Bruxelles, 26/09/2001 (Agence Europe) - Après une enquête approfondie, la Commission européenne a autorisé, sous conditions, l'acquisition du contrôle en commun de la compagnie d'électricité espagnole Hidroeléctrica del Cantábrico (Hidrocantábrico) par le groupe espagnol Villar Mir et par la société allemande Energie Baden-Württemberg (EnBW), contrôlée à concurrence de 34% par le Français EDF. La condition unique et essentielle posée par la Commission pour donner son feu vert est l'obligation pour EDF et RTE, l'opérateur du réseau d'électricité français et département d'EDF, d'augmenter la capacité commerciale de l'interconnecteur situé à la frontière franco-espagnole de 1100 MW actuellement à 4000 MW de manière à accroître les volumes d'échange d'électricité à destination et en provenance de l'Espagne. Actuellement, cette capacité réduite constitue une barrière pour les importations espagnoles d'électricité ayant pour effet d'isoler le marché des autres marchés d'électricité continentaux, au détriment de la clientèle. A l'issue de la première enquête, en juin dernier, la Commission avait décidé d'examiner ce problème de manière plus approfondie, craignant à juste titre que l'opération ne donne au groupe français trop de pouvoir sur le marché espagnol. En effet, après avoir acquis le contrôle d'Hidrocantábrico, l'une des quatre compagnies les plus importantes sur le marché espagnol, EDF n'aurait plus eu intérêt à faciliter les importations en augmentant les capacités des lignes à haute tension entre les deux pays. (voir pour détails EUROPE du 2 juin, p.12)
La Commission s'est félicitée de cet accord qui résout une source de conflit majeur entre la France et l'Espagne. A l'instar de l'Italie, qui avait voulu défendre ses intérêts en protégeant l'entreprise Montedison de l'incursion d'EDF dans son capital en adoptant un décret-loi limitant l'influence de monopoles étrangers dans les assemblées des entreprises italiennes, l'Espagne avait adopté une réglementation similaire afin de contrer l'entrée d'EDF dans un des fleurons de son économie. Ses dispositions font toujours l'objet d'une enquête séparée de la part de la DG « Marché Intérieur » qui entend vérifier leur compatibilité avec les règles européennes sur la libre circulation des capitaux et le droit d'établissement. Le porte-parole du Commissaire Bolkestein a précisé mercredi que cette enquête était toujours en cours et qu'aucune date-butoir n'avait été fixée pour ses conclusions. Par ailleurs, le Commissaire Fritz Bolkestein aurait, selon l'AFP, informé le ministre français des Finances Laurent Fabius de son « inquiétude » concernant les achats d'EDF en Europe, même si ses opérations sont juridiquement irréprochables (EDF a réussi récemment son entrée sur le marché italien de l'électricité en concluant un accord avec Fiat pour le contrôle de Montedison, opération autorisée par la Commission en août dernier, Ndlr). Le Commissaire a estimé que les opérations d'EDF en Italie et en Espagne sont « un sujet pénible » même si EDF agit conformément aux dispositions européennes. « La France a fait ce qu'elle doit faire en terme de libéralisation du marché de l'énergie mais il y a une asymétrie dans l'ouverture du marché, moins poussée en France que dans les pays voisins », a ajouté M. Bolkestein.