Bruxelles, 11/03/2002 (Agence Europe) - En adoptant le 11 mars leur stratégie d'intégration des préoccupations environnementales dans les politiques extérieures de la Communauté, les ministres des Affaires étrangères des Quinze se sont pliés à l'exercice commandé en 1998 à toutes les formations du Conseil par le Conseil européen de Cardiff pour s'assurer qu'elles contribuent au développement durable, chacune dans sa sphère de compétence. Cette stratégie sectorielle sera transmise au Conseil européen de Barcelone.
Le Conseil Affaires générales étant chargé de la coordination des stratégies d'intégration des autres formations du Conseil, sa propre stratégie entend "fournir un cadre à une approche cohérente et ambitieuse des préoccupations environnementales de l'Union dans ses relations extérieures", et contribuer ainsi à l'objectif du développement durable, tant au plan global qu'au sein de l'Union.
Ses objectifs sont: 1) promouvoir la dimension environnementale du développement durable au niveau mondial en soulignant la nécessité de découpler croissance économique et dégradation de l'environnement; 2) garantir la prise en compte des considérations environnementales et de durabilité dans toutes les politiques pertinentes au niveau international ; 3) s'attaquer aux problèmes environnementaux globaux en soutenant les accords multilatéraux existants (Conventions sur les changements climatiques, la biodiversité, la désertification, les produits chimiques) ou les processus internationaux (gestion durable des forêts); 4) prendre en compte la protection et la distribution équitables des ressources dans les stratégies par pays et les accords bilatéraux ou régionaux ; 5) encourager une responsabilité environnementale plus grande au niveau politique et institutionnel, par le dialogue politique et le soutien aux institutions et la société civile.
Le Conseil souligne que l'Union européenne doit utiliser pleinement les synergies entre le dialogue politique, les négociations commerciales et la coopération au développement si elle veut convaincre tous ses partenaires de l'importance d'accorder la priorité au pilier "Environnement" du développement durable.
Avec tous les pays industrialisés, le dialogue devra porter sur les questions environnementales discutées au niveau multilatéral (ONU, OMC), la ratification et la mise en oeuvre des accords internationaux par les autres pays industrialisés, et des questions plus générales telles que le principe de précaution. Avec les pays à économie en transition et pays en voie de développement, le Conseil entend: a) centrer le dialogue politique sur la réforme institutionnelle, l'accès équitable aux ressources naturelles et la mise en oeuvre des conventions internationales, b) souligner que les stratégies de développement à long terme doivent être fondées sur des conditions macroéconomiques favorisant la croissance, bénéficiant aux plus pauvres tout en garantissant la gestion durable de l'environnement; c) utiliser l'approche intégrée qui préside à la négociation des accords régionaux ou bilatéraux (couvrant les politiques commerciale et économique), pour y inclure les aspects environnementaux; d) intégrer les préoccupations environnementales dans les documents de stratégie par pays et par région en s'appuyant sur les priorités thématiques établies dans la déclaration du Conseil et de la Commission qui encadre la nouvelle politique de développement de l'Union.
A toutes les politiques extérieures de l'Union, le Conseil fixe comme objectif d'encourager l'amélioration des droits humains, des principes démocratiques et de bonne gestion des affaires publiques à des fins environnementales, de garantir que les facteurs environnementaux soient pleinement pris en compte dans les activités de prévention des conflits (accès et utilisation des ressources naturelles, dimension environnementale dans la reconstruction post-conflit: projets d'infrastructures, activités de désarmement).
L'intégration de l'environnement devra également se faire dans les négociations commerciales à l'OMC pour assurer que le système commercial multilatéral et les accords environnementaux se soutiennent mutuellement, dans la mise en oeuvre de l'Agenda de Doha pour le développement, et dans les investissements internationaux, par le biais de codes de conduite internationaux.
Pour évaluer le progrès dans la mise en oeuvre de cette stratégie, le Conseil fixe un calendrier pour les actions internationales (préparer les initiatives dans le domaine de l'eau et l'énergie avant septembre 2002, préparer un plan d'action pour l'application des législations sur les forêts pour octobre 2002, lancer les négociations environnementales à l'OMC en 2002). Des objectifs et des indicateurs sont établis pour évaluer, d'une part, la politique d'intégration (incidences du développement durable sur les dialogues bilatéraux avec les pays tiers et les forums régionaux, présence d'une composante "durabilité" dans les négociations commerciales, analyse environnementale dans les documents de stratégie par pays et région, allocation du budget pour l'assistance liée à l'environnement dans les programmes indicatifs) et, d'autre part, la politique d'intégration structurelle (allocation d'un portefeuille "Développement durable" dans les services "Relations extérieures" compétents, couverture de l'environnement dans les délégations de la Commission à l'étranger, participation du personnel des Relations extérieures aux négociations internationales sur l'environnement, et vice versa).