Bruxelles, 07/02/2002 (Agence Europe) - La seconde édition du Forum social mondial, qui s'est tenue du 31 janvier au 5 février à Porto Alegre (voir EUROPE du 24 janvier p.15 et du 2 février p.16), a permis à ceux qui n'ont jamais pris la parole, comme les paysans brésiliens ou encore les diverses ONG du monde, de s'exprimer et de construire des alternatives socio-économiques viables pour « un autre monde ». Les quelque 60.000 participants en provenance de 130 pays ont lancé un appel à la "résistance à la militarisation et au néolibéralisme" adressé aux Etats-Unis et ont condamné sans réserve le FMI (reconnu responsable de la crise argentine), la Banque mondiale ou encore l'OMC. Un premier bilan de ce Forum permet de dire que "des progrès énormes ont été accomplis dans l'analyse des problèmes et des situations ainsi que", comme l'a souligné un expert, « dans le niveau de conscience des participants de la situation dans laquelle ils se trouvent ». (…) Les convergences doivent se situer sur le plan macro-économique et sur celui de la transformation des normes au niveau mondial. A l'issue des travaux, les participants ont formulé des propositions concrètes: 1) un appel à la démocratisation de l'ONU qui, estiment les participants, ne joue plus son rôle de garante de la paix et est soumise au pouvoir des Etats-Unis, ou pour la création d'un autre organisme capable d'intervenir véritablement; 2) la mise en place d'un tribunal international de la dette extérieure des pays du tiers monde; 3) la création d'un parlement mondial de l'eau et d'une journée mondiale de l'eau le 22 mars; 4) la mise en place d'un observatoire des prix des médicaments afin d'éviter les abus des grands laboratoires pharmaceutiques; 5) l'établissement d'un G8 avec des pays comme l'Inde, la Chine et le Brésil, pour contrecarrer l'hégémonie des grandes puissances. Ces propositions, explique une dépêche de l'AFP (Agence France Presse), seront approfondies toute l'année dans des forums régionaux, mais surtout seront portés par les militants qui repartent avec un calendrier d'actions quasi mensuelles, en marge des rendez-vous internationaux, dans l'attente d'un Porto Alegre 2003.
Jean Lapeyre (CES): "l'Europe doit servir d'appui pour un re-régulation mondiale"
Plus de 500 militants syndicalistes en provenance de 40 pays ont participé à la réunion du Forum syndical (qui se déroulait dans l'enceinte du Forum social mondial). "Ceci témoigne d'une présence syndicale forte et visible dans le Forum social, qui a influencé les débats en ce sens que le Forum social mondial est passé de sa nature contestataire à une nature plus propositionnelle", a souligné Jean Lapeyre, Secrétaire général adjoint de la Confédération européenne des syndicats (CES) en rappelant que les syndicats "sont mondialistes, pour la répartition des richesses et pour la justice sociale". Au cours des travaux, Jean Lapeyre a présenté des propositions syndicales sur des points précis: 1) l'internationalisation des comités d'entreprise européens, "qui pourrait être une base pour créer des comités d'entreprises mondiaux lesquels permettraient aux travailleurs d'être informés et consultés mondialement. Nous devons nous servir de l'Europe comme point d'appui pour une re-régulation mondiale"; 2) la défense des droits sociaux fondamentaux dans l'ensemble des institutions économiques et financières internationales; 3) l'annulation de la dette des pays les plus pauvres, les aider à se développer et/ou à reconvertir leur dette en investissements internes; 4) la lutte contre les paradis fiscaux. " Plutôt que de rester dans la pure contestation de la société, ce deuxième Forum social mondial est devenu plus raisonnable, plus concret et plus propositionnel. Le mouvement syndical international a témoigné d'une unité très forte, ce qui renforce son efficacité", a poursuivi Jean Lapeyre en ajoutant: "Ce deuxième Forum est un espace pluriel qui a permis les échanges et les synergies entre syndicats et ONG, qui étaient jusqu'à présent deux mondes qui s'ignoraient superbement"!
Francis Wurtz: "Porto Alegre III devra donner l'occasion au Forum parlementaire mondial de prouver qu'il est devenu adulte" - Verts/ALE: pour un réseau de parlementaires de tous les continents
Par ailleurs, la seconde édition du Forum parlementaire mondial s'est également tenue aux mêmes dates à Porto Alegre dans le cadre du Forum social mondial. "Un Forum, qui fut une nouvelle fois une expérience passionnante et dont l'originalité est son lien avec le mouvement social", a commenté à l'issue des travaux Francis Wurtz, président du groupe de la Gauche unitaire européenne du PE. "C'est un apprentissage parfois difficile mais c'est un besoin crucial si nous voulons dépasser le climat de défiance qui existe entre les mouvements sociaux et les représentants politiques, dans bien des pays", a ajouté M.Wurtz en constatant que ce Forum s'est tenu dans un contexte international marqué par de dures réalités, comme la tragédie de l'Argentine, la situation en Afrique, la poussée néo-libérale en Europe, etc. Et de conclure: "Porto Alegre I a vu la création de notre Forum; Porto Alegre II lui a permis de mûrir, avec les inévitables problèmes de l'adolescence; Porto Alegre III devra lui donner l'occasion de prouver qu'il est devenu adulte. C'est le défi que nous allons à présent relever".
"Ce forum, auquel ont participé cette année 1150 parlementaires venant de 52 pays, était un signal clair de la manière dont la globalisation a atterri dans l'agenda des politiciens. Le grand défi sera de mettre sur pied un réseau de parlementaires de tous les continents pour soutenir les mouvements sociaux et redonner vie au contrôle démocratique du processus de globalisation. Un action légale coordonnée est nécessaire pour maîtriser le néolibéralisme de la globalisation", a déclaré dans un communiqué la délégation des Verts/ALE, présente au Forum.