Strasbourg, 15/01/2002 (Agence Europe) - Le Président irlandais du groupe libéral Pat Cox a été élu, le 15 janvier à Strasbourg, Président du Parlement pour les deux ans et demi allant jusqu'aux élections européennes de juin 2004. Pat Cox, qui bénéficiait de l'appui déclaré du groupe du PPE-DE et de l'appui implicite d'au moins une partie des Verts, a été élu au troisième tour, par 298 voix, contre 237 voix au candidat du groupe socialiste, le travailliste britannique David Martin et 33 au président du groupe de l'Europe des démocraties et des différences, le Danois Jens-Peter Bonde. Les bulletins étaient 586, les bulletins blancs ou nuls 18, les voix exprimées 566, la majorité absolue des suffrages exprimés 285 voix. Dès l'annonce des voix obtenues par Pat Cox, Jens-Peter Bonde a offert un bouquet de fleurs à son rival heureux. Et le président de séance, le doyen d'âge Mario Soares, a souhaité au nouveau président (qui a reçu aussi l'accolade du Président de la Commission européenne Romano Prodi) des années de bonheur, et très positives pour le Parlement. « On se sent différents, ici », a dit Pat Cox qui a pris sa nouvelle place de président en remerciant tous ses concurrents et en rendant hommage (en français) à Nicole Fontaine, qu'il remplace à présent. (EUROPE reviendra sur son premier discours comme président et sur sa conférence de presse).
Au premier tour (590 bulletin, 7 blancs ou nuls, donc 583 exprimés), la majorité absolue de 292 n'a pas été atteinte, les résultats étant: Cox 254 voix, Martin 184, Bonde 66, Wurtz 42 et Onesta 37. Après l'annonce des résultats par le président de séance, le doyen d'âge, Mario Soares, Francis Wurtz a annoncé qu'il retirait sa candidature et qu'il invitait les collègues qui avaient voté pour lui à reporter leurs voix sur le candidat des socialistes David Martin. En annonçant lui aussi son retrait, Gérard Onesta s'est borné à dire que le groupe des Verts/ALE avait « longuement discuté » sur les autres candidats et que, selon lui, « quoi qu'il arrive, nous aurons un bon président ».
Au deuxième tour de scrutin, pour lequel n'étaient plus en lice que trois candidats (592 bulletins, blancs ou nuls 13, voix exprimées 579), la majorité absolue, cette fois-ci de 290, n'a pas été atteinte non plus. Cox a obtenu 277 voix, Martin 226 et Bonde (qui préside un groupe qui n'a que 18 membres) 76. Là, surprise: au président Soares qui, à 15 heures, annonçait ces résultats et lui demandait s'il maintenait sa candidature, Jens-Peter Bonde a répondu qu'il souhaitait une interruption de séance pour que les députés qui avaient voté pour lui puissent consulter les deux autres candidats (le vote est secret, mais il s'agirait en particulier de conservateurs britanniques et non inscrits). Si ceci n'est pas possible, je suis obligé de maintenir ma candidature, « ce que je ne souhaite pas », a précisé M.Bonde. Interrogée par Mario Soares, la plénière a accordé une demi-heure pour des consultations avant le troisième tour de scrutin.
Une demi-heure après, le Président Soares a annoncé que c'était parti pour un troisième tour, avec trois candidats: Cox, Martin et Bonde… Apparemment, la demi-heure de consultations (sur les places des députés à la Convention ? sur les places au cabinet du Président ?) n'avait pas suffi à obtenir le report des voix capturées par Jens-Peter Bonde sur Pat Cox ou David Martin.
Les cinq candidats défendent leur programme en plénière: réforme, droits des députés,
transparence, travail politique de la plénière
Pour la première fois, l'élection du président du Parlement a été précédée par de courtes interventions des candidats qui ont exposé en plénière leurs priorités. Malgré les différences d'accent, les cinq candidats ont tous plaidé pour une réforme de la manière de travailler du Parlement, afin d'assurer davantage de transparence, de garantir aux députés la plénitude de leurs droits et la concentration du travail de la plénière sur les thèmes politiquement significatifs. Voici l'essentiel de ces déclarations, dans l'ordre dans lequel elles ont été prononcées.
Dans ce Parlement, dès que nous aurons 22 langues, il y aura 462 combinaisons d'interprétation possibles, et 1090 si on arrive à 35 langues, a lancé d'emblée le président (danois) du groupe de l'Europe des démocraties et des différences Jens Peter Bonde, en s'exprimant en anglais. Pouvez-vous imaginer une traduction en plénière du finlandais vers l'anglais et puis le polonais, avec des députés qui votent déjà l'amendement numéro deux alors que d'autres sont encore en train de voter le numéro un ? a tonné M. Bonde, pour qui la réforme du système linguistique est essentielle. Dans deux ans, nous aurons dix nouveaux Etats membres, alors que nos bâtiments ne sont pas prêts pour les accueillir, a-t-il ajouté, en agitant le spectre d'une « confusion babélique » de laquelle il tire une conclusion: le futur Président du Parlement doit se concentrer sur la réforme interne et l'élargissement, et n'aura pas beaucoup de temps pour se balader dans le monde. « Nous avons besoin d'un artisan plutôt que d'un homme d'Etat », a-t-il martelé, en invitant ses collègues à voter pour « Bonde -007 ». Concrètement, M.Bonde propose en particulier de tenir davantage de votes en commission pour que la plénière se concentre sur les thèmes importants, permettre à chaque député de parler au moins trois fois par an en plénière, afin d'améliorer les droits des petites délégations. Et il plaide une fois de plus pour davantage de transparence, en déplorant: dans les comités de conciliation, il nous arrive de discuter sur la base de textes dépassés, alors que derrière nous il y a de « jeunes fonctionnaires qui ont toute l'information ». « Nos lois sont faites par des fonctionnaires juniors », alors que seulement 15% du travail atterrit chez les ministres, calcule M.Bonde, pour qui le futur Président du PE devra « rétablir la démocratie ».
La campagne pour cette élection constitue « un changement de méthode, un bon changement », a constaté le Président du groupe libéral Pat Cox, qui espère que ceci « signale une envie de s'engager dans une culture de transformation de la manière dont nous travaillons ». Cette campagne m'a appris que ce désir de changement est là, que nous avons besoin de « faire davantage de politique, dans le meilleur sens du mot » et de « plus de vitalité » dans la manière de gérer notre travail, s'est-il exclamé. Et, à la presse qui met en évidence sa loquacité, il réplique: « je suis Irlandais, et nous sommes tous loquaces en Irlande ». Sur le fond, M.Cox a promis qu'il essayerait, comme président, d'obtenir un accord sur le statut des députés (les efforts faits par Nicole Fontaine sur ce dossier montrent combien il est difficile, a-t-il remarqué), et qu'il le fera de manière transparente, et pas « par dessus la tête » des parlementaires. Par ailleurs, il a assuré qu'il oeuvrera pour l'égalité femmes/hommes au Parlement car, a-t-il regretté, nous sommes très bons lorsqu'il s'agit de voter la législation sur l'égalité des chances, mais nous avons parfois des difficultés à traduire cette égalité en pratique. Je suis fier d'être un parlementaire, si je suis président, je ne veux pas être « le 16ème chef de gouvernement », a déclaré M.Cox, pour qui il faut que le Parlement soit « en forme pour un avenir à échelle continentale ». Et, en remerciant le groupe du PPE-DE pour son appui, il a indiqué qu'il avait vu aussi d'autres groupes et qu'il voulait être un président pour tous les députés, mais il a aussi remarqué: ceux qui veulent plus de transparence, du changement, plus de chances pour tous les députés ne devraient pas voter pour le candidat d'un grand groupe, pas par la faute du groupe, mais à cause du système lui-même.
Le candidat du groupe socialiste, le travailliste britannique David Martin, a tenu à remercier la présidente sortante du Parlement Nicole Fontaine, en déclarant: elle a mené le combat contre le terrorisme bien avant le 11 septembre. Quel que soit le résultat du vote, nous savons déjà que « le gagnant, c'est le Parlement », car, « comme Pat l'a dit », nous avons introduit dans cette campagne des éléments de transparence qui étaient très nécessaires, puisque ce parlement a « un problème d'image », alors que, avec la Convention, l'élargissement et les élections de 2004 nous allons vers « d'énormes défis », a-t-il souligné. M.Martin a rappelé qu'il est membre du Parlement depuis dix-sept ans et vice-président depuis douze, et que, comme rapporteur sur les traités de Maastricht et d'Amsterdam, il a « négocié avec les chefs d'Etat et de gouvernement » pour renforcer les pouvoirs de codécision du Parlement, et comme membre de la Cosac (Commission réunissant des membres du PE et des organes des parlements nationaux spécialisés dans les questions européennes), il a oeuvré en particulier pour convaincre les parlements des Etats membres de « l'importance de la méthode de la Convention ». J'ai toujours travaillé avec les collègues d'autres groupes, parfois contre les intérêts de mon groupe et même de mon pays, a affirmé M.Martin (qui a été parmi les premiers membres du Labour à choisir la voie pro-européenne: NdlR). Et il a donc assuré qu'il serait un « président inclusif », faisant de son cabinet « une équipe de tous les talents ». Parmi ses priorités, M.Martin a indiqué: un rôle plus important du Parlement dans l'élection du Président de la Commission européenne, la codécision sur toute la législation, la fin de la distinction «artificielle « entre dépenses obligatoires et non obligatoires, la préparation du Parlement à l'élargissement. Nous voulons un Parlement qui discute sur « les vrais choix politiques », avec la participation de chaque député, car ce Parlement « ne peut pas travailler dans l'obscurité » et doit « se reconnecter avec les citoyens » afin d'être réellement « la voix des peuples », a conclu David Martin.
Ce n'est peut-être pas surprenant que tous les candidats aient « porté les trois mêmes thèmes »,réforme du Parlement, pluralisme et équité en son sein, et plus grande ouverture aux citoyens, a affirmé d'emblée le candidat des Verts/Alliance libre européenne Gérard Onesta. «Alors, « réforme », oui: faisons de la plénière une véritable vitrine de nos discussions politiques », s'est-il écrié, en parlant d'un « rêve fou », que les débats soient « si passionnants qu'il y aurait plus de députés en séance que d'interprètes dans les cabines ». Réforme, mais pas « au prix de notre diversité », a-t-il ajouté, en estimant que, alors qu'on peut décider « ce qui peut être techniquement réglé en commission ou alors plutôt simplement débattu en plénière », « le plus fort ne doit jamais simplifier le débat jusqu'au point où il serait le seul à s'exprimer ». En termes de réforme, « on peut en parler, ou on peut faire: j'ai modestement essayé de faire », a constaté le Vert français, en citant le dossier du statut des assistants qui lui avait été confié et en indiquant que sur ce dossier bloqué depuis 23 ans, « à la date convenue 99,5% des collègues ont remis tous les documents prouvant que nos assistants avaient un vrai contrat et une couverture sociale complète » (M.Onesta a remercié là Nicole Fontaine pour son « soutien constant » sur ce dossier comme sur d'autres, en remarquant que « lorsque j'étais bloqué, elle m'a donné le coup de pouce nécessaire »). « J'ai modestement essayé de faire » aussi pour assurer le pluralisme, comme l'un des vice-présidents du Parlement, a noté M.Onesta, pour qui « l'écoute doit être la même » lorsqu'il s'agit d'un député de la GUE ou du groupe libéral (« et quand Monsieur Fatuzzo nous fait ses beaux discours, j'essaie de lui donner la réplique pour mettre en valeur ses grands talents d'acteur », a-t-il dit, à propos de l'élu du parti italien des retraités - I Pensionati - qui fait systématiquement des explications de vote orales car c'est sa seule chance de prendre la parole…). M.Onesta a « essayé de faire » aussi « en matière d'ouverture », en encourageant la tenue au Parlement de « débats citoyens », comme le premier Congrès mondial pour l'abolition de la peine de mort. « Rendez-vous compte, chers collègues, que nous avons commencé notre mandat régis par un Traité, et que nous le terminerons peut-être portés par une Constitution », a conclu M.Onesta, qui s'est dit fier d'être un des 14 députés fondateurs de l'Intergroupe du PE pour la Constitution européenne.
Enfin, Francis Wurtz a expliqué que sa candidature se plaçait dans la prolongation de son engagement de président du groupe Gauche unitaire/Gauche verte nordique, et a tenu à souligner son « orientation affirmée à gauche ». Nos dirigeants négligent la « préoccupante désaffection des citoyens », et au Conseil et à la Commission « le vent souffle dans la direction de la déréglementation (…) , du tout marché », regrette l'élu européen du Parti communiste français. « Sans changement notable, cette Europe-là « nous réservera de graves déceptions, et en particulier l'élargissement « risque de se transformer en un piège redoutable », craint M.Wurtz. Autre souci de M.Wurtz: « ne pas diviser les progressistes ». Dans mon groupe il y a des « fédéralistes convaincus et des députés passionnément attachés à la souveraineté de leurs pays », mais, ensemble, « ils représentent l'Europe réelle », a-t-il constaté. Et il a souligné qu'une autre « signification » de sa candidature, c'est celle « d'une certaine éthique en politique ». « J'aime la franchise, la transparence, les rapports loyaux même entre adversaires », a affirmé M.Wurtz, qui apprécie « humainement » l'adversaire Cox comme le « principal représentant » de la « droite » Hans-Gert Pöttering. « Mais le candidat commun à cette famille politique ne pourra en aucun cas compter sur ma voix » au deuxième tour, a-t-il décrété, en fustigeant, sans les citer, les Verts, qui ont implicitement promis la majorité de leurs voix à Pat Cox. Ainsi, il a relevé avec « surprise et regret » l'attitude de ceux qui font campagne sur des « thèmes progressistes » et apportent ensuite leurs voix « au candidat unique de la droite baptisé candidat issu d'un petit groupe » ».