Bruxelles, 15/01/2002 (Agence Europe) - La Commission européenne a adopté, mardi, une série de recommandations au Conseil Ecofin au sujet de la mise à jour des programmes de stabilité des pays du Benelux, de l'Autriche et de la Finlande et concernant l'actualisation du programme de convergence de la Suède. La Commission estime que les programmes de ces six pays sont conformes aux exigences du pacte de stabilité et de croissance et des grandes orientations des politiques économiques, tout en formulant certains remarques à l'encontre des Pays-Bas (au sujet des estimations optimistes de croissance), de la Belgique (sur sa stratégie d'assainissement budgétaire manquant de cohérence) et de la Suède (la couronne n'est toujours pas rattachée au nouveau mécanisme de change et a récemment fluctué de manière importante par rapport à l'euro). Le Conseil Ecofin de mardi adoptera, sur la base des recommandations de la Commission, des avis formels sur chacun de ces programmes présentés en fin d'année 2001.
Pays-Bas: les services du Commissaire Pedro Solbes reprochent au gouvernement néerlandais de n'avoir pas révisé suffisamment à la baisse les perspectives de croissance pour 2001 et 2002. Les Pays-Bas ont tablé sur une croissance du PIB de 2% en 2001 et 2002, tandis que la Commission met en avant le fait que la croissance réelle du PIB s'est fortement ralentie en 2001, tombant à 1% en 2001 contre 3,5% en 2000. Le solde des administrations publiques devrait rester excédentaire jusqu'en 2004 poursuit la Commission, qui note toutefois que l'excédent envisagé (+1% du PIB en 2001 et en 2002, puis +1,2% en 2003 et +1,3% en 2004) est un peu trop optimiste. « Le gouvernement n'a pas appliqué strictement, dans le budget 2002, la formule des 50/50 concernant l'affectation des recettes à la réduction de la dette et à des baisses d'impôt » (afin de contrer les pressions inflationnistes et mieux préparer le pays aux conséquences du vieillissement de la population), souligne aussi la Commission.
Belgique: la Commission juge que la Belgique a bien fait de mettre à jour en 2001 ses objectifs budgétaires conformément à la perte de croissance du PIB réel en 2001 et 2002, qui atteint 2,6 points de pourcentage. Mais elle met en doute les hypothèses d'une reprise économique vigoureuse au second trimestre 2002 (la Belgique prévoit une croissance de 1,3% en 2002 et de 3% en 2003). La Commission s'inquiète par ailleurs de la stratégie d'assainissement budgétaire suivie par Bruxelles (dont la pierre de touche consiste à réduire sa dette publique estimée à 107% du PIB en 2001, 103,3% en 2002 et 97,7% en 2003, puis 88,6% en 2005): alors qu'elle aurait dû privilégier la réalisation d'importants excédents primaires (« une politique particulièrement adaptée pour un tel pays »), la Belgique table sur une baisse progressive de ces excédents combinée à une baisse régulière des taux d'intérêt, semblent s'étonner les services de M. Solbes. De plus, le programme ne formule aucune ligne de conduite au sujet de la croissance des dépenses primaires de l'entité I (gouvernement fédéral et sécurité sociale), « alors qu'une norme contraignante claire est un instrument essentiel pour la réalisation des objectifs budgétaires », écrit la Commission.
Autriche: le scénario de croissance annuelle moyenne (2,25% sur la période 2001-2005), du compte des administrations publiques (en équilibre au cours de 2001, contre un déficit de 1,1% du PIB l'année précédente) et des soldes publics (en équilibre jusqu'en 2003, puis excédentaires en 2004 et 2005) semble réalisable aux yeux de la Commission qui ajoute que les réformes dans le domaine des retraites et de l'administration publique devraient permettre de continuer à dégager d'importantes économies en 2002 et 2003 notamment. Il est recommandé au gouvernement de s'efforcer d'alléger le poids des prélèvements fiscaux au cours des prochaines années, surtout ceux qui pèsent sur le travail.
Finlande: les prévisions d'accélération de la croissance du PIB (1,6% en 2002, 2,7% en 2003 et 3% en 2004, après un ralentissement à 0,6% en 2001), sur lesquelles reposent notamment les chiffres de l'excédent budgétaire des administrations publiques (4,7% du PIB en 2001, puis plus de 2% en 2002, 2003 et 2004), sont jugées plausibles par la Commission, « même si les perspectives à court terme sont particulièrement incertaines en raison de l'évolution économique extérieure ».
Luxembourg: la croissance relativement soutenue du PIB en 2001, proche de 4%, a permis à ce pays d'enregistrer un solde excédentaire des administrations publiques de 4% en 2001, « soit plus qu'initialement prévu », constate avec satisfaction la Commission, qui ajoute que le taux d'endettement, déjà très faible actuellement, devrait continuer à baisser. Des efforts doivent être toutefois consentis pour maîtriser le taux d'augmentation des dépenses courantes de l'administration centrale (10,5% en 2002).
Suède: les prévisions de croissance (1,7% en 2001, 2,4% en 2002 et 2,6% en 2003) sont un peu optimistes, juge la Commission, qui précise cependant que « ce décalage » par rapport à ses projections d'automne s'explique par le fait que les chiffres annoncés ont été arrêtés quelques jours avant les attentats du 11 septembre. Les finances publiques se portent bien, note la Commission, notamment grâce aux bons résultats de sa politique d'assainissement budgétaire (qui se traduit par un objectif ambitieux d'un excédent de 2% du PIB sur la période 2002-2004). La Suède remplit les critères de convergence sur le solde budgétaire, l'inflation et les taux d'intérêt à long terme, mais toujours pas celui relatif au taux de change.
Cette analyse fait pour la première fois une référence spécifique aux incidences sur l'économie du vieillissement des populations, un problème qui concerne toute l'Europe, a souligné le Commissaire européen aux affaires économiques et monétaires Pedro Solbes en présentant les recommandations de la Commission à la presse, en marge de la session plénière du Parlement européen à Strasbourg. Quant à la répercussion de la perte de croissance sur les dépenses publiques, elle varie beaucoup d'un pays à l'autre: ainsi, certains pays ont été en mesure, malgré cette tendance (c'est le cas notamment de la Finlande, du Luxembourg, des Pays-Bas, de l'Autriche), d'améliorer leur situation budgétaire. M. Solbes a aussi réitéré le souhait de la Commission de voir la Suède entrer dans la zone euro.
La discussion sur l'Argentine, sur la base de la communication des Commissaires Chris Patten et Pascal Lamy, est encore en cours, a précisé M. Solbes, en ajoutant que la communication dresse essentiellement une analyse de la situation, et pose des questions sur les répercussions de cette situation pour les économies européennes, en présentant quelques conclusions préliminaires, la conclusion principale étant que l'Argentine devra définir un programme économique dont l'élément clé serait la relation avec le FMI.
Le président de la Commission européenne Romano Prodi a présenté pour sa part à la presse, à Strasbourg la communication de la Commission sur la stratégie de Lisbonne en vue du Conseil européen de Barcelone, en insistant sur trois domaines prioritaires qui devront recevoir une impulsion décisive au Sommet européen de mars prochain: poursuivre la définition des politiques de l'emploi, « connecter l'Europe et connecter les marchés », accroître l'investissement en matière de connaissance. Au-delà, il faudra une stratégie permettant d'intensifier la coordination des politiques économiques, a dit M.Prodi en revenant sur un de ses soucis constants. En répondant à des questions, M.Prodi a affirmé que, s'il n'est pas possible de prendre une décision sur le projet Galileo à Barcelone, alors « Galileo est mort ». Quant à la libéralisation du marché de l'énergie, il reconnaît que l'imminence des élections françaises pose un problème. La Commission ne présente pas de propositions nouvelles, elle insiste tout simplement sur la mise en oeuvre des propositions existantes, éventuellement en étapes successives.