Burgos/Bruxelles, 21/01/2002 (Agence Europe) - La réunion informelle des ministres (et/ou de leurs représentants) des Quinze, qui s'est tenue les 18 et 19 janvier à Burgos sous la présidence de Juan Carlos Aparicio (originaire de cette ville) et avec la participation de la Commissaire Anna Diamantopoulou, a conclu à la nécessité d'avoir des politiques actives du marché du travail avec une levée des obstacles fiscaux et sociaux, en mettant l'accent sur les travailleurs âgés, les politiques d'égalité des chances entre les hommes et les femmes, la formation tout au long de la vie, et le rôle des partenaires sociaux, dans le souci d'augmenter à la fois la quantité et la qualité de l'emploi. Le débat, complexe mais assez consensuel, n'a pas remis en cause la dualité "quantité -qualité" de l'emploi, bien que certains pays (Espagne, Royaume-Uni, Italie) estiment qu'il faut d'abord créer de nouveaux emplois et puis s'assurer de leur qualité, tandis que d'autres (Belgique, France) sont très sensibles à ce que l'on ait des emplois de qualité.
"C'est un excellent départ que prend la Présidence espagnole. Les discussions ont porté sur deux questions importantes, qui sont un problème épineux pour les Etats membres, à savoir l'emploi et la réforme des systèmes de retraite. Le document préparé par la Présidence a facilité, par ses questions, le consensus entre les ministres sur la manière dont il faut coopérer en matière d'emploi et de réforme des systèmes de retraite", a déclaré Anna Diamantopoulou à l'issue des travaux. "Il ressort des débats, très fructueux et très positifs, que les objectifs de Lisbonne restent d'application et que la méthode ouverte de coordination doit être appliquée aux systèmes de retraite", a indiqué M. Aparicio en se félicitant aussi de "la mise en oeuvre d'instruments qui symbolisent les prestations sociales qu'on veut mettre en commun comme la carte d'assistance sanitaire européenne". "Il y a consensus sur un point: nous sommes dans l'ère de l'euro, c'est un petit bout d'Europe dans nos poches! A présent, on peut défendre des projets ambitieux au niveau européen pour autant qu'il y ait volonté politique de le faire", a indiqué ensuite Anna Diamantopoulou en ajoutant: "la Commission a proposé une série d'axes en matière d'emploi pour renforcer le processus de Lisbonne. C'est le cas par exemple de la carte d'assistance sanitaire européenne (voir EUROPE du 17 janvier, p.17) qui facilitera la libre circulation des travailleurs et qui est à ce titre aussi un petit bout d'Europe!".
L'enjeu réel de cette réunion de Burgos, dans le contexte de la préparation du Sommet de Barcelone, c'est d'avancer dans les domaines économique et social, dans une conjoncture économique qui a changé. La question qui se pose dès lors est de savoir si on garde le cap du plein emploi en 2010 ou si on le modifie, a expliqué Odile Quintin, directeur général de la DG Emploi à la Commission européenne, en précisant que les points politiques forts des discussions de Burgos sur stratégie européenne de l'emploi sont que: 1) il y a eu unanimité pour dire que le cap de 2010 du plein emploi et du taux d'emploi, soit 70% pour les hommes et 60% pour les femmes, doit être maintenu et que pour ce faire, toutes les politiques économiques, d'emploi et de croissance doivent y contribuer; 2) ces objectifs ne pourront être atteints que si tous les acteurs se mobilisent. Les partenaires sociaux sont associés mais n'ont pas toujours assumé des responsabilités concrètes; 3) il y a eu identification des groupes insuffisamment représentés dans le taux d'activité du marché du travail, à savoir les femmes, les travailleurs âgés (seulement 37,8% d'entre eux participent au marché du travail européen, a noté Anna Diamantopoulou) et les jeunes, qui doivent être encouragés à participer au marché du travail. D'où le débat sur les pensions, les actions en faveur des femmes (par exemple, en favorisant la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle) et des jeunes; 4) il faut éviter que la stratégie européenne de l'emploi ne devienne un processus rituel mais il faut aussi garder l'annualité des plans tout en évitant que cela ne soit un processus bureaucratique. Il y a eu consensus, a précisé Mme Quintin, sur la nécessité: - d'avoir moins de lignes directrices, qu'elles ne deviennent pas répétitives, et de fixer des objectifs. Ce qu'il faut, c'est une simplification, une rationalisation mais pas un affaiblissement de ces lignes; - de réfléchir à l'avenir sur les Grandes orientations de politique économique (Gopes). Le Sommet de printemps joue son rôle d'évaluation et d'orientation tant pour l'économique que pour l'emploi, avec un timing décalé pour l'emploi, ce qui en rend la cohérence parfaite difficile.
Voici d'autres précisions sur les travaux de Burgos:
1. Réunion Troïka sociale - partenaires sociaux européens: le Secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats (CES), Emilio Gabaglio, a noté que "le processus de Luxembourg nous a bien servi mais que l'on se trouve dans une période de changement de scénario, à savoir qu'il y a ralentissement de l'économie européenne et même qu'on peut actuellement penser à un risque de véritable récession". Il a constaté que la Commission elle-même avait annoncé, pour la première fois, une hausse du chômage en 2002 (plus d'un demi million de chômeurs en plus dans l'UE), "alors que nous avions réussi à le diminuer de 1% par an! Alors que fait-on?, " a demandé M. Gabaglio. "Les lignes directrices sont des politiques qui peuvent être efficaces - la preuve en a été faite en matière de croissance économique - mais en période de récession, il n'y a pas création d'emplois! Je demande donc aux ministres de l'Emploi d'envoyer un message à leurs collègues de l'Eco/Fin pour qu'ils sortent de leur torpeur pour soutenir la croissance, sinon nous n'arriverons jamais à l'objectif du plein emploi adopté à Lisbonne". En ce qui concerne le rôle des partenaires sociaux, Emilio Gabaglio a indiqué que ceux-ci "espèrent conclure, avant Barcelone, sur l'accès à la formation tout au long de la vie active et sur le télétravail" et que la CES était d'accord "d'entrer en négociation avec son homologue patronal sur la communication de la Commission relative aux aspects sociaux des restructurations d'entreprises (voir EUROPE du 11 janvier, p.9). Mme Diamantopoulou a souligné quant à elle l'importance de ce document pour l'économie en général et rappelé qu' "en 2001, 350.000 personnes ont été licenciées dans l'UE à cause du processus de restructuration". En ce qui concerne le travail en commun "Conseil Affaires sociales/ Conseil Eco/Fin", le Secrétaire général a noté que "le message passe au niveau des ministres des Affaires sociales, mais le vrai problème se situe au niveau des chefs d'Etat et de gouvernement. Aux Sommets de printemps, les ministres de l'Emploi et des Affaires sociales doivent être présents". Et de rappeler que "Lisbonne est un équilibre entre deux éléments: les réformes structurelles et la libéralisation, et la démarche macro-économique en fonction de l'emploi et de la croissance économique". Enfin, Emilio Gabaglio a insisté sur le fait que "les Sommets de printemps sont un moment fort et unique pour l'état des lieux des stratégies économiques et de l'emploi de l'UE. Un problème de calendrier se pose toutefois: les lignes directrices emploi sont présentées en automne, les macro-économiques tard au printemps et le Sommet de printemps a lieu tôt au printemps! Il faut donc remettre les pendules à l'heure et veiller à avoir une synergie entre les différents processus qui se sont développés de façon parallèle pour arriver à une économie européenne plus innovante, plus compétitive et créatrice d'emplois". Le président de la section Affaires sociales du Comité économique et social européen, le Suédois Jan Olsson, a indiqué que le Comité soutenait l'idée d'"une révision de la stratégie de l'emploi tous les deux ans, et non pas tous les ans, pour permettre à tout acteur concerné, à savoir les partenaires sociaux mais aussi la société civile organisée, d'être réellement impliqués dans la préparation, la gestion et le monitoring des lignes directrices pour l'emploi". Pour le Comité, a ajouté Jan Olsson, "le moment est venu d'introduire la notion de plus d'emplois dans le Pacte de croissance et de stabilité et donc d'avoir des objectifs concrets en matière d'emplois".
2. Réforme des systèmes de retraite: les participants ont constaté la nécessité d'une stratégie européenne dans ce domaine mais, a précisé Mme Diamantopoulou, "il faut trouver des stratégies nationales pour mettre en oeuvre cette stratégie européenne justement parce qu'il y a des différences entre les Etats membres". Contacté par nos soins, le ministre belge des Affaires sociales et des Pensions, Frank Vandenbroucke, a souligné que " la volonté d'approfondissement de la méthode ouverte de coordination en matière de retraites (lancée à Laeken en décembre 2001) par la Présidence espagnole est très importante. Il faut à présent exécuter les décisions prises à Laeken, à savoir que les Etats membres présentent leurs rapports nationaux sur leur stratégie en matière de retraite en septembre 2002", a poursuivi l'ancien Président du Conseil en ajoutant: " Ce qui est important, c'est de réfléchir ensemble sur des indicateurs communs (sur la durabilité des systèmes de retraite à terme par exemple), mais aussi que les Présidences à venir de l'UE puissent échanger des bonnes pratiques sur ce sujet". Après avoir reçu et analysé les différents rapports nationaux, la Commission aura des rencontres bilatérales avec chacun des Etats membres, et préparera ensuite un rapport conjoint avec le Conseil sur la réforme des systèmes de retraite, comme elle l'a fait pour l'inclusion sociale, et qui sera remis aux Sommets de printemps, a ajouté le Ministre. En conclusion, Frank Vandenbroucke a expliqué qu'il faut "mettre la problématique des pensions dans un cadre plus large, c'est-à-dire qu'elle doit être placée dans le contexte du vieillissement de la population, donc dans le cadre des soins de santé, plus particulièrement des soins pour personnes âgées, le tout dans la perspective du Sommet de Barcelone".