Strasbourg, 24/10/2001 (Agence Europe) - La présidente du Parlement européen, Nicole Fontaine, a accueilli, mercredi, le Dalaï-Lama dans « un esprit de fraternité universelle » lors d'une plénière solennelle consacrée au chef spirituel du bouddhisme. En 1959, face à l'invasion du Tibet qui vous aurait privé de toute liberté, vous avez dû, tout jeune, faire le choix déchirant de fuir Lhassa, non pas pour abandonner votre peuple, mais parce que l'exil était le seul moyen qui vous restait de le défendre partout dans le monde », a constaté Mme Fontaine, en ajoutant: « De manière éclatante, vous avez démontré, comme le Mahatma Gandhi, comme Nelson Mandela, comme Andreï Sakharov, que l'expression pacifique d'une cause noble permet de la faire entendre, respecter et parfois triompher ».
Déplorant les conflits qui ont vu le jour au nom de la religion, l'incitation à la haine et au fanatisme religieux, le Dalaï-Lama, qui s'exprimait en tibétain, a longuement plaidé pour « l'harmonie et la compréhension entre les religions » et il a souligné que « toutes les grandes religions du monde aident à transformer les personnes en êtres bons ». «Le dialogue est la seule façon sensée et intelligente de résoudre les différends et les conflits d'intérêts », a-t-il dit. A propos de l'occupation et de l'oppression du Tibet par la Chine et des « destructions immenses et souffrances humaines infligées au peuple du Tibet », il a rappelé sa proposition dite « approche de la voie médiane » qui vise à garantir l'autonomie réelle d'un Tibet qui « s'autogouverne véritablement avec des Tibétains pleinement responsables de leurs propres affaires intérieures », alors que la Chine continuerait à assumer la conduite des affaires étrangères et de la sécurité. Le Dalaï-Lama a reproché à la Chine de refuser tout dialogue avec lui-même et ses représentants et il a lancé un appel à des efforts internationaux accrus, concertés. « La Chine a beau être aussi grande et aussi puissante qu'elle veut, il n'en reste pas moins qu'elle fait partie du monde. La tendance actuelle va à davantage d'ouverture, de liberté, de démocratie et de respect des droits de l'homme. Tôt ou tard, la Chine devra suivre cette tendance et, à longue échéance, elle n'aura aucun moyen de se soustraire à la vérité, à la justice et à la liberté », a-t-il affirmé avant de souhaiter la mise en œuvre de la résolution du PE qui réclame la désignation d'un représentant spécial de l'UE pour le Tibet.
Tout en saluant sa bonne connaissance des résolutions du Parlement, Nicole Fontaine lui a répondu que le PE est prêt à soutenir le dialogue nécessaire avec la Chine pour que le Tibet recouvre la liberté dans l'esprit des propositions du Dalaï-Lama. « Vous pouvez compter sur notre concours actif", a-t-elle assuré.
Le chef de la mission de Chine auprès de l'UE, Song Mingjiang, avait écrit à Mme Fontaine pour lui demander d'annuler la visite du Dalaï-Lama, en estimant que tout ce que ce dernier a fait à travers le monde « montre clairement que la religion n'est qu'une couverture pour lui, et que ce qu'il cherche, ce sont des objectifs politiques ». « Du bout des lèvres, il déclare qu'il ne réclame pas l'indépendance du Tibet, mais dans les faits, il n'a jamais cessé ses activités visant à diviser la Chine », poursuit l'ambassadeur, pour qui, en lui offrant une tribune, le Parlement l'encourage à « aller plus loin encore sur la voie erronée ». Et d'ajouter: « Cela va non seulement à l'encontre de la volonté du peuple chinois, y compris la population tibétaine, mais aussi à contresens des relations Chine-UE qui se développent dans de bonnes conditions ».
Ensuite, le Dalaï-Lama a été interrogé par la presse sur l'impact des attentats du 11 septembre sur le Tibet. J'estime que la Chine ne doit pas être isolée, a-t-il dit en répondant (en anglais) à des questions au sujet de la participation de Pékin à l'alliance avec les Etats-Unis dans la lutte contre le terrorisme. Cette lutte est une "préoccupation très immédiate, urgente", a-t-il reconnu, tout en notant que la question du Tibet n'est pas simplement une question "locale", mais qu'elle est liée à des "questions plus grandes" (par exemple, elle se pose "automatiquement" lorsqu'il s'agit de l'"authentique amitié" à laquelle il faudrait parvenir entre la Chine et l'Inde). Le 12 septembre, j'avais écrit au Président Bush, après l'acte monstrueux qui avait frappé les Etats-Unis, tout en rappelant que selon moi, à long terme le dialogue est la méthode la plus appropriée. Faut-il dialoguer avec les terroristes ? A cette question, le Dalaï-Lama a répondu qu'il faut "parler avec les sympathisants, discuter, essayer de les persuader", essayer de comprendre leurs raisons, car tous les êtres font partie de l'"humanité".