Bruxelles, 03/05/2001 (Agence Europe) - La Troïka européenne, conduite par le Premier ministre suédois Göran Persson, s'est envolée pour Séoul, jeudi après-midi, après avoir passé 28 heures à peine à Pyongyang, où cette visite, brève mais historique, s'est soldée par un succès, selon le porte-parole de la Commission européenne. Le Président du Conseil de l'Union, qui était accompagné du Haut représentant pour la Pesc Javier Solana et du Commissaire Chris Patten, a en effet quitté la capitale nord-coréenne en ayant obtenu du président Kim Jong-II les engagements qu'il espérait, concernant la reprise de la fragile dynamique de réconciliation avec la Corée du Sud, le lancement d'un dialogue structuré sur les droits de l'homme et le maintien du gel des essais nucléaires. La question de la liberté de circulation des représentants des ONG qui oeuvrent sur place à la fourniture de l'aide humanitaire à la population nord-coréenne reste cependant en suspens.
Au lendemain d'une brève visite de politesse au "Cher Leader" suivie d'entretiens avec le président du praesidium de l'Assemblée populaire suprême Kim Yong-Nam, MM.Persson, Solana et Patten ont rejoint le Président Kim et le vice-ministre des affaires étrangères Kang Sok-ju, dans la matinée, pour des discussions qualifiées un peu plus tard par le chef de la mission européenne de "substantielles" et "fructueuses". La rencontre a en effet permis à la troïka d'accomplir la plupart des objectifs qu'elle s'était fixés avant son départ. M.Persson a indiqué, à l'issue de la rencontre, que le leader nord-coréen souhaitait clairement poursuivre le rapprochement avec la Corée du Sud, qu'il s'était engagé à respecter les engagements pris lors de la rencontre historique de Pyongyang en juin dernier, et qu'il lui avait confié un message - dont la teneur est pour l'instant confidentielle - à l'intention de son homologue du Sud. Un second sommet Nord/Sud devrait se tenir à Séoul à une date qui reste à préciser, a-t-on confirmé à Bruxelles. "Ils se montrent prudents sur le timing aujourd'hui et c'est en raison du réexamen (en cours) de la politique américaine" (qui avait amené l'Administration Bush à suspendre provisoirement le dialogue avec Pyongyang), a précisé M.Persson. "Nous avons expliqué qu'un réexamen politique ne signifie pas nécessairement un renversement de politique", a-t-il indiqué, en insistant encore une fois sur le fait que le dialogue entre la Corée du Nord et l'Union "ne doit pas être considéré comme pouvant remplacer le dialogue avec les Etats-Unis. Les deux sont nécessaires", a-t-il dit.
De ces entretiens, qui se sont prolongés pendant cinq heures au total mercredi et jeudi, la Troïka européenne a aussi dégagé une confirmation de la volonté du Président Kim Jong-Il de maintenir le gel sur les tests de missiles de moyenne portée. "Kim Jong Il a dit que le moratoire sur les tests se prolongera jusqu'en 2003", a indiqué M.Persson, en précisant que d'ici là, les Nord-Coréens "attendraient et verraient". M.Solana a indiqué qu'il ne connaissait pas les raisons qui avaient motivé le choix de cette échéance.
Autre objectif rempli par la Troïka: le "feu vert" du Président Kim pour instaurer un dialogue structuré sur les droits de l'homme, une première pour la Corée du Nord qui n'a encore jamais accepté de discuter de la question avec un autre pays. "Nous ne croyons pas que ce sera un processus facile mais nous pensons qu'il est important de lancer les discussions et c'est ce dont nous avons convenu", a indiqué M.Patten. Il a précisé que les autorités de Pyongyang avaient accepté une invitation de se rendre à Bruxelles pour engager formellement le dialogue mais n'avaient pas répondu à la demande européenne d'autoriser des rapporteurs spéciaux des Nations Unies à vérifier la situation sur place. La question des conditions de travail des ONG est pour l'instant aussi sans réponse. Le processus, qui a débuté en novembre dernier avec la visite de la troïka des directeurs politiques européens, "est encore court" et "il est important que le lien ait été établi (au plus haut niveau, cette semaine) entre l'assistance accrue souhaitée par Pyongyang et l'autorisation de la libre circulation des ONG" qui fournissent cette assistance dans des conditions tellement difficiles que plusieurs ont déjà quitté le pays, a-t-on précisé à la Commission européenne. Le Premier ministre suédois a indiqué que les dirigeants nord-coréens étaient "à l'évidence préoccupés" par la situation économique et désireux de recevoir une assistance pour sa transition. "Ils sont conscients de la gravité de la situation mais semblent engagés à poursuivre l'ouverture vers une coopération internationale accrue", a-t-il précisé. Ses interlocuteurs n'ont pas fait référence à des réformes mais "à de nouvelles idées de gestion". Une mission européenne devrait se rendre "très bientôt" sur place, a-t-on indiqué à Bruxelles. La normalisation des relations diplomatiques entre l'Union et Pyongyang était évidemment dans tous les esprits. La troïka rendra compte à l'informelle de Nyköping, ce week-end du résultat de sa mission. Si les conditions préalables sont effectivement remplies et que personne, parmi les Quinze ne s'y oppose, la décision pourrait être prise à partir du 5 mai prochain, vu que toutes les étapes nécessaires à la reprise des relations diplomatiques ont été accomplies.