Paris, 03/04/2002 (Agence Europe) - Notre Europe, le Groupement d'études et de recherches présidé par Jacques Delors, a publié "Les racines de la politique européenne de l'Espagne et la Présidence 2002", de Carlos Closa, professeur de sciences politiques à l'Université de Saragosse.
Dans son étude, M.Closa, qui rappelle que l'Espagne exerce la présidence du Conseil de l'Union européenne pour la troisième fois depuis son adhésion, note que le contexte international et le contexte intérieur ont profondément changé par rapport aux deux premières présidences, "tout comme le profil, le rythme et les priorités de l'Union européenne". En plongeant dans les racines historiques plus éloignées (à partir de la "reconquête de la péninsule menée par les rois chrétiens pendant huit siècles contre les musulmans"), l'auteur affirme que c'est dans la "relation entre le franquisme et l'Europe des années soixante et soixante-dix qu'on trouve les bases du consensus en faveur de la Communauté qui inspirera la politique européenne de l'Espagne jusqu'au milieu des années quatre vingt-dix et qui demeure sa base de référence: d'un côté, l'élite issue du franquisme fait preuve de modération idéologique et de pragmatisme pro-européen, d'abord pour rompre avec l'isolement international, par la suite pour satisfaire aux impératifs de l'économie. De l'autre, l'opposition démocratique se sert de l'exemple européen comme d'un symbole de démocratie et de modèle à imiter". C'est ainsi que l'adhésion à la Communauté "va faire figure d'élément incontournable dans le discours sur la démocratisation du pays (...), tandis que l'européanisme devient une valeur centrale de la culture politique espagnole", constate M. Closa, en ajoutant que, "dans cette perspective, identité nationale et identité européenne entrent en symbiose".
M. Closa met en exergue les résultats de l'Eurobaromètre selon lesquels, en Espagne, "le nombre de ceux qui se déclarent détenteurs d'une double identité n'a pas cessé de croître, pour atteindre 70% des personnes interrogées en 2000", même si les Espagnols placent toujours l'identité nationale avant l'européenne. L'auteur souligne aussi que, contrairement à ce qui se passe dans d'autres Etats membres, l'opinion publique espagnole "ne voit pas dans l'intégration européenne une menace en ce qui concerne sa langue, son identité ou sa culture" (malgré certains "conflits accidentels", comme lorsque le Parlement européen s'était intéressé à l'interdiction des courses de taureaux, ou "avec l'intention prêtée à la Commission de supprimer la lettre "ñ".
Autre différence par rapport aux autres Etats membres, les "oscillations" , beaucoup plus accusées qu'ailleurs, de l'opinion publique espagnole dans son sentiment de gagner ou non de l'appartenance à l'Europe. Ainsi, le sentiment d'un bénéfice dans l'appartenance à l'Union a augmenté jusqu'en 1991, alors que de 1991 à 1996, "l'idée qu'elle représente un coût a prospéré, dépassant même les estimations positives", et que, de 1996 à 2001, "l'idée de bénéfice repart à la hausse pour atteindre, de 1999 à nos jours, son maximum".
L'auteur analyse par ailleurs le débat sur l'Union européenne dans les partis politiques, en évoquant "l'européanisme du PSOE" et le manifeste socialiste sur l'avenir de l'Europe (qui affirme en particulier que "jamais l'intérêt national n'a contredit l'intérêt européen") et la position du Partido popular, "qui ne partage que modérément une foi mythique en Europe" et qui a défendu "surtout depuis l'arrivée d'Aznar au pouvoir les exigences de l'Etat nation". A propos du gouvernement Aznar, M. Closa relève "un certain individualisme dans la conduite de la politique extérieure, qu'il s'agisse d'atlantisme, de changements d'alliances ou de libéralisme économique appliqué à l'Europe". Et il remarque aussi que, contrairement à de nombreux dirigeants européens, José Maria Aznar "n'a pas élaboré de document de réflexion sur l'avenir de l'Europe, mais il a présenté un paquet de réflexions (…) le 8 octobre 2001 (…), à l'occasion de la remise d'un prix de la Fondation pour le mérite européen à Viviane Reding, en face d'une assistance peu nombreuse". Selon l'auteur, ni "le choix du moment, ni le cadre de présentation n'ont été des plus heureux: le manifeste du PSOE l'avait précédé de peu (…). Plus grave encore, sa présentation intervenait quelques heures après le début des bombardements américains en Afghanistan, ce qui lui ôtera toute visibilité" (voir EUROPE du 9 octobre 2001, p. 6). Izquierda Unida "soutient en général un discours pro-européen mais volontiers sévère sur le profil néo-libéral que l'Union privilégie depuis le Traité de Maastricht", écrit aussi M. Closa.
Quant aux partis nationalistes, M. Closa rappelle en particulier que "dans le discours nationaliste catalan, l'Europe et l'Union européenne jouent un rôle très précis", les revendications catalanistes pour une plus grande autonomie territoriale étant "renforcées par l'idée d'une Europe qui surmonte l'obstacle de la configuration étatique". En revanche, le Partido nacional vasco "ne nourrit pas son argumentation (en faveur de l'indépendance) de références à l'Union", alors que le Bloque Nacionalista Gallego "refuse le modèle actuel" de l'UE, "en particulier celui qui a été dessiné par le Traité de Maastricht".
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