Caceres, 11/02/2002 (Agence Europe) - Les ministres des Affaires étrangères de l'UE ont pleinement plaidé samedi, lors de leur réunion à Caceres, pour la création d'un Etat palestinien, comme une étape intermédiaire entre le rétablissement de la sécurité et la reprise des négociations sur le statut palestinien. L'objectif est de "remettre la politique au centre des efforts et de ne pas se concentrer uniquement sur la sécurité", a déclaré le Président du Conseil, Josep Piqué, en résumant les débats. Une approche qui a été qualifiée dimanche de "pas important dans le soutien au processus de paix", par le porte-parole de Yasser Arafat, Nabil Abou Rdainah. En revanche, pour un haut responsable israélien cité par l'Agence Reuter à Jérusalem, la position européenne revient à "placer la charrue devant les bœufs". "Le Premier ministre Ariel Sharon a dit qu'au terme du processus il y aurait quelque chose comme un Etat palestinien. Mais il faut d'abord régler la question de la violence, mettre fin au terrorisme et établir un climat dans lequel il est possible de négocier sans craindre un bain de sang", a ajouté le même responsable.
Malgré cette fin de non-recevoir israélienne, les Européens devraient poursuivre dans cette ligne, en précisant leur stratégie lors du Conseil Affaires générales du 18 février. La Présidence espagnole devrait présenter à cette occasion un document de travail qui "balisera la discussion" sur le processus de paix, a indiqué Josep Piqué. Il s'agit à ce stade d'une ligne de travail et non pas "d'un plan", car "il ne servirait à rien de sortir un nouveau plan si la mayonnaise ne prend pas", reconnaît un diplomate espagnol. L'Espagne a présenté samedi à Caceres une première ébauche de ce document de travail, qui intègre notamment les propositions françaises, sur la création d'un Etat palestinien et l'organisation d'élections, et italienne; sur une conférence internationale et un "plan Marshall" pour le Proche-Orient.
L'Espagne constate dans ce document qu'il "n'est pas réaliste de prétendre passer d'un cessez-le-feu à des négociations sur le statut permanent (...) et de tout simplement reprendre l'architecture d'Oslo". L'UE devrait donc contribuer à définir "une étape intermédiaire" dont le pivot serait "la création rapide d'un Etat palestinien", actuellement au centre des discussions entre le chef de la diplomatie israélienne, Shimon Peres et le Président de l'Assemblée palestinienne, Abu Alá. Cette approche pourrait "provoquer un choc psychologique pouvant justifier la fin de l'Intifada" et "établir entre les deux Etats une symétrie d'obligations réciproques", estime la France dans un document présenté samedi aux ministres. Cette étape pourrait "apporter une réponse politique à une entreprise insidieuse et constante (du gouvernement israélien) pour saper les bases de l'Autorité palestinienne", a déclaré le ministre français Hubert Védrine. Naturellement, a précisé devant la presse Josep Piqué, "la création d'un Etat palestinien ne peut venir que d'une initiative palestinienne et non de l'UE. Mais si cet Etat est proclamé, l'UE pourra le reconnaître".
La mise en place concrète de cette étape intermédiaire "sera assujettie à l'aboutissement d'une masse critique suffisamment satisfaisante dans le domaine de la sécurité", mais "en tout état de cause, les parties doivent assumer qu'un terrorisme résiduel continuera d'exister", précise le document de la Présidence. Elle propose une série de mécanismes qui assureraient que "le gouvernement d'Israël ne soit pas le seul juge des efforts palestiniens" en matière de sécurité, en notant entre autres que: "l'UE devrait préciser à l'Autorité palestinienne ce qui, à son avis, constitue 100% de l'effort demandé dans la lutte contre le terrorisme". Le groupe informel d'observateurs sur le terrain poursuivra son travail et les chefs de mission à Jérusalem et Ramallah sont en train de rédiger un rapport sur les possibilités de coopération permettant de "mettre fin aux flux financiers dirigés vers les organisations extrémistes."
Sur le plan politique, le document espagnol pose des jalons pour assurer la viabilité de l'Etat palestinien: respect des accords territoriaux signés antérieurement par les partis, "notamment en ce qui concerne le troisième redéploiement", renforcement de la légitimité démocratique et consolidation institutionnelle de l'Autorité palestinienne, effort économique soutenu de la communauté internationale. Si ces éléments sont réunis, l'idée d'une conférence internationale proposée par l'Italie "pourrait acquérir tout son sens." L'UE pourrait notamment utiliser une conférence du Comité de liaison ad hoc pour le processus de paix, le 15 mars prochain, pour donner une plus grande visibilité à ses propositions, indique une source diplomatique.
La majorité des ministres et la Présidence espagnole ont accueilli en revanche avec davantage de réticences l'idée d'organiser des élections palestiniennes, proposée par la France. Selon le document français, de telles élections permettraient de "conforter la légitimité populaire de l'Autorité palestinienne dans ses efforts pour réduire les mouvements extrémistes" et de "restaurer chez les Israéliens le sentiment qu'il existe dans le camp opposé une majorité favorable à la paix et des institutions mandatées pour reprendre les négociations." "L'idée d'élections en temps utile, ou de toute autre forme de consultation, est positive pour ramener le débat sur le terrain politique", a reconnu le président du Conseil, Josep Piqué, en soulignant toutefois que "actuellement des élections pourraient radicaliser les positions. Nous ne pouvons parler d'élections que dans un climat d'espoir, et avec des conditions minimales de sécurité." Pour un haut responsable allemand, il n'y a pas de raison de pousser Yasser Arafat à des élections, "qui ne changeront rien sur le terrain et risquent d'engendrer une radicalisation." "La situation au Proche-Orient peut être qualifiée de dangereuse et même d'extrêmement difficile", a souligné le ministre allemand des Affaires étrangères, Joschka Fischer, qui se rendra sur place dans le seconde partie de cette semaine, prenant le relais du ministre britannique Jack Straw qui vient d'entamer une visite au Proche-Orient. La France, pour qui les propositions de création d'un Etat palestinien et de la tenue d'élections étaient "étroitement complémentaires", a finalement dû faire machine arrière devant les fortes réticences de ses partenaires: "les élections ne sont de toute façon pas pour cette semaine", a concédé Hubert Védrine.