Bruxelles, 19/03/2002 (Agence Europe) - Les ministres de l'Agriculture des treize pays candidats ont été invités, mardi à Bruxelles, par le Président du Conseil Agriculture, Miguel Arias Canete, à exprimer leur point de vue au sujet de la stratégie retenue par la Commission européenne sur les aspects agricoles de l'élargissement. La plupart des pays candidats ont estimé que, sans versement de 100% des aides directes, l'intégration pourrait créer des distorsions de concurrence et conduire à une inégalité de traitement par rapport aux Etats membres actuels. Ils ont notamment fait valoir qu'ils devaient être rétribués de manière plus équitable, en fonction des efforts à accomplir pour transposer dans leur droit l'ensemble des dispositions de l'acquis communautaire. Par ailleurs, ils ont aussi critiqué les périodes de références retenues pour la fixation des quotas (laitiers et de sucre essentiellement).
Lors d'une conférence de presse, le ministre polonais de l'Agriculture, Jaroslav Kalinowski, a indiqué que le problème le plus important qui devait être réglé pour les pays candidats était de « garantir des conditions de concurrence équitables, en fonction des différents niveaux d'aides directes ». Pour l'instant, a-t-il reconnu, « les arguments avancés par nous-même et ceux proposés par la Commission sont divergents ». Lors du débat en présence des ministres européens de l'Agriculture, M. Kalinowski s'est montré le plus vindicatif des représentants des pays candidats, estimant que les propositions de la Commission ne sont « ni généreuses, ni équitables ». Les quotas de production (en particulier pour le lait et le sucre) ont été jugés trop bas par le ministre, qui a aussi critiqué l'approche de la Commission sur les aides directes, parce qu'elle irait à l'encontre du principe d'égalité de traitement et créerait des distorsions de concurrence. Même son de cloche dissonant au sujet de la mise en place d'un système simplifié de paiement des aides, que M. Kalinowski a qualifié de discriminatoire. Il a ajouté que son pays pourrait avoir des difficultés à dégager des fonds nationaux nécessaires pour les actions structurelles, en raison du taux de cofinancement proposé au titre des aides de développement rural (20% à la charge des budgets nationaux). Selon un fonctionnaire de la Commission, les neuf autres pays se sont montrés « plus flexibles ». Le ministre hongrois, Andras Vonza, a protesté au sujet des périodes de références pour la détermination des quotas laitiers, tandis que son homologue de la République tchèque, Pavel Koncos, aurait souligné les risques de distorsions de concurrence que pourraient entraîner une introduction, seulement graduelle, des aides directes. Contrairement à son homologue polonais, M. Koncos s'est félicité des propositions sur les interventions financières au titre du développement rural, et notamment du taux de cofinancement prévu. Les ministres roumain et bulgare sont aussi intervenus: le ministre bulgare a une nouvelle fois regretté de ne pas faire partie du premier groupe de futurs Etats membres, tandis que le roumain a tenu un discours plus général sur son expérience acquise au titre des programmes Sapard. Seuls l'Autriche et les Pays-Bas sont intervenus du côté des Etats membres. Wilhelm Molterer, pour l'Autriche, a estimé que le paquet de la Commission constituait une « excellente base de négociation » et le ministre néerlandais Laurens-Jan Brinkhorst, a indiqué qu'il fallait que les pays candidats cessent de « se plaindre » d'être traités de manière discriminatoire par rapport aux Etats membres actuels.
Le Commissaire Franz Fischler a tenu à adresser principalement trois messages aux pays candidats: (1) il faut que les deux parties fassent preuve de réalisme dans la négociation: les pays candidats ne doivent pas revenir sans cesse à la charge pour obtenir 100% des paiements directs. « Je ne pense pas que la question des aides directes doit être considérée comme le seul et unique facteur du succès des négociations. Les candidats devraient plutôt se focaliser sur les sujets pour lesquels il existe une marge de manœuvre pour discuter ; (2) l'étude publiée par la Commission montre que l'intégration des nouveaux Etats membres dans la Pac a de bonnes chances d'être couronnée du succès: le revenu des agriculteurs dans ces pays devrait s'améliorer de manière considérable, et il ne devrait pas créer de graves déséquilibres sur le marché d'une Union élargie ; (3) après la fin des négociations, les résultats devront être expliqués et défendus pour qu'ils se concrétisent au travers des procédures de ratification: il faudra donc que les autorités des futurs Etats membres usent de bons arguments pour convaincre leurs agriculteurs que l'adhésion sera une bonne chose pour eux.