Bruxelles, 23/04/2001 (Agence Europe) - Les pourparlers informels de NewYork sur les changements climatiques entre une quarantaine de pays, réunis samedi en marge de la Commission du développement durable des Nations unies (voir EUROPE du 19 avril, p.7), n'ont permis aucune avancée décisive. L'incertitude planant sur la ratification du Protocole de Kyoto depuis la décision des Etats-Unis de tourner le dos à cet instrument contraignant, signé en 1997 par tous les pays industrialisés de la planète pour consigner leur engagement à réduire de 5,2 % les émissions totales de gaz à effet de serre à l'horizon 2008- 2012 (par rapport au niveau atteint en 1990), demeure. Sur les 40 pays qui ont répondu à l'invitation de Jan Pronk, ministre de l'Environnement des Pays-Bas et président des négociations internationales sur le climat, une quinzaine était représentée par leur ministre de l'Environnement.
Les Américains, représentés par Kenneth Brill, un haut fonctionnaire (en lieu et place de Christine Todd Whitman, directrice de l'Agence américaine de protection de l'environnement), ont confirmé leur intention de participer à la session de négociations de Bonn (COP 6, 16-29 juillet) où reprendront les négociations internationales suspendues à La Haye en novembre dernier. Mais ils ont aussi confirmé leur opposition au Protocole de Kyoto, et ce « dans tous les cas de figure », selon les termes utilisés par le Département d'Etat dans une missive diplomatique du 1er avril interceptée par la presse. Sans vouloir participer étroitement à ces négociations, les Etats-Unis comptent, à cette occasion, présenter les résultats de leur étude sur des solutions de rechange aux mesures préconisées par le Protocole, qui leur permettraient de ne pas aggraver leur crise énergétique interne.
Selon Jan Pronk, les consultations ont confirmé le regroupement des pays en trois camps:
Les partisans d'une conclusion rapide des négociations sur les modalités de mise en oeuvre des mécanismes flexibles du Protocole de Kyoto lors de la prochaine session formelle de négociations (COP 6, Bonn, 16- 29 juillet) pour permettre sa ratification et son entrée en vigueur dans les meilleurs délais. Au rang de ces pays figure l'UE, qui a réaffirmé son intention de ratifier le Protocole en 2002 lors du Sommet du Développement durable de Johannesburg - de préférence avec les Américains, mais aussi sans eux - et invité les autres parties à lui emboîter le pas. Japon (8,5% des émissions) et Russie (17,4% des émissions), qui ont largement décrié la volte-face des Etats-Unis (voir EUROPE du 12 avril, p.10) comptent aussi officiellement parmi les défenseurs du Procotole. Mais ils ont fait état, dans les coulisses, des difficultés que leur poserait la ratification du Traité sans la participation des Américains. Les craintes du Japon de voir son industrie perdre en compétitivité par rapport aux entreprises américaines, et les inquiétudes de la Russie concernant les prix des transactions à la bourse des permis de polluer, en l'absence des Américains, hypothèquent les chances de l'Union d'obtenir les alliances nécessaires pour assurer la ratification du Protocole de Kyoto, sachant que pour entrer en vigueur celui-ci doit être ratifié par 55 pays contribuant au moins à 55% des émissions totales de gaz à effet de serre.
Les sceptiques, parmi lesquels de nombreux pays en développement du groupe des 77, qui doutent de l'efficacité d'un accord international dont seraient exclus les Etats-Unis, premier responsable de réchauffement planétaire (4% seulement de la population mondiale, mais 25% des émissions totales).
Les pays comme le Canada (3,3% des émissions) et l'Australie (2,1% des émissions), qui n'ont pas caché qu'ils éviteraient la confrontation avec les Etats-Unis sur le dossier climat.
« La famille n'a pas éclaté. Le risque de divorce ne peut être écarté, mais personne n'a encore quitté le domicile. L'affirmation selon laquelle Kyoto serait mort n'a pas été renouvelée », a déclaré Jan Pronk, désireux de rester optimiste, bien que tout à fait conscient que ces incertitudes annoncent des discussions « extrêmement difficiles ». D'où l'intérêt d'organiser de nouvelles consultations ministérielles, en juin à Stockholm, pour préparer la COP6, et augmenter ainsi les chances d'en faire un succès.
Le résultat des consultations de New York se résume donc à un accord des parties sur la poursuite des travaux au cours des trois prochains mois.
Dans un communiqué résumant les conclusions qu'elle a tirées de cette rencontre, la Troïka européenne, représentée par Kjell Larsson, ministre de l'Environnement de la Suède et président en exercice du Conseil, Margot Wallström, Commissaire européenne à l'Environnement, Olivier Deleuze, secrétaire d'Etat à l'Energie et au Développement durable de la Belgique, appelle toutes les parties à faire preuve de flexibilité dans la recherche d'accord dans les mois à venir et rappelle que: a) la mise en œuvre de la Convention cadre de l'ONU sur les changements climatiques et le protocole de Kyoto exige que soient fournies aux pays en développement des ressources substantielles ; b) les préventions de l'Union à l'égard de la comptabilisation des puits de carbone dans la réalisation des objectifs (en particulier dans la première période d'engagement), motivées par les incertitudes et des risques liés à ce mécanisme, sont en partie levées par la nouvelle proposition de Jan Pronk qui lui semble fournir davantage de certitudes sur les volumes qui seraient pris en compte ; c) il n'y a pas d'alternative au Protocole de Kyoto. Sa mise en œuvre doit conduire à une réduction significative et réelle des émissions des pays industrialisés, même si l'Union est disposée, dans le cadre d'un paquet global, à faire preuve de flexibilité concernant la place des actions nationales par rapport au recours aux mécanismes flexibles ; d) l'UE peut soutenir toute suggestion qui sera faite concernant les conséquences du non-respect des objectifs assignés aux différents pays ; e) l'UE considère que le Conseil européen de Göteborg et le sommet UE/Etats-Unis en juin revêtiront une importance cruciale dans l'évolution du dossier.