Bruxelles, 03/04/2002 (Agence Europe) - La Commission européenne a discuté mercredi de la détérioration de la situation au Proche-Orient, et le Président Prodi est venu faire une déclaration à la presse dans laquelle il a répété, en notant qu'il le disait "depuis des mois", qu'une nouvelle médiation forte était absolument nécessaire, en réunissant toutes les parties intéressées autour d'une même table. Jusqu'à présent, cela n'a pas été possible, mais j'insiste là-dessus, a-t-il affirmé. Interrogé sur les autres "options" qu'il allait examiner le soir même avec les ministres des Affaires étrangères de l'UE, lors de la réunion extraordinaire de Luxembourg (voir autre nouvelle), il s'est borné à constater que l'Union a des amis aussi bien chez les Palestiniens que chez les Israéliens, et que son message devrait donc être compris. Nous devons utiliser nos possibilités de dialogue, a-t-il dit, sans préciser si une de ces options était une nouvelle mission de Javier Solana dans la région. Quant à la possibilité d'une suspension de l'accord d'association UE/Israël (qui contient une clause sur le respect des droits de l'homme), M.Prodi a été extrêmement prudent, en affirmant qu'il faut bien utiliser l'accord: il est un instrument de dialogue, et pas de "chantage", a-t-il dit.
Après tout ce qui s'est passé, le prestige politique d'Arafat s'est plutôt amélioré, a estimé M.Prodi en répondant à des questions. Et il a expliqué: j'ai dit à Sharon que le fait de boucler le Président Arafat dans sa résidence n'entame en rien sa détermination, le Premier ministre israélien m'a répondu qu'Arafat peut partir lorsqu'il veut, tout seul, mais je lui ai répliqué qu'Arafat sortira quand il voudra, et que c'est lui "qui décide".
Le Président Prodi a lu à la presse la déclaration suivante: "Je participerai ce soir au dîner convoqué d'urgence des ministres des Affaires étrangères. Nous avons suivi la situation de très près et avec une préoccupation croissante. Ces derniers jours, j'en ai discuté directement avec le Premier ministre Sharon, le ministre des Affaires étrangères Peres, le Président Arafat, le Haut Représentant Solana et l'envoyé spécial de l'UE Moratinos. J'ai souligné qu'il ne peut pas y avoir de solution militaire à la crise. La négociation est le seul moyen d'avancer. Si la situation continue à se détériorer, je crains qu'il y aura beaucoup plus de morts. Les deux parties doivent respecter la Résolution 1402 du Conseil de sécurité de l'ONU qui exige un arrêt immédiat de tous les actes de violence, y compris les actes de terrorisme, provocation, incitation et destruction. Les deux parties doivent procéder immédiatement à un cessez-le-feu significatif. Le gouvernement israélien doit retirer ses forces des villes palestiniennes, y compris Ramallah. La tension monte dans beaucoup de pays du Proche-Orient. Il faut éviter à tout prix une escalade ultérieure de la violence. L'Autorité palestinienne avec son leader élu, M. Arafat, est le seul interlocuteur valable pour Israël. La Commission examine comment utiliser au mieux les instruments à sa disposition pour encourager la paix. Je discuterai les différentes options avec les ministres des Affaires étrangères ce soir. C'est clair que les efforts de médiation précédents ont échoué et que nous avons besoin d'une nouvelle médiation. Nous avons besoin, autour de la même table, des Etats-Unis, de l'Union européenne, des Nations Unies, de la Russie, des pays arabes modérés, d'Israël et de l'Autorité palestinienne. Nous ne pouvons pas sortir de cette situation par n'importe quelle autre solution partielle.
Nous venons d'annoncer une aide ultérieure de 50 millions d'euros à l'Autorité palestinienne. Cela fait partie de notre aide à long terme à l'Autorité palestinienne pour compenser les manques budgétaires - mais dans les circonstances actuelles, c'est aussi un signal de notre soutien à une solution négociée.
En attendant, l'UE et ses Etats membres doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour résister à l'antisémitisme chez eux. Rien - je dis absolument rien - ne peut justifier les actes lâches de barbarie contre des cimetières ou synagogues juives. L'Europe est une Union de minorités et l'Europe ne saurait tolérer la discrimination raciale, religieuse, philosophique ou politique sous aucune forme. Nous devons réagir avec force et par tous les moyens disponibles pour défendre les principes des droits humains, civils et religieux".