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Bulletin Quotidien Europe N° 8057
INFORMATIONS GENERALES / (eu) ue/mondialisation

Lettre ouverte de Guy Verhofstadt aux antimondialistes - plaidoyer en faveur d'une "mondialisation éthique"

Bruxelles, 26/09/2001 (Agence Europe) - "Certes, vous posez souvent les bonnes questions. Mais êtes-vous certains de formuler également les bonnes réponses ?". Cette phrase donne le ton employé par le Premier ministre belge Guy Verhofstadt dans une lettre ouverte aux antimondialistes publiée hier dans les journaux de 55 pays. L'exercice, qui se révèle être un plaidoyer en faveur d'une "mondialisation éthique", traduit vraisemblablement la volonté de l'actuel président en exercice du Conseil des ministres de l'UE, à la veille des Sommets "à risque" de Gand et Laeken, de combler le fossé d'incompréhension qui s'est installé entre les mouvements antimondialisation et l'establishment politique. Reste qu'il n'est pas sûr que l'auteur y parvienne, plusieurs associations, telles qu'Attac, ayant déjà réagi négativement à un "draft" de la lettre qui a circulé ces derniers jours sur Internet.

D'emblée, M. Verhofstadt se prononce en faveur de la mondialisation, arguant que chaque pour cent supplémentaire d'ouverture de l'économie d'un pays génère une augmentation de 1 % de son revenu par habitant. Toutefois, il ne le fait pas sans nuance, admettant que le libre-échange mondial s'effectue souvent à sens unique, du Nord riche vers le Sud pauvre. Ce qui ne signifie pas qu'il se range aux arguments antimondialistes, dont il souligne les contradictions: "Vous vous en prenez aux chaînes de restauration rapide américaines, au soja génétiquement modifié par des multinationales (...)". Selon vous "il faut retourner aux marchés locaux, à la communauté locale. Sauf quand il s'agit d'immigration ! Là, la mondialisation devient l'objectif. Des cortèges d'expatriés errent le long des frontières de l'Europe et de l'Amérique du Nord (...). N'est-ce pas précisément le manque de libre-échange et d'investissement qui les a chassés sur la route vers l'Occident ?" Soulignant que c'est la mondialisation qui nous permet de vivre aujourd'hui dans une société multiculturelle et tolérante, l'auteur de la lettre ouverte fustige la "nostalgie des communautés locales étriquées d'antan" qu'il perçoit dans le mouvement antimondialisation, nostalgie qu'il partagerait avec les conservateurs, les adeptes de l'extrême droite et les fanatiques religieux. M. Verhofstadt va même plus loin, considérant que "une frange importante du mouvement antimondialiste, même si elle n'en est pas consciente, flirte dangereusement avec l'extrême droite ou la droite populiste". L'association Attac a d'ores et déjà déploré ce parallèle entre antimondialistes et extrême droite, certaines autres associations le jugeant "provocateur".

Pour Guy Verhofstadt, il faut plus de mondialisation, mais il est nécessaire que le processus de libéralisation des échanges profite à tous, y compris aux plus démunis. Comment ? En revenant à une approche globale et éthique du processus: "je l'appellerais 'mondialisation éthique', un triangle formé du libre-échange, de la connaissance et de la démocratie. Ou en d'autres termes: le commerce, la coopération et la prévention des conflits", écrit-il. Il faudra notamment plus de coopération au développement estime le Premier ministre belge qui se prononce par ailleurs sans ambages pour un accroissement de la libéralisation du commerce mondial associé à certaines corrections indispensables: "Halte au dumping des excédents agricoles occidentaux sur les marchés du tiers monde. Mettons fin aux exceptions injustes pour les bananes, le riz ou le sucre. L'exception ne doit être maintenue que pour les armes", estime-t-il.

Pour réaliser cette mondialisation éthique, M. Verhofstadt préconise le remplacement de l'actuel G8 des pays riches par un G8 des associations de coopération régionales existantes (UE, Asean, Mercosur, etc.) au sein duquel le Sud occuperait une "place importante et juste". Représentant tous les membres de la société globale, ce nouveau G8 deviendrait le forum des accords contraignants sur les conditions de travail, la propriété intellectuelle et la bonne gouvernance et devrait être capable de formuler une réponse radicale à des problèmes mondiaux tels que la traite des êtres humains. Evidemment, reconnaît M. Verhofstadt, nous ne devons pas attendre la première rencontre du nouveau G8 pour lancer la mondialisation éthique, mais il suggère que nous l'amorcions dans l'espace européen: "Pourquoi ne pas examiner chaque décision prise au niveau européen à la lumière de son incidence sur la situation des plus démunis de la planète ?", conclut-il.

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