Canberra, 23/04/2001 (Agence Europe) - En prononçant la semaine dernière la "Schuman Lecture" à l'Université australienne de Canberra, à l'occasion de sa visite en Australie, le Commissaire européen aux relations extérieures, Chris Patten, a évoqué la contribution de Robert Schuman à la notion de souveraineté et les perspectives de l'UE dans l'après-Nice. Dans son discours intitulé "Souveraineté, démocratie et constitutions - trouver la bonne formule", M. Patten constate que, "plus de cinquante ans après, il y a encore ceux qui n'ont pas encore rattrapé la vision de Schuman", et qui pensent que "la souveraineté, c'est tout ou rien, c'est quelque chose à mettre sous clé et à garder dans une cave obscure, afin qu'elle ne soit pas violée par des hordes barbares de constitutionnalistes". M. Patten réplique que les transferts de souveraineté ne concernent pas uniquement l'Union européenne, et cite en particulier l'appartenance à l'OTAN comme étant "peut-être l'un des exemples les plus extrêmes" d'un tel transfert, un "pacte inhabituel" dans lequel dix-neuf pays ont pris un engagement de défense collective, "sous un commandant venu des Etats-Unis", si l'un parmi eux est attaqué, et ont obtenu en échange plus de cinquante ans de paix et de stabilité.
Quant aux "nouveaux développements" à attendre dans l'UE depuis la Déclaration de Nice sur l'avenir de l'Europe, M.Patten a retenu surtout les références à la subsidiarité et au rôle des parlements des Etats membres. Ainsi, selon lui, l'idée de Tony Blair et du président Havel de créer une deuxième Chambre du Parlement européen formée de parlementaires nationaux "mérite d'être poursuivie", car un tel "Sénat" pourrait accroître "la légitimité de ce qui est fait au nom de l'Europe". Quant à la subsidiarité, M.Patten a estimé que "la survie à long terme de l'UE pourrait dépendre de la reconnaissance, par nous tous, qu'elle (l'Union) devrait faire seulement ce qui doit être fait strictement à ce niveau, et en développant un mécanisme sain pour assurer qu'il en demeure ainsi"; une deuxième chambre de parlementaires nationaux pourrait jouer là un "rôle important". "Quelle est la bonne formule pour bâtir des institutions durables et stables qui préservent l'héritage de Schuman?". M.Patten se pose cette question, et répond que "les choses importantes, ce sont la légitimité démocratique, la capacité de gagner l'engagement sincère de ceux à qui on demande d'adhérer au contrat social, et la capacité d'honorer cet engagement en cédant de la souveraineté effective, de facto".