les pays tiers méditerranéens" et "l'avancée du projet libre-échangiste doit être conditionnée à la mise en place concrète de zones d'intégration" entre les pays méditerranéens eux-mêmes. Certes, la CCIP n'a pas de responsabilités politiques. Les autorités européennes, qui en ont, doivent accompagner la nouvelle orientation par une série d'initiatives visant à faciliter les évolutions et les progrès souhaités. Les prises de position aussi bien de la Présidence espagnole du Conseil que du président de la Commission ne laissent pas de doute à ce sujet. Romano Prodi a revendiqué davantage de moyens pour réaliser le partenariat et, en même temps, de nouvelles structures de dialogue politique et culturel, dans une stratégie globale dépassant les aspects économiques et commerciaux.

Quelques idées simples. Du côté européen, les idées commencent donc à être claires. En va-t-il de même de l'autre côté? On le verra à Valence. Les pays tiers méditerranéens doivent prendre acte de quelques idées simples, même si elles sont en partie désagréables: il ne peut pas exister de zone économique euro-méditerranéenne commune s'ils ne la réalisent pas d'abord entre eux; le progrès social ne concerne pas seulement les conditions d'accès, de résidence et de travail que l'UE peut offrir aux ressortissants des pays méditerranéens, mais en premier lieu les progrès qu'ils réaliseront eux-mêmes, surtout à propos de la situation des femmes; les investissements privés européens n'arriveront pas aussi longtemps que les conditions ne seront favorables et les marchés ne seront ouverts (ce n'est pas par hasard que 2% à peine des flux européens d'investissement direct à l'étranger s'orientent vers le bassin méditerranéen).

La session euro-méditerranéenne de Valence pourra être considérée comme un succès si:

- elle reconnaît que l'approche globale d'une zone économique euro-méditerranéenne commune n'est pas réaliste et admet la possibilité de commencer par rechercher certains objectifs du partenariat avec des groupes séparés de pays, au lieu de poursuivre une approche globale, identique pour tous;

- elle met l'accent sur les coopérations possibles et souhaitables, avec un équilibre entre le soutien (à annoncer immédiatement) de l'Europe et la coopération des pays méditerranéens pour les autres objectifs: lutte contre le terrorisme, contrôle de l'immigration, dialogue politique. (F.R.)

 

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