Bruxelles, 04/12/2000 (Agence Europe) - Dans leur rapport pour le Conseil européen de Nice, présenté au Conseil Affaires Générales de ce lundi, sur la cohérence et l'efficacité de l'action de l'UE en matière de prévention des conflits, le Secrétaire général du Conseil de l'UE/Haut Représentant pour la Pesc Javier Solana et le Commissaire aux relations extérieures Chris Patten proposent une série de mesures concrètes pour le court et le long terme. Il faut que l'UE passe d'une "culture de réaction à une culture de prévention", affirme le rapport, qui est le fruit d'une coopération très positive entre le Conseil et la Commission et qui note que l'UE a investi environ 18 milliards d'euros pour la reconstruction des Balkans. Le travail futur de l'UE doit reconnaître "nos échecs", mais aussi "nos succès", dit le rapport, en citant la contribution de l'UE à la stabilité en Europe centrale et orientale, l'effet stabilisateur de la rapidité avec laquelle un soutien politique et économique a été donné au Monténégro, l'impact de l'aide aux forces démocratiques en Serbie et, dans une autre région du monde, l'action de la communauté internationale mettant fin à la "spirale du conflit" du Timor oriental. Selon le rapport, les défis auxquels l'UE fait face en matière de prévention des conflits sont semblables à ceux que pose l'efficacité de son action extérieure: établissement de priorités, utilisation cohérente, "pro-active, flexible et intégrée", de la très vaste gamme de ressources disponibles, établissement de partenariats "avec ceux qui partagent nos valeurs et priorités".
Le rapport constate que l'UE "est bien placée pour s'engager dans la prévention des conflits", car elle dispose d'instruments qui vont de la politique commerciale aux accords de coopération, de l'assistance au développement aux politiques en matière sociale et d'environnement, de l'aide humanitaire (aussi bien par le biais d'Echo que par les Etats membres) aux capacités civiles et militaires de gestion de crises, des instruments diplomatiques à la coopération en matière de justice et affaires intérieures. Le travail engagé depuis Evian afin d'améliorer la coordination de l'aide extérieure de l'UE "servira aussi à améliorer notre capacité de faire face à des situations de conflits naissants", souligne le rapport, qui estime que: (1) le Conseil Affaires Générales doit assumer la responsabilité de la prévention des crises, si possible pendant son débat annuel d'orientation sur les relations extérieures (voir dans EUROPE du 1er décembre, pages 6 et 7, les déclarations de M.Védrine à ce sujet devant le PE), et examine cette question de la cohérence au niveau du Conseil en général, y compris avec le Conseil Développement; (2) le Conseil Affaires Générales devrait identifier régulièrement des priorités pour l'action de l'UE dans ce domaine, en tenant compte des recommandations du Secrétaire général et de la Commission et en invitant ensuite ces derniers à suivre la mise en oeuvre de ces priorités; (3) l'UE devrait se fixer l'objectif de développer des "approches communes, ciblées, à l'égard des pays et régions à risque", en tenant compte des aspects Pesc, développement, commerce, économie et justice et affaires intérieures. Le rapport insiste aussi sur la mise en place de "partenariats plus efficaces", avec les Nations Unies, l'OSCE, le Conseil de l'Europe et d'autres organisations régionales, et il propose en particulier de: (1) soutenir les efforts de l'Onu visant à améliorer la prévention des conflits et le maintien de la paix; (2) identifier des priorités communes avec l'OSCE, le Conseil de l'Europe et le Comité de la Croix Rouge Internationale; (3) intensifier le dialogue avec les ONG.
Le rapport fait des recommandations pour le plus long terme, en estimant en particulier que: (1) la Commission doit présenter en janvier 2001 une communication sur les liens entre aide, réhabilitation et développement, afin de permettre "une transition plus rapide et plus cohérente d'une phase d'aide à l'autre", et au printemps 2001 une communication sur l'utilisation et l'éventuelle adaptation des instruments communautaires pour la prévention des conflits (en outre, elle continuera à travailler sur le "Manuel de prévention des conflits"); (2) l'UE devrait donner la priorité à la préparation de la Conférence de l'Onu sur les armes petites et légères, la ratification du statut de la Cour pénale internationale et la mise en oeuvre de la Convention d'Ottawa sur les mines antipersonnel.
Pour le court terme, le rapport fait les recommandations suivantes: - examen des instruments diplomatiques pour la prévention des conflits, y compris le recours à des Représentants spéciaux¸ afin de s'engager de manière "plus ciblée, flexible et robuste"; - développement du potentiel du Comité politique et de sécurité dans le "développement, mise en oeuvre et suivi des politiques de prévention des conflits"; - soutien des groupes de travail du Conseil au Comité politique et de sécurité; - utilisation plus "pro-active" des chefs de mission de l'UE, en vue de la prévention de conflits, y compris par des visites dans des zones de conflit potentiel; - meilleure coordination des sources d'information disponibles et l'engagement des Etats membres de partager toutes les informations significatives; - préparation par l'Unité de politique et par la Commission de documents sur la prévention des conflits, à soumettre à l'attention des ministres.