Bruxelles, 09/02/2001 (Agence Europe) - Le problème des retraites constitue une véritable bombe à retardement qui menace l'économie européenne. Faute de réformes, les déficits publics risquent de s'aggraver et d'empêcher les pays de continuer à remplir les critères d'appartenance à l'euro. Tel est, en substance, l'avertissement lancé par Frits Bolkestein, Commissaire chargé du marché intérieur, lors d'un colloque sur l'avenir des retraites organisé le 6 février à Bruxelles par les Amis de l'Europe, auquel ont participé, outre des hommes d'affaires tels que Carlo De Benedetti, vice-président de la European Round Table of Industrialists, Frank Vandenbroucke, le ministre belge des affaires sociales et des pensions, Michel Rocard, le président de la commission de l'emploi et des affaires sociales du Parlement européen, le député européen Wilfried Kuckelkorn (rapporteur sur Le livre vert "un marché unique des pensions complémentaires"), et Kees Van Rees, président de la European Federation for Retirement Provision.
Pour Frits Bolkestein, trois raisons au moins justifient le pessimisme: la proportion d'actifs par rapport aux retraités, actuellement de 4 pour 1, passera à 2 pour 1 aux alentours de 2040; si les engagements non financés en matière de retraites étaient budgétisés, ils représenteraient dans certains Etats membres une dette de quelque 200 % du PNB; même en tenant compte des réformes en cours des systèmes publics de retraite de vieillesse, les dépenses augmenteront de 3 à 5 % du PNB dans la plupart des pays. Ces chiffres sont explicites, et pourraient être pires en cas d'allongement notable de l'espérance de vie. Rappelant que c'est au premier chef aux Etats membres qu'il incombe de relever le défi des retraites, le Commissaire a souligné que "l'action de la Communauté peut étayer les reformes entreprises par les Etats membres pour désamorcer cette bombe". La capacité de payer les retraites dépend de la santé des finances publiques, qui à son tour dépend du succès de l'union économique et monétaire, laquelle est subordonnée à un bon environnement économique en matière d'investissement, de croissance et d'emploi, environnement qui crée à son tour la capacité de payer les retraites, a fait valoir M. Bolkestein. Pour sortir de ce cercle vicieux, la Commission encourage les Etats membres à accélérer le rythme de remboursement de la dette publique, augmenter le taux d'emploi pour réduire le nombre d'inactifs, et réformer les systèmes publics de retraite, a-t-il rappelé, en notant que Commission et Conseil feront un rapport conjoint à l'intention du Sommet de Stockholm sur ces questions. Constatant que moins de 25 % des personnes âgées de 60 à 64 ans ont un emploi, M. Bolkestein a estimé que les personnes de cette tranche d'âge doivent être économiquement actives et que des politiques doivent donc être trouvées pour inverser cette tendance: la Commission fera rapport sur la question au Sommet de Göteborg, en juin prochain, a-t-il annoncé.
Quant à la proposition de directive sur la surveillance des fonds de retraite présentée en octobre dernier, le Commissaire a estimé que ce texte, en permettant aux organismes concernés de tirer pleinement avantage de l'euro et du marché unique, et aux travailleurs d'adhérer à un fonds établi en dehors des frontières de l'Etat où ils résident, permettra à ces fonds d'opérer de façon plus efficace.
Enfin, abordant la question des obstacles fiscaux qui peuvent empêcher les travailleurs migrants de conserver leur régime de retraite dans leur pays d'origine ou un travailleur d'adhérer à un régime géré dans un autre Etat membre, M. Bolkestein a annoncé que la Commission préparait une communication sur le sujet. Outre des orientations pour la résorption des obstacles fiscaux, cette initiative, attendue le mois prochain, comportera des propositions visant à améliorer les échanges d'informations entre Etats membres sur les "retraites transfrontalières" et étudiera les moyens d'aborder l'actuelle diversité des régimes de retraite des Etats membres.