Bruxelles, 19/03/2002 (Agence Europe) - Avant la réunion informelle entre les ministres européens de l'Agriculture et leurs homologues des pays candidats à l'adhésion à l'UE (voir autre nouvelle), la Commission européenne a présenté au conseil Agriculture de lundi une étude prospective confirmant son point de vue selon lequel le versement immédiat et intégral des aides directes aurait pour effet de multiplier par deux le revenu des exploitants de ces pays. La Commission souligne les importantes distorsions et inégalités sociales qui en découleraient, y compris le risque de retarder le processus de restructuration des exploitations agricoles de ces pays. Cette étude, qui prend pour hypothèse quatre scénarios différents («pas d'élargissement», «intégration dans la Politique agricole commune sans paiements directs», «intégration avec paiements directs», et «position de négociation du pays candidat»), révèle que même dans les cas de figure les plus pessimistes, l'adhésion à l'UE « aura des répercussions positives sur le revenu des agriculteurs des pays candidats (…), moyennant les restructurations nécessaires en vue d'un alignement sur les normes de production communautaires ».
La Commission estime qu'une intégration des pays candidats à la Pac (mesures de marchés) sans versement d'aides directes, provoquerait, en 2007, une augmentation de 30% des revenus agricoles dans huit pays candidats d'Europe centrale et orientale (tous les Pecos sauf la Bulgarie et la Roumanie). Les augmentations seraient particulièrement importantes en République tchèque (+60%), en Lettonie (+59%), en Estonie (+55%), en Slovaquie (+45%) et en Pologne (+35%). Le versement de 100% d'aides directes (calculées à partir de périodes de référence récentes) aurait pour conséquence une augmentation de 89% du revenu agricole. Ainsi, l'agriculteur hongrois ou tchèque moyen recevrait du jour au lendemain plus du double du salaire national moyen. L'acceptation telles quelles des positions de négociation proposées par les pays candidats conduirait à une progression encore plus importante des revenus agricoles (+123%).
Selon l'étude, sans adhésion en 2007 la production dans les huit Pecos augmenterait légèrement dans le secteur des productions végétales et continuerait à baisser dans le secteur de l'élevage. Dans le secteur des cultures, la croissance la plus sensible serait enregistrée en Slovaquie (+6%), tandis que la production végétale diminuerait de 3% en Lituanie. En ce qui concerne la production animale, tous les pays (à l'exception de la Slovénie et, dans une moindre mesure, de la République tchèque), et surtout les pays Baltes et la Hongrie, enregistreraient une baisse de la production. Le revenu dans ces pays baisserait en moyenne de 4% par rapport à 2002. Les seuls pays qui s'en sortiraient le mieux seraient la Slovénie et la République tchèque. « Cette étude conforte la stratégie de la Commission », a commenté le Commissaire Franz Fischler à l'occasion de la publication de cette étude, en ajoutant que « nos propositions de paiements directs (25%, 30%,35% entre 2004 et 2006) permettront aux agriculteurs de tous les pays candidats de connaître une situation plus favorable que s'ils restaient en dehors de l'Union ». Selon M. Fischler, cette analyse « montre qu'un certain niveau de paiements directs est nécessaire à la stabilisation des revenus, mais qu'il n'a pas besoin d'être très élevé pour garantir à l'ensemble des Peco le bénéfice des retombées positives de l'élargissement au niveau des revenus ».
L'étude conclut aussi que l'élargissement n'entraînera pas de déséquilibres majeurs sur les marchés. Dans le secteur des cultures arables, la Commission ne s'attend pas à une augmentation trop importante des excédents de blé et estime que les stocks de maïs des Peco pourraient être intégralement absorbés par les membres actuels de l'UE. Seuls le seigle et l'avoine pourraient avoir du mal à trouver des débouchés sur les marchés mondiaux. Les marchés de la viande bovine dans une Union élargie devraient rester relativement équilibrés « pour autant qu'aucun changement important n'intervienne dans les habitudes de consommation », indique l'étude, qui ne prévoit pas non plus de perturbation sérieuse sur les marchés laitiers communautaires, si les quotas sont calculés à partir de périodes de référence récentes.
(L'étude peut être consultée et/ou téléchargée sur le site Internet de la « DG Agriculture », à l'adresse suivante: http://www.europa.eu.int/comm/agriculture/publi/reports/ceecimpact/index_en.htm )