Berlin, 03/05/2001 (Agence Europe) - « Réviser le concept de sécurité européenne - Répondre aux nouveaux risques »: le colloque sur ce thème organisé par l'Assemblée de l'Union de l'Europe occidentale (qui se définit aussi « Assemblée européenne intérimaire de la sécurité et de la défense ») s'est ouvert dans l'hémicycle du Bundestag, à Berlin, le 2 mai, un jour après l'important discours du président Bush qui, à Washington, a annoncé une révision de la politique de dissuasion des Etats-Unis, et l'ouverture de « réelles » consultations sur la défense antimissiles avec l'Europe, le Canada, l'Asie et l'Australie. Nous sommes la première assemblée élue qui peut commenter les idées du président américain, a constaté d'emblée le président Klaus Bühler, en notant que l'Europe, face aux nouveaux risques (venant en particulier d'"Etats à risque"), doit se doter d'urgence d'une « conception de sécurité commune ». "L'Europe de la sécurité et de la défense est plus grande que les Quinze" et tous les pays européens intéressés doivent participer à ce débat, a dit par ailleurs M. Bühler en reprenant un thème qui lui est cher, celui de « l'inclusion » qu'assure une institution comme l'UEO. Le président de la commission des affaires européennes du Bundestag, Friedebert Pflüger, a fait allusion lui aussi aux propos de George W.Bush, en affirmant que les Européens doivent « prendre au sérieux » son offre de dialogue: la défense antimissiles « viendra », et au lieu de se replier dans « le refus et l'isolement », l'Europe doit essayer d'exercer son influence, en répliquant aux Américains d'une seule voix, a-t-il estimé.
Quant à Rolf Ekeus, président du SIPRI (l'Institut international de recherche pour la paix, à Stockholm) et membre du Conseil consultatif du Secrétaire général de l'ONU pour les questions de désarmement, il a déclaré qu'il est « grand temps » que l'Europe utilise ses ressources, dans le cadre de la coopération transatlantique et si possible en coopérant avec la Russie, pour s'attaquer au problème de la lutte contre la prolifération des armes de destruction massive. « Les Européens ne devraient pas laisser les Etats-Unis traiter seuls » ces questions, s'est-il exclamé, en remarquant en particulier que le problème des armes nucléaires tactiques de la Russie « n'est pas un problème américain, mais européen », et que l'Europe devrait soulever ce problème avec la Russie. En traçant un tableau assez détaillé de l'évolution des régimes de non-prolifération et de contrôle des armements, M. Ekeus (qui a dirigé l'équipe de l'ONU qui a examiné l'arsenal d'armement irakien, et qui remplacera Max van der Stoel comme Haut Commissaire de l'ONU pour les minorités nationales) a estimé que l'Europe « pourrait être encore plus exposée que les Etats-Unis » au risque de « contrebande de matériaux nucléaires » qui se trouvent en grande quantité et sans aucune surveillance en Russie, et qui suffiraient pour construire des dizaines de milliers d'armes nucléaires. L'Administration Bush entend poursuivre avec la Russie le « programme de coopération pour la réduction de la menace » nucléaire, mais en le réduisant substantiellement, a noté M. Ekeus, en exhortant les Européens à coopérer avec la Russie dans ce domaine.
Le professeur Harald Müller, de l'Institut de recherche sur la paix de Francfort, en décrivant l'état de la prolifération d'armes de destruction massive et de leurs vecteurs, a concentré son intervention sur la situation dans une région - le Moyen-Orient - d'où pourraient venir des menaces visant en premier lieu l'Europe. Et, tout en faisant état du développement, supposé ou avéré, d'armes nucléaires et d'armes chimiques ou biologiques dans plusieurs pays, il a dit ne pas détecter une « menace directe » pour l'Europe qui, dans l'avenir prévisible, pourrait partir de cette région. M. Müller, qui a fait le point sur la situation en Israël, en Irak, en Iran, en Libye, en Syrie, en Egypte et en Arabie saoudite, a estimé que l'Europe devrait essayer d'influencer (alors que jusqu'ici seulement Washington l'a fait de manière conséquente) les pays comme la Russie, la Chine et la Corée du Nord afin que leurs technologies ne soient pas utilisées -comme cela a été souvent le cas - par ces pays pour développer leur propre arsenal d'armes de destruction massive. Par ailleurs, il a aussi constaté que le sud de l'Italie peut déjà être atteint par des missiles libyens (et cela s'était déjà produit à Lampedusa), que la Grèce pourrait être assez rapidement touchée par des missiles iraniens, et que la Turquie demeure le pays le plus exposé de l'Alliance atlantique, notamment face aux armements syriens et iraniens (elle se trouve dans une situation analogue à celle de l'Allemagne pendant la guerre froide, a-t-il commenté). Attila Mutman, membre turc de l'Assemblée de l'UEO, a réagi en renouvelant les critiques bien connues de son pays aux arrangements prévus par l'Union européenne pour la consultation de pays tiers qui souhaiteraient participer à de futures opérations menées sous sa responsabilité. Nous devons avoir le droit de nous exprimer « dans les organes décisionnels », alors que le système qu'on nous propose n'est "pas juste", d'autant plus si on tient compte du rôle que la Turquie a toujours joué pour la défense de l'Occident, a protesté M. Mutman.
L'ambassadeur Anders Oljelund, Représentant permanent de la Suède au Conseil de l'UEO (qui remplaçait la présidente du Conseil Anna Lindh, tout en s'exprimant sous sa propre responsabilité), et Lars-Erik Lundin, chef de l'Unité de la politique de sécurité de la Commission européenne (qui représentait le Commissaire aux relations extérieures Chris Patten), ont concentré leurs propos sur la prévention des conflits et la gestion civile des crises, en constatant tous les deux combien cette notion de gestion « civile » d'une situation de crise est autrement plus complexe que celle de sa gestion « militaire ». M.Oljelund a fait le point sur les progrès accomplis dans la mise en place du programme de prévention des conflits qui doit être approuvé par le Conseil européen de Göteborg à la mi-juin, en soulignant que la prévention des crises, même si elle est moins coûteuse qu'une « véritable guerre » exige d'importantes ressources, et aussi « de l'audace et de l'endurance ». Il s'agit, a-t-il souligné, de s'attaquer aux causes de possibles crises et de coordonner les instruments dont dispose l'UE ainsi que le travail de l'UE et celui de différentes organisations (essentiellement l'ONU, l'OSCE et le Conseil de l'Europe). En rappelant que « le volet civil » de cette politique a été développé plus tard que le volet militaire de la PESD, l'ambassadeur suédois a noté que le comité sur les aspects civils de la prévention des crises, qui s'est réuni jusqu'ici huit fois, s'est concentré sur quatre priorités: - le rôle des forces de police ; - la stabilisation du système judiciaire et de l'état de droit ; - la stabilisation de l'administration civile ; - la protection civile. Nous avons fait des progrès surtout en ce qui concerne la contribution de forces de police, a-t-il signalé, en rappelant que les scénarios sur lesquels ont travaillé les experts concernaient l'Albanie, la Croatie, Mostar, le Guatemala et El Salvador. Une douzaine d'Etats membres ont déjà annoncé des contributions, et la situation est très encourageante, a-t-il ajouté, tout en indiquant que certaines questions restent à régler - comme celle du degré de planification à confier à l'Union (un Etat membre a dit qu'il serait prêt à faire davantage si la planification était plus concentrée dans les mains de l'UE, a-t-il dit).
Lars-Erik Lundin a rappelé pour sa part les messages essentiels de la communication sur la prévention des conflits présentée par Chris Patten et approuvée par la Commission le 11 avril dernier (voir EUROPE/Documents N° 2234): - s'attaquer aux causes de possibles conflits ; - utiliser le potentiel de l'Union européenne en tant que principal donateur pour avoir plus de poids lorsqu'il s'agit d'empêcher qu'une crise éclate ; - développer une capacité de réagir rapidement aux conflits. « Tout ceci coûte de l'argent », a-t-il souligné, en insistant sur la détermination de M.Patten à utiliser efficacement les ressources qui sont à la disposition de l'UE pour jouer un rôle stabilisateur. Pour cette raison, nous avons proposé - et le Conseil l'a accepté- un « mécanisme de réaction rapide », à ne pas confondre avec la « Force de réaction rapide », un instrument de financement permettant de déployer du personnel rapidement en cas de besoin, a-t-il rappelé. Par ailleurs, il a insisté sur la nécessité d'une coordination efficace entre le civil et le militaire, et s'est félicité du « brainstorming très réussi » qui a eu lieu récemment entre experts civils et militaires.
Fernando Davara, directeur du Centre satellitaire de l'UEO qui doit être maintenant intégré dans la PESD, a souligné que, en moins d'une décennie de vie opérationnelle, le Centre a pu fournir des évaluations sur différentes régions (Albanie, Kosovo, Grands Lacs africains) et appuyer des missions humanitaires ou le secours suite à des crises environnementales (Donaña en Espagne et Mitch en Amérique centrale). Avec le Centre, l'Europe peut disposer d'un « outil stratégique dans le domaine du renseignement », et « ce de façon totalement indépendante », a-t-il affirmé.