Bruxelles, 07/02/2002 (Agence Europe) - Lors de la conférence de presse annuelle de la Banque européenne d'investissement (BEI), jeudi à Bruxelles, son Président Philippe Maystadt a annoncé qu'une décision sera prise en juin sur l'augmentation estimée à 50% du capital de la Banque. M. Maystadt a estimé par ailleurs qu'il serait préférable que la nouvelle banque qui verra le jour pour financer des projets de développement dans les pays de la Méditerranée s'appuie sur les structures actuelles de la BEI. Il s'est aussi félicité du fait qu'en 2001 le montant dérisoire des arriérés (prêts non remboursés) a démontré que les projets financés ont été bien choisis par son équipe.
M. Maystadt a expliqué qu'avec un encours de prêts de 221 milliards d'euros au 31 décembre 2001, qui se rapproche de l'encours maximum théorique de 250 milliards d'euros (ce plafond devrait être atteint en 2003, a-t-il ajouté), il avait proposé aux actionnaires de la Banque d'envisager une augmentation de 50% du capital de la BEI, afin que cette dernière puisse remplir, à partir de 2003 et pour au moins cinq ans, les missions qui lui ont été assignées par le Conseil européen de Lisbonne (faire davantage dans le secteur de l'éducation, de la connaissance et de l'innovation, surtout dans les pays candidats). Une décision sera prise à ce sujet lors de la prochaine réunion annuelle des gouverneurs de la BEI, le 5 juin. M. Maystadt a dit qu'il n'avait pas de doute que cette demande bénéficie, « une fois encore, du ferme et unanime soutien de ses actionnaires », et a indiqué que ce financement sera effectué par la BEI elle-même, en transformant les réserves actuelles en capital.
Selon M. Maystadt, il était logique que le Comité économique et financier, chargé par le Conseil Ecofin de déterminer la meilleure formule pour accroître l'efficacité de la politique de l'UE en Méditerranée (voir EUROPE du 23 janvier, p.8 et 9), ait sollicité une contribution de la BEI à ce sujet. Nous avons ainsi transmis à ce Comité « nos vues en la matière », même si la décision finale appartient au Conseil européen, après la prise de position du Conseil Ecofin, a précisé M. Maystadt. Dans ce document, la BEI met sur la table deux options « techniquement possibles »: - (1) création d'une facilité autonome du point de vue budgétaire, comptable et administratif, mais qui resterait au sein de la BEI et dont les activités seraient supervisées par un Conseil dans lequel siégeraient des représentants des pays bénéficiaires (ce qui répond à un des objectifs de la Présidence espagnole consistant à « associer plus directement les pays bénéficiaires au processus de décision qui les concernent », a-t-il rappelé) ; - (2) mise en place d'une « véritable filiale » de la BEI, dont le capital serait ouvert à d'autres actionnaires et en premier lieu aux partenaires du sud et de l'est de la Méditerranée. Outre le financement d'investissements grâce à l'apport de prêts à long terme, il serait utile, aux yeux du Président de la BEI, que cette nouvelle institution puisse apporter aussi du capital risque, et « développer certaines activités qui sont déjà les nôtres, comme l'assistance technique » (« nous avons créé, avec la Banque mondiale, un mécanisme de financement d'études de faisabilité afin d'aider ces pays à préparer des projets que nous pourrons financer, car ces pays ne disposent pas toujours des capacités d'absorption » requises, a-t-il aussi rappelé). « Nous pensons qu'il sera plus efficace et moins coûteux de partir de ce qui existe déjà, donc de la BEI », a estimé M. Maystadt qui a ajouté que, selon lui, « nous sommes, de loin, le principal bailleur de fonds dans cette région, nous avons développé une expertise qui est assez largement reconnue et nous sommes présents non seulement dans le domaine de l'infrastructure mais encore dans la promotion du secteur privé ».
Interrogé par un journaliste sur le montant des prêts octroyés par la BEI qui n'ont pas été remboursés, M. Maystadt a répondu que les seuls arriérés concernaient des projets financés en Palestine. Sur un « portefeuille » de prêts de 10 milliards d'euros en Méditerranée, a-t-il ajouté, les arriérés représentent un montant « dérisoire » de 1,4 million d'euros, « ce qui prouve la qualité de notre portefeuille et la justesse des choix que nous avons opérés ». Pour le reste, « nous n'avons pas eu de problèmes pour nos activités dans les pays candidats, alors que le portefeuille s'élève à plus de 16 milliards d'euros », et le seul incident enregistré dans des projets financés dans l'UE concerne uniquement « Eurotunnel », « qui est toujours dans un processus de restructuration ».
Au sujet des destructions de projets financés par l'UE en Palestine, M. Maystadt a précisé qu'il s'agissait essentiellement de constructions financées par la Commission européenne et les Etats membres, et donc pas par la BEI, hormis certaines installations portuaires. Il a aussi rappelé les changements apportés à la politique et aux activités de la BEI depuis son arrivée à la Présidence il y a deux ans (renforcement du dialogue avec les institutions européennes, et nouvelle politique d'information, plus complète et transparente) et a fourni des chiffres clés illustrant les différentes facettes du rôle de la Banque: - en 2001, la BEI a prêté 36,8 milliards d'euros au total, dont 31,2 milliards dans les Etats membres de l'UE, 2,7 milliards dans les pays candidats, 1,4 milliard pour promouvoir la croissance dans la région méditerranéenne, 320 millions pour la reconstruction des Balkans, 520 millions dans les pays ACP, 150 millions en Afrique du Sud, 178 millions en Asie et 365 millions d'euros en Amérique latine ; - le Fonds européen d'investissement (FEI), la branche du groupe BEI spécialisée dans le capital-risque, a investi 800 millions d'euros dans des opérations de capital-risque et avancé pas moins de 960 millions d'euros sous forme de garanties en faveur de PME ; - pour financer ses prêts, la Banque a trouvé 32,3 milliards d'euros sur les marchés des capitaux (grâce à 148 transactions réalisées dans 13 monnaies) ; - au 31 décembre 2001, le bilan de la BEI s'élevait à 209,4 milliards d'euros, l'encours des emprunts totalisant 176 milliards d'euros et l'encours des prêts 221milliards d'euros.