Bruxelles, 12/09/2001 (Agence Europe) - Lors d'une conférence de presse qu'ils ont tenue conjointement mercredi, pour évaluer à chaud les répercussions que pourraient avoir, sur l'économie européenne, les attentats qui ont eu lieu mardi aux Etats-Unis, le ministre belge des Finances (et président de l'Eurogroupe), Didier Reynders, et le Commissaire Pedro Solbes ont affirmé de concert que les marchés financiers et monétaires, ainsi que les systèmes de règlement et de transactions financières fonctionnaient actuellement « sans problèmes majeurs », même s'ils ont reconnu du bout des lèvres que, à plus long terme, ces événements hypothèquent fortement les espoirs de reprise de l'économie américaine (et risquent donc d'affecter la croissance européenne qui était supposée se reprendre en fin d'année). Ils ont donc voulu adresser un message de confiance aux marchés et opérateurs économiques.
Après avoir adressé au peuple américain un message de condoléances et de profonde sympathie envers les victimes de ces actes terroristes, M. Reynders, a déclaré, au nom des ministres de l'Ecofin, de la Commission européenne et de la Banque centrale européenne: « nous sommes prêts, en étroite collaboration avec les autorités américaines, à apporter tout le support qui pourrait être nécessaire, et je vous confirme que toutes les mesures seront prises pour assurer un fonctionnement adéquat des marchés et la stabilité du système financier. Les banques centrales de l'UE vont poursuivre leur action pour fournir les liquidités nécessaires afin de permettre au système de paiement de fonctionner correctement ». En concordance avec la teneur des discussions qu'ont eues les Etats membres, mercredi matin, au sein du Comité économique et financier, le Commissaire Pedro Solbes a estimé que, pour le moment, la répercussion en Europe de l'évolution de l'économie américaine (vulnérabilité du dollar, fermeture des marchés boursiers, effondrement des valeurs des compagnies aériennes et des assurances, et forte hausse des prix du pétrole et de l'or) devrait être « limitée ».
M. Solbes a concédé que les événements de mardi « auront une incidence au moins sur l'évolution de la consommation aux Etats-Unis » et qu'étant donné l'interdépendance entre la conjoncture américaine et l'économie en Europe, il est probable que les hypothèses actuelles de croissance (près de 2%) devront être revues à la baisse. Par ailleurs, il ne s'est pas inquiété outre mesure de l'augmentation spectaculaire des prix du pétrole (en réaction à l'attente des représailles américaines). « D'après les nombreux contacts que nous avons eus entre les membres du Conseil Ecofin, les banques centrales et les autorités nationales et internationales de contrôle prudentiel, nous ne voyons en Europe aucun problème majeur: les marchés sont ouverts, les liquidités sont présentes. La seule difficulté, mais qui est d'ordre technique, provient du fait de l'absence de cotation pour les stocks américains », a résumé pour sa part M. Reynders, ajoutant que les résultats de ces contacts ont démontré « qu'il est possible de travailler dans le calme et de poursuivre l'activité économique dans les prochains jours ». L'Eurogroupe reviendra sur ces questions lors de sa réunion du vendredi 21 septembre, avant l'Ecofin informel de Liège.
L'échange de vues Duisenberg-PE largement consacré aux conséquences des attentats aux
Etats-Unis - La BCE injecte des liquidités
« Je suis de tout cœur avec les citoyens des Etats-Unis et notamment les amis, la famille de ceux qui ont été victimes de cette attaque cruelle », a déclaré d'emblée le président de la BCE, Wim Duisenberg, lors de son échange de vues, mercredi, avec la commission économique et monétaire du Parlement européen, qui a été largement consacré aux conséquences, sur les marchés, des attentats terroristes qui ont frappé New York et Washington. « Je voudrais souligner que la BCE et les autres banques centrales nationales se tiennent prêtes à tout faire pour soutenir les marchés afin que tout fonctionne correctement si le besoin s'en fait sentir », a affirmé M. Duisenberg, avant d'ajouter que la BCE est en contact étroit avec les autres grandes banques centrales du monde, dont la Réserve fédérale américaine. M. Duisenberg n'a pas voulu spéculer sur les conséquences économiques des attentats aux USA, se bornant à déclarer qu'il y en aurait "peut-être à long terme" mais qu'il était prématuré d'en juger. Par ailleurs, M. Duisenberg a indiqué qu'il venait juste d'être informé que la BCE avait décidé, mercredi matin, d'injecter des liquidités « pour assurer la stabilité du système financier » grâce à l'ouverture, à l'attention des banques, d'un guichet de refinancement rapide au taux fixe de 4,25%, sans montant précis (et d'une durée d'un jour). « La BCE va continuer d'observer la situation des liquidités au cours de la journée et des prochains jours et est prête à prendre de nouvelles mesures », a précisé la Banque dans un communiqué. La BCE a alloué 69,281 milliards d'euros, ces crédits ayant bénéficié à 65 banques. Ces opérations d'appel d'offres rapide font partie des outils de "réglage fin" dont dispose l'eurosystème pour gérer la situation des liquidités sur le marché et piloter les taux d'intérêt, notamment pour atténuer l'incidence de fluctuations imprévues de la liquidité bancaire sur ces derniers. En outre, le Conseil des gouverneurs de la BCE devait faire le point de la situation financière internationale ce jeudi à l'occasion de sa réunion bi-mensuelle.
En répondant aux députés, comme Karl von Wogau (élu de la CDU), M. Duisenberg a estimé qu'il était « important, au premier chef, de maintenir la confiance des consommateurs et des producteurs, et que l'Eurosystème se montre à même de relever le défi du maintien de la stabilité des prix ». Robert Goebbels (socialiste luxembourgeois) et Alain Lipietz (Vert français) ont regretté que M. Duisenberg n'ait pas choisi de « frapper un grand coup » (selon l'expression de M. Goebbels) pour restaurer la confiance sur les marchés. Le président de la BCE a répliqué qu'une réaction trop rapide n'aurait pas été bien accueillie par l'opinion publique.
En poursuivant enfin son dialogue régulier avec le Parlement sur la politique monétaire de la BCE, M. Duisenberg a prévu que l'inflation dans la zone euro devrait retomber en dessous de 2% dans un avenir proche, sauf circonstances économiques exceptionnelles. Ainsi, il table sur une inflation un peu inférieure à 2% en 2002 et en 2003 et estime que les taux européens, récemment réduits d'un quart de point, « sont à un niveau compatible avec le maintien de prix stables ». Le président de la BCE prévoit aussi un redressement modéré en 2002, mais une accélération de la reprise en 2003, car, selon lui, les facteurs d'un retour de la croissance sont peut-être déjà en œuvre. Concernant le taux de chômage, il a dit s'attendre à un taux inférieur à 8% en 2003 dans la zone euro, la baisse du chômage devant se poursuivre en 2002 et s'accélérer en 2003.