Strasbourg, 24/10/2001 (Agence Europe) - En présentant mercredi au Parlement européen les conclusions du Conseil européen informel de Gand du 19 octobre, les Présidents du Conseil européen Guy Verhofstadt et de la Commission européenne Romano Prodi ont tous deux souligné le rôle accru que l'Union européenne sera appelée à jouer sur la scène internationale après les événements du 11 septembre. Le Premier ministre belge a parlé à cet égard de "nouvel ordre mondial" et M. Prodi de "nouvelle situation mondiale". Concernant la lutte contre le terrorisme, thème dominant du sommet , M. Verhofstadt a insisté sur les aspects politiques et M. Prodi sur les aspects économiques, en rappelant son double message aux chefs d'Etat et de gouvernement: - capacité de résistance de l'économie européenne (un message, sinon "optimiste, serein"); - nécessité d'être prêts à intervenir si la situation change.
Guy Verhofstadt a commencé par affirmer que "l'impression de directoire" suscitée par le sommet Chirac-Blair-Schröder n'était "pas justifiée". Il s'agissait d'une "concertation sur des questions militaires techniques", a-t-il dit, comme à Gand, en ajoutant: "j'ai accepté ces explications pour empêcher que le sujet domine le sommet et j'ai dit aux chefs d'Etat et de gouvernement que ce sont les Quinze qui définissent les priorités de l'UE". Par ailleurs, il a évoqué: - l'avenir de l'Europe: applaudi par les députés, il a noté, au sujet de la future Convention, qu'"aucune question ne doit être tabou, aucune porte ne doit rester fermée"; -l'élargissement: M. Prodi nous a présenté un "rapport positif" sur les négociations, et "il n'y a aucune raison de craindre que l'échéancier prévu ne soit pas respecté", a-t-il indiqué, en ajoutant qu'il entendait, à Laeken, "lancer un message supplémentaire" à ce sujet (et qu'il avait invité mardi le Premier ministre polonais à "développer encore plus d'efforts pour assurer que la Pologne retrouvera la place qui lui revient dans les négociations"); - la mondialisation: applaudi là aussi par les députés, M. Verhofstadt a constaté que, "à Gand les rues étaient calmes, et pourtant c'est une ville plus que rebelle: je le sais, parce que j'y habite". Je veux poursuivre le dialogue avec les mouvements antimondialisation, a-t-il promis, en estimant qu'il faut s'opposer aussi bien à une mondialisation qu'à une antimondialisation aveugle et rechercher une mondialisation "encadrée, éthique" et en annonçant, le 30 octobre à Gand, une "journée de discussion sur ce thème".
Quant à Romano Prodi, il a voulu souligner, en ce qui concerne la présence européenne sur la scène mondiale, "l'excellent travail fait dans ce sens par la Présidence belge, toujours soucieuse d'appuyer avec courage et intelligence les objectifs communs et partagés de l'Union européenne", tout en regrettant que "nous soyons encore loin d'une véritable politique étrangère et de sécurité commune, de laquelle nous avons pourtant tellement besoin". Cependant, à ceux qui disent que les derniers événements ont été marqués par une "absence de l'Europe", il a répliqué "non, même s'il faut distinguer". Et il a précisé que l'Europe réagit de manière adéquate "partout où l'intégration est possible ou réelle", alors que les vrais problèmes d'efficacité de l'action de l'Union se posent "dans les domaines moins intégrés, où la méthode communautaire est quasi absente". Ceci doit "nous stimuler pour préparer avec encore davantage de détermination les prochains grands rendez-vous politiques de l'Union", a martelé M. Prodi, qui a insisté (sans faire d'allusion à son irritation pour le sommet Chirac-Blair-Schröder à Gand) sur" l'unité d'action", en estimant qu'"une action séparée de quelques-uns ne correspond ni aux intérêts communs, ni aux intérêts des pays individuels, qu'ils soient petits ou grands". Et il a ajouté: "A Gand, j'ai pris acte du fait qu'aucun Etat membre ne désire aller dans cette direction. Mais la Commission demeurera vigilante, dans l'intérêt de tous". Sur le plan institutionnel, M. Prodi a noté avec satisfaction que la commission constitutionnelle du Parlement a discuté longuement des "implications de la politique étrangère et de sécurité commune pour le fonctionnement des institutions, et en particulier du Conseil", et a espéré que le Parlement européen adoptera "intégralement" le rapport Poos sur la réforme du Conseil (qui devait être discuté mercredi après-midi) et que le Conseil rendra "opérationnelles le plus vite possible" les recommandations faites dans ce rapport.
Terrorisme: le PE demande au Conseil JAI de décider rapidement
Les bonnes intentions doivent être suivies par les actes: le président du groupe du PPE/DE, M. Pöttering, l'affirme en invitant le Conseil JAI à prendre des décisions concrètes sur la lutte contre le terrorisme lors de sa session des 6 et 7 décembre. M. Pöttering a insisté, comme la plupart des députés, sur la reconstruction en Afghanistan et la reprise du processus de paix au Moyen-Orient, avis partagé par le président
du groupe socialiste, M. Baron, qui plaide aussi pour la reconstruction de toute la région autour de l'Afghanistan et qui affirme que les décisions suivant les grandes réunions de l'UE doivent être annoncées "ensemble" par les présidents du Conseil et de la Commission. Ma coopération avec M. Prodi est excellente, a répliqué M. Verhofstadt, en ajoutant: "d'ailleurs nous avons décidé de venir à la prochaine conférence de presse en tandem, pour éviter tout malentendu". En félicitant la Commission pour la rapidité "incroyable" de ses propositions sur le gel des avoirs des terroristes, le président du groupe libéral M. Cox a souhaité la même "alacrité" de la part du Conseil. Quant à la Convention, il a soulevé la question (pas encore réglée) d'une participation de la Turquie comme observateur. Pour que l 'aide humanitaire atteigne son but, il faudra suspendre les bombardements, s'est exclamé le co-président du groupe Verts/ALE M. Lannoye, qui met aussi en garde: la définition du terrorisme ne doit pas inclure des comportements contestataires qui sont légitimes. Le "pré-sommet" des trois Grands à Gand suscite également ses critiques: cette façon d'agir montre, à son avis, que certains accordent une priorité à la coopération militaire avec les Etats-Unis. Le sommet a été critiqué par d'autres parlementaires, notamment deux démocrates-chrétiens allemands: ainsi, M. Brok a souligné que tous les Etats doivent être égaux, et que les petits ne doivent pas avoir l'impression qu'ils sont dirigés par les grands, et M. Nassauer a parlé de "faute grossière". Cette ébauche de directoire est très loin du modèle fédéraliste, a ironisé le président du groupe Europe des démocraties et des différences, M. Bonde. La riposte "ciblée" au terrorisme s'est muée en vraie guerre, a constaté avec amertume M. Wurtz, président du groupe de la Gauche unitaire/gauche verte nordique, pour qui la solidarité avec les Etats-Unis n'implique pas un soutien inconditionnel aux choix de Washington. Pour le groupe Union pour l'Europe des nations, M. Collins a insisté sur le rôle de l'ONU dans la lutte contre le terrorisme et sur la nécessité de mener cette lutte sur des fronts différents.
Depuis le 11 septembre, le sens politique des trois piliers créés par Maastricht est mis en cause, selon le libéral britannique Duff. Le socialiste néerlandais van den Berg suggère quant à lui la tenue d'une conférence réunissant toutes les forces en présence en Afghanistan, pour former un gouvernement, éventuellement en exil, pour commencer. Et le conservateur britannique McMillan-Scott a insisté sur le rôle que l'ex-roi d'Afghanistan pourrait jouer dans cette phase, en rappelant qu'il avait, en 1964, introduit des élections libres, une presse libre et la participation des femmes à la vie politique. Nous devons en savoir plus sur l'Afghanistan, a ajouté l'élu autrichien du FPÖ Kroneberger, en suggérant la formation au Parlement européen d'un groupe qui réunisse une documentation sur la situation de ce pays dans les trente dernières années. Plusieurs parlementaires ont souhaité des initiatives européennes pour faire face aux conséquences économiques du 11 septembre: M. Trentin demande à l'Eurogroupe d'étudier les conditions d'une relance et d'examiner la possibilité d'un accord à long terme avec les pays producteurs de pétrole pour assurer la stabilisation des prix et des livraisons, Mme Randzio-Plath (sociale-démocrate allemande) plaide pour une politique active d'investissements, et M. Tajani (Forza Italia) estime qu'il faut aider l'économie et les entreprises, notamment les lignes aériennes, pour éviter des licenciements massifs.
M. Verhofstadt a, dans ces réponses, évoqué: - lutte contre le terrorisme. Si le Conseil JAI ne prend pas les décisions nécessaires les 6 et 7 décembre, ce seront les chefs d'Etat et de gouvernement qui le feront à Laeken: mais je suppose que les ministres ne voudront pas qu'"on leur fasse ça", et voudront décider eux-mêmes, a-t-il dit; - avenir de l'Union. Si la Convention n'aboutit pas à un consensus, les options qui en sortiront ne seront pas des options neutres, et il faudra indiquer quelles sont les positions minoritaires.
La Convention est un "souffle d'air frais" dans la vie des institutions, a déclaré M. Prodi, en insistant sur la valeur de la méthode communautaire. Quant à l'aide aux réfugiés afghans, il a rappelé que l'argent est là, mais que la difficulté concerne la distribution matérielle de l'aide. Sur le plan économique, il faut insister sur l'application des décisions de Lisbonne, qui, a-t-il dit, avaient pris beaucoup de retard, même avant le 11 septembre.