Malmö, 23/04/2001 (Agence Europe) - Les ministres des Finances réunis vendredi au sein de l'Eurogroupe ont réitéré leur optimisme réaliste quand à l'état de l'économie de la zone euro, pour laquelle ils prévoient «une croissance entre 2,5% et 3% pour l'année 2001 ». Didier Reynders, le président de l'Eurogroupe, a confirmé la volonté des Douze de maintenir le cap de la consolidation budgétaire et des réformes structurelles et leur attachement au principe d'un euro fort lié à une croissance forte. Le message de rigueur budgétaire est apparu comme un gage donné à la Banque centrale européenne (BCE) de maintenir les conditions d'une croissance durable, afin d'obtenir de celle-ci un relâchement de sa politique monétaire. Malgré des déclarations discordantes qui ont eu lieu en marge de la réunion, les "grands argentiers " de la zone euro ont réussi à s'entendre sur la stratégie à adopter en vue de la réunion de printemps du Fonds monétaire international, qui débute jeudi à Washington, et de la réunion du G7 Finance de samedi prochain. Ils devront affronter, à cette occasion, le Secrétaire au Trésor américain Paul O'Neill, qui a récemment mis en doute la capacité affirmée par les Européens de résister aux effets du ralentissement de l'économie américaine.
Avant le début de la réunion de l'Eurogroupe, le ministre des Finances autrichien Karl-Heinz Grasser avait semé confusion en déclarant à l'agence Reuters que "la majorité des Etats membres sont en faveur d'une baisse des taux d'intérêt", et en associant la politique d'inflexibilité de la BCE avec celle de la Bundesbank. L'Espagnol Rodrigo Rato, rompant lui aussi le silence, a démenti les propos tenus par M. Grasser. Didier Reynders a demandé, en présence de quelques journalistes, que "la BCE prenne ses responsabilités en matière de politique monétaire". Dans la foulée, il a invité M. Duisenberg à faire de la clarté sur son intention de démissionner avant la fin de son mandat. Ces propos ont été très mal accueillis par certains de ses collègues, dont le ministre allemand des Finances Hans Eichel et le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, qui ont appelé leurs homologues à plus de discrétion. Après la rencontre, Didier Reynders, adoptant un profil plus bas, a déclaré que «la question de la démission du président de la BCE ne s'est pas posée, et qu'il n'est donc pas nécessaire d'y répondre». Et il a rappelé que «dans le dialogue entre la BCE et l'Eurogroupe, les responsabilités
sont clairement réparties entre la politique budgétaire, décentralisée et aux mains des Etats membres, et la politique monétaire, centralisée au sein de la BCE ». Au cours de la conférence de presse de l'Eurogroupe, Wim Duisenberg a lu les déclarations faites par l'Autrichien Grasser à l'agence Reuters et a démenti que les ministres des Finances se soient exprimés en faveur d'une baisse des taux d'intérêt. Le ministre français des Finances Laurent Fabius a réaffirmé que l'indépendance de la BCE est essentielle.
La France et l'Allemagne, à l'instar de la plupart des Etats membres (sauf l'Irlande, l'Italie et l'Espagne), sont en faveur d'une baisse des taux d'intérêt, mais ils jugent préférable de ne pas se montrer insistants, afin de ménager la susceptibilité de la BCE. Les analystes estiment que celle-ci ne devrait pas se prononcer avant le mois de mai, au moment où la situation économique des Etats-Unis et de l'Allemagne sera mieux connue. La BCE reste surtout préoccupée par l'inflation, qui a affiché un taux de 2,6% en mars, supérieur au seuil maximal de 2%, un des critères déterminant les orientations de sa politique monétaire.
Soucieux de calmer le jeu, le président de la Commission européenne Romano Prodi a déclaré à l'issue de la réunion de l'Eurogroupe qu'"il n'a été question, à aucun moment, de la hausse ou de la baisse des taux d'intérêt". Il a précisé que "différents points de vue ont été évoqués", mais que "la décision de réduire les taux est purement et simplement du ressort de la Banque centrale européenne".