Bruxelles, 30/01/2001 (Agence Europe) - Dans le dernier numéro du "Nouvel Observateur", Jacques Delors a confirmé et clarifié sa position sur l'avenir de l'Europe. Il a divisé son raisonnement en trois parties:
I. Quelles finalités raisonnables pour la Grande Europe? L'élargissement demeure "notre objectif prioritaire, mais le bon sens commande de rappeler que plus l'Union comporte de membres, plus il est difficile de faire progresser l'intégration politique, ambition des pères fondateurs. Aussi convient-il de fixer des objectifs raisonnables à la Grande Europe, en retrait sur les ambitions affichées par l'Acte unique et le Traité de Maastricht (…): un espace de paix active, le cadre pour un développement durable et, enfin, un espace de valeurs vécues dans la diversité de nos cultures et de nos traditions."
II. La méthode. Tout en reconnaissant "l'essoufflement des pratiques institutionnelles, Jacques Delors souligne que "plus nous sommes nombreux, plus la méthode communautaire s'impose comme la seule pouvant concilier efficacité, lisibilité et contrôle démocratique" et que "la Commission européenne est au coeur du dispositif, avec son monopole d'initiative maintenu": elle doit ouvrir les chantiers, préparer les décisions, faire respecter les règles du jeu, etc. Un Conseil rénové des affaires générales, se réunissant deux fois par mois à Bruxelles, assurerait les priorités et les cohérences et préparerait soigneusement le Conseil européen. Au Parlement, de plus en plus impliqué dans le rôle de colégislateur, il reviendrait aussi, en liaison avec les parlements nationaux, de rapprocher la politique européenne des citoyens.
III. L'avant-garde. "Il ne s'agit pas d'une formule élitiste condamnant certains pays à être éternellement dans une sorte de wagon de queue (…), mais d'une structure ouverte à ceux qui veulent et qui peuvent la rejoindre". L'objectif est de "rétablir l'élan en permettant à certains pays d'explorer les terres encore vierges de la coopération politique extérieure et de la défense et aussi la réalisation optimale de l'intégration économique, écologique et sociale". La forme serait celle d'une "fédération d'Etats-nations". Le lien avec la Grande Union serait assuré par l'existence d'une "Commission commune, responsable de la cohérence entre les deux ensembles et du respect des règles de l'acquis communautaire. En revanche, l'avant-garde disposerait de son propre Conseil des Ministres et de son propre Parlement."