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Bulletin Quotidien Europe N° 7950
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Petite chronique du débat sur l'avenir de l'Europe

Paris a défini sa procédure. La France a défini la procédure pour son "débat public", et l'Allemagne…a essayé de le faire. La décision française est claire et consensuelle, car elle a été annoncée par un communiqué commun du président de la République et du premier ministre. L'Assemblée nationale, le Sénat, les ministères et "tous les acteurs concernés" (universités, associations, milieux économiques et sociaux) sont invités à prendre des initiatives de dialogue dans leurs champs d'action respectifs, y compris des "actions décentralisées" au niveau régional sous la responsabilité des préfets. Dans chaque région, les initiatives culmineront dans un Forum ouvert à tous ceux qui se seront impliqués dans le débat. La coordination sera assurée par le ministre aux affaires européennes, Pierre Moscovici, et un groupe de dix personnalités établira une synthèse pour le sommet de Laeken. Figurent dans ce groupe Guy Braibant (qui a joué un rôle essentiel dans la Convention sur les droits fondamentaux) avec des universitaires, des industriels, un syndicaliste, plus Jean Nestor (secrétaire général de "Notre Europe", l'association fondée et présidée par Jacques Delors) et Philippe Lemaitre, qui a suivi pendant de longues années les affaires européennes pour "Le Monde".

L'Allemagne a essayé. La situation allemande est plus complexe. Le chancelier Schröder semblait partager avec le premier ministre italien Giuliano Amato le projet de charger un petit groupe de "sages" de réfléchir à l'Europe future, et il avait prévu de désigner en tant que "sage" allemand M. Schäuble, ancien collaborateur de Helmut Kohl pour les affaires européennes. Ce projet semble toutefois déplaire au Parlement (en particulier au Bundesrat), non pas en raison de réserves sur la personne désignée mais parce que le principe même de confier la réflexion à un groupe restreint paraît incompatible avec l'objectif d'élargir le débat au grand public et de prévoir, dans la seconde phase, une participation directe des parlementaires nationaux.

Les rêveries d'un premier ministre. A Rome, Giuliano Amato a relancé avec force détails le projet de confier à un petit groupe de sages la réflexion sur l'Europe de demain, en obtenant en réponse un demi-consensus du chancelier allemand, quelques "non" retentissants et ailleurs un silence poli qui, en langage diplomatique, correspond à un refus. La formule des "sages" avait été utilisée autrefois avec succès dans quelques domaines spécifiques (l'exemple le plus éclatant étant celui de la monnaie unique) et il aurait pu être utile à la réflexion sur l'avenir de l'Europe il y a quelques années, lorsque le débat était étouffé au nom du "pragmatisme", et la voix de quelques personnalités aurait pu avoir un certain retentissement. Mais aujourd'hui le débat a commencé et il est ouvert à toutes les forces politiques, sociales et économiques; le reconduire dans une enceinte très restreinte donnerait l'impression que les autorités veulent l'enrayer.

Il est vraisemblable que Giuliano Amato a été abusé par la politesse formelle de l'un ou l'autre de ses interlocuteurs. Le président Chirac lui a paru presque convaincu, et le premier ministre Tony Blair "très intéressé". Or, le simple intérêt d'un chef de gouvernement pour un projet qui lui est soumis par un collègue signifie en clair l'intention de n'en rien faire. D'autant plus que ce collègue quittera ses fonctions d'ici quelques semaines (après les élections du 13 mai, le premier ministre italien sera M.Berlusconi ou M.Rutelli, selon le résultat). M.Amato a donné l'impression de rechercher pour lui-même un rôle européen de prestige post-élections, en parlant dans une interview de "quatre chevaliers de l'Europe qui doivent convaincre les opinions publiques" et en citant Jacques Delors et Jean-Luc Dehaene comme coéquipiers possibles en chevalerie.

S'il a vraiment pensé que Tony Blair était "intéressé" par son projet, le premier ministre italien n'a pas compris grand-chose au moment actuel de l'Europe. Auparavant, il avait relancé le refrain de l'UE protectionniste en agriculture. Son intelligence et l'efficacité qu'il a montrée en son temps en tant que ministre du Trésor lui permettent d'espérer un avenir européen. Mais il aura besoin d'une année d'apprentissage. Ce n'est pas grave; il ne serait pas le premier.

La Finlande confirme. Le discours prononcé par M.Lipponen devant l'Institut européen de Florence (voir notre bulletin du 13 avril p.7) confirme que la Finlande ne partage pas du tout les réticences des pays voisins (Danemark et Suède) et du R.-U. à l'égard de l'Europe unie. Le premier ministre finlandais a exprimé de nettes réserves sur l'idée de "figer" les compétences de l'UE dans une liste qui nuirait au dynamisme européen, et il a défendu la "méthode communautaire" face à l'avancée des tendances intergouvernementales. C'est un allié précieux que l'ambition européenne a trouvé à Helsinki. (F.R.)

 

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