Bruxelles/Paris, 07/02/2002 (Agence Europe) - L'Union a proposé ce jeudi, dans le cadre de l'OCDE, une stratégie en trois volets visant à contribuer, dans l'immédiat et à plus long terme, à sortir les sidérurgistes de "leurs problèmes", aussi bien ceux qu'ils rencontrent aux Etats-Unis que ceux qu'ils partagent à l'échelle mondiale. L'offre que les Européens ont avancée à la fin de l'année dernière s'est considérablement étoffée, devenant même "généreuse", à quelques semaines de l'échéance du 6 mars, à laquelle le Président Bush pourrait donner son feu vert à une surtaxation des importations de l'ordre de 20 à 40%. Plutôt que d'en venir à des restrictions "illégales" qui ne manqueraient pas de déclencher une "action" immédiate de l'UE à Genève, Washington se voit notamment concéder la possibilité d'intervenir directement pour régler le problème fondamental lié aux "coûts de fermeture", en imposant un "prélèvement" sur tout l'acier vendu outre-Atlantique. En clair, l'acier provenant d'Europe aussi.
"Pourquoi nous montrons-nous si généreux? Pour la simple raison qu'une telle solution est de loin préférable à nos yeux au recours par les Etats-Unis à des mesures aux frontières que nous jugerions illégales au regard des règles de l'OMC et parce qu'il est, en fin de compte, dans l'intérêt de tous les sidérurgistes à travers le monde de s'occuper de la situation aux Etats-Unis de manière globale et persuasive". C'est en ces termes que Mogens Peter Carl, le Directeur général pour le Commerce à la Commission européenne, a résumé devant la presse les considérations qui ont amené l'Union à faire preuve de souplesse sur ce point, dans le cadre d'un effort global dont le succès dépend "très, très" largement du signal qui émanera de Washington le mois prochain. "Il incombe à nous tous d'avancer une réponse multilatérale crédible pour démontrer qu'il existe une alternative réelle à la piste unilatérale", a souligné M. Carl lors de la troisième session du groupe à haut niveau de l'OCDE sur l'acier, en se disant "prudemment encouragé" par la détermination affichée par certains de ses homologues à aller dans ce sens et par la réaction "très préliminaire, plutôt positive", du côté américain. Celle que l'Union propose d'apporter aux trois principaux problèmes qui se posent, vise:
à éliminer les capacités excédentaires, l'industrie européenne étant prête à consentir un effort plus important que celui déjà consenti ou annoncé pour les prochaines années, en se défaisant définitivement d'une capacité de 24 millions de tonnes (exprimée en tonnes d'acier transformé) sur l'ensemble de la période considérée, soit quelque 7 millions de tonnes de plus entre 2003 et 2005 (voir EUROPE du 19/12/2001, p.6). Si toutes les parties vont dans le même sens, "nous nous rapprocherons de la masse critique d'engagement de fermeture qui est nécessaire pour que l'ensemble de l'exercice entrepris au sein de l'OCDE vaille la peine" d'être mené à bien, a dit M. Carl, en espérant que les participants parviendront à un accord d'ici la fin de la session sur les détails de la partie plus technique de la discussion, en vue de prendre des engagements définitifs lors du rendez-vous qu'ils se sont fixé, le 18 avril prochain à Paris.
éliminer les subventions gouvernementales qui ont un effet adverse sur l'équité des échanges commerciaux; "nous proposons que les gouvernementas acceptent de prendre immédiatement un engagement politique de réduire et si possible éliminer les subventions" qui arrivent en renfort de capacités non rentables et, dans un second temps, d'engager une négociation multilatérale pour renforcer sensiblement les disciplines dans ce domaine. Qu'elle se déroule au sein de l'OCDE ou de l'OMC, "la question est totalement ouverte à la discussion", a-t-il dit.
"tenter de traiter les problèmes" de l'industrie américaine, en particulier ceux liés aux énormes coûts sociaux des fermetures (retraites, etc.); le prélèvement que pourrait imposer le gouvernement américain sur le marché national de la sidérurgie serait similaire à celui auquel ont recouru les Européens voici 10 à 15 ans pour financer la restructuration de leur industrie. La formule ne se limiterait cependant pas à l'acier américain, mais couvrirait aussi les ventes d'acier importé. Ce serait dans l'intérêt de tous, d'autant que le verrouillage annoncé du marché américain provoquera un choc en retour outre-Atlantique, si l'on en croit les études et prévisions de tout bord avancées sur cette question, a averti M. Carl en référence à "ceux qui dépendent directement des importations, et les autres, dont les produits deviendront encore moins compétitifs".