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Bulletin Quotidien Europe N° 8129
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Le renforcement du volet économique de l'UEM est réclamé par tous (avec une exception) mais soulève des problèmes institutionnels

Une "idée fixe" de Jacques Delors. Pendant plusieurs années, l'exigence de rééquilibrer l'Union économique et monétaire paraissait une idée fixe d'une personnalité isolée, Jacques Delors, qui disait ne pas reconnaître son enfant dans la construction boiteuse issue du Traité de Maastricht: le volet monétaire était solide alors que le volet économique était nettement insuffisant. Aujourd'hui, ce déséquilibre est reconnu par toutes les autorités responsables (avec une exception), qui appellent des initiatives pour renforcer le volet de la gouvernance économique. C'est l'une des priorités de la Présidence espagnole du Conseil.

Quelques mots d'abord sur celui qui n'est pas d'accord. M. Trichet, gouverneur de la Banque de France et candidat à la présidence de la Banque centrale européenne (BCE) a estimé qu'à l'UEM il ne manque rien, que son pôle économique est approprié et que le Conseil Ecofin ainsi que l'Eurogroupe fonctionnent correctement. Pour la surveillance des politiques budgétaires nationales, l'Union européenne est, à son avis, au même niveau que toute autre fédération existante, les Etats-Unis et la Suisse y compris. M. Trichet reconnaît que l'euro a protégé l'Europe des perturbations monétaires externes et a permis à l'UE de traverser le drame du 11 septembre sans fluctuations des taux de change ni augmentation des taux d'intérêt. Simplement, il estime que l'Union n'a pas besoin d'une coordination économique renforcée.

À ma connaissance, il est le seul de cet avis. Toutes les autres personnalités qui se sont prononcées l'ont fait dans le sens opposé, et Romano Prodi a annoncé que la Commission européenne présentera d'ici quelques mois un document à ce sujet. La question est donc d'actualité. Jacques Delors a rappelé (interview à Baudouin Bollaert du "Figaro") que dans le rapport de 1989 qui porte son nom, le volet économique "était aussi substantiel que la partie monétaire" et il a ajouté: "or, que constate-t-on aujourd'hui? Nous avons un pilier monétaire institutionnellement bien structuré qui fonctionne, et une partie économique anémique. On nous amuse avec l'Eurogroupe, on nous raconte des contes de la Bibliothèque rose: l'Eurogroupe par-ci, l'Eurogroupe par-là. Mais il n'est pas performant. Il n'a pas de moyens propres et ne brille pas par la volonté de ses membres de coordonner véritablement leurs politiques macroéconomiques. Le système est donc déséquilibré."

L'expérience du président d'une année. Didier Reynders, le ministre belge des Finances, qui a présidé l'Eurogroupe pendant toute l'année 2001, a estimé en fin de mandat que le système informel actuel de gestion de la zone euro "a été mené jusqu'au bout de sa logique". Il estime avoir, par son action, augmenté la "visibilité" de l'Eurogroupe (c'est normal, a commenté un observateur, car auparavant sa visibilité était égale à zéro), mais en ajoutant que ce n'est plus suffisant: l'Eurogroupe doit maintenant assumer un caractère formel et "la zone euro doit avoir sa spécificité dans l'approche de la politique économique". L'Eurogroupe discute mais les décisions économiques sont prises par le Conseil Ecofin, dont font partie aussi les Etats membres qui ne participent pas à l'euro; et si, pour le moment, les pays de l'euro sont nettement majoritaires au sein du Conseil, il n'en sera plus de même après l'élargissement. L'Eurogroupe doit, selon M. Reynders: a) s'engager dans des discussions de fond, sans craindre, par exemple, de parler du dérapage budgétaire allemand (que personne n'évoquait ouvertement lors des dernières réunions), et pas seulement des excès de dépenses de petits pays comme l'Irlande ou l'Autriche; b) débattre des projets économiques et budgétaires de ses membres bien avant qu'ils aient arrêté leurs politiques; c) examiner les situations nationales à la lumière des nouveaux indicateurs fixés en commun, en délibérant éventuellement à la majorité.

Situation absurde. Si les opinions concordent largement sur l'exigence du rééquilibrage, pourquoi l'opération est-elle tellement difficile? Essentiellement pour deux raisons: les réticences compréhensibles des trois Etats membres qui ne participent pas à l'euro, et les complications institutionnelles. L'Eurogroupe n'est pas une institution communautaire, il n'est pas prévu dans les traités. Il a été créé par décision des pays de la zone euro, et il fonctionne donc sur un plan intergouvernemental; la Commission est simplement invitée à participer aux réunions. Ce régime est absurde car l'UEM comporte, avec l'euro, l'aspect le plus fédéral et intégré de toute la construction européenne, mais il est géré à moitié sur un plan intergouvernemental, sans la participation du Parlement et avec la Commission reléguée dans un rôle de spectateur! C'est pourquoi la Commission ne préconise pas le renforcement de l'Eurogroupe tel qu'il existe; attendons le document annoncé par son président pour connaître la voie qu'il faudrait, à son avis, emprunter. Dès maintenant, plusieurs voix se sont levées pour inviter la Convention à s'en occuper; ce qui est normal car la gestion de l'UEM est sans doute un aspect essentiel de l'Europe future, et Giscard d'Estaing en est conscient.

En anticipant et en lançant, comme d'habitude, de nouvelles idées, Jacques Delors a indiqué sa solution: le lecteur patient disposé à attendre 24 heures, en saura tout demain. (F.R.)

 

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