Bruxelles, 21/09/2000 (Agence Europe) - Au cours d'une séance particulièrement houleuse, le Parlement européen a adopté jeudi, par 282 oui, 173 non et 19 abstentions, une résolution de la Baroness Sarah Ludford, libérale démocrate britannique, sur la position de l'UE à la Conférence mondiale sur le racisme prévue en 2001 en Afrique du Sud et sur la situation actuelle de l'UE à cet égard. En approuvant plusieurs amendements de la gauche, la plénière a encore renforcé le texte de Sarah Ludford, qui demande en particulier au Conseil de consulter le Parlement en temps utile avant d'adopter la position commune qu'il présentera à cette conférence au nom de l'UE. Le Secrétaire d'Etat Christian Paul a indiqué au nom de la présidence que les travaux en vue de la préparation de cette position commune ont déjà commencé, alors que le Conseil n'entend pas présenter de position commune à la Conférence régionale qui se tiendra en octobre à Strasbourg en vue de la préparation de la Conférence de 2001, mais qu'il veillera à éviter que les Etats membres expriment à cette occasion des vues divergentes. Les deux "monstres" de l'Europe d'aujourd'hui sont le terrorisme et le racisme, a dit pour sa part la commissaire européenne Anna Diamantopoulou, qui a rappelé la panoplie d'instruments dont dispose l'UE pour la lutte contre le racisme et la xénophobie, et qui a estimé en particulier que l'Observatoire de Viennea commencer à réaliser un travail très utile.
Au cours du débat, l'élu du PDS allemand Helmuth Markov et la Verte allemande Elisabeth Schroedter ont soulevé le problème de la recrudescence des actes de violence raciste perpétrés par l'extrême-droite dans leur pays et ont demandé ce que la Commission européenne et l'Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes peuvent faire pour aider l'Allemagne à combattre ce phénomène. Encourageons, aussi financièrement, les groupes locaux qui luttent contre ce danger, en faisant preuve d'un très grand "courage civil", a dit Mme Schroedter qui a souligné la gravité du problème dans les Länder de l'Est. L'élu de la CDU en Thuringe (ancienne RDA) Rolf Berend s' est insurgé contre l'affirmation selon laquelle 10% des Allemands de l'Est sont racistes, et a affirmé que la plupart des mouvements d'extrême-droite actifs à l'Est le sont aussi dans l'ensemble de l'Allemagne. Markov a estimé que la "politique restrictive" d'asile pratiquée dans l'UE est en partie responsable de cette situation, ce qu'a fait aussi l'élu de la Liste Bonino Marco Cappato, pour qui la politique de l'UE est "répressive et prohibitionniste", et l'Observatoire de Vienne "absolument inutile". La crédibilité de l'Europe à la Conférence de 2001 dépendra avant tout de "notre état des lieux", a affirmé Thierry Cornillet¸ membre français du groupe du PPE, alors que d'autres députés se sont insurgés contre les accusations portées à leurs partis. C'est le cas de l'élu du FPÖ Peter Sichrovsky, qui a attaqué ceux qui ne savent pas distinguer les gens de "droite, extrême-droite et fascistoïdes" et de Francesco Speroni, qui a affirmé que la Lega Nord peut être accusée de "séparatisme", mais pas de racisme. (Lors du vote de la résolution, le plénière a appelé "racistes et xénophobes" le Front National en France, le Vlaamse Blok en Belgique, le NPD, les Republikaner et la DVU en Allemagne, mais la majorité a refusé d'apporter le même jugement sur la Lega, le FPÖ et le Dansk Volkeparti au Danemark).
Lors du vote, un incident a éclaté, avec une droite plutôt énervée, lorsque Francesco Fiori (Forza Italia) a voulu présenter un amendement oral afin d'insérer dans la résolution la lutte contre l'extrémisme non seulement "de droite", mais aussi "de gauche", ou de parler simplement d'"extrémisme". Le président de séance, le travailliste britannique David Martin, n'a pas admis cet amendement, estimant qu'il ne recueillait pas le soutien d'un nombre suffisant de députés pour être présenté, et un autre élu de Forza Italia, Antonio Tajani, a crié, copieusement sifflé par la majorité dans l'hémicycle: voilà, "nous avons découvert que la gauche est favorable au terrorisme de gauche, au racisme de gauche". Cristiana Muscardini (Alleanza Nazionale) a renchéri, en hurlant à l'adresse de M.Martin: "Vous n'êtes qu'un pauvre extrémiste, il n'y a pas de démocratie ici, vous êtes des clowns". Notre débat porte sur le racisme, et on sait que les actes racistes sont commis par l'extrême-droite maintenant, "on se calme", a dit Fodé Sylla (Gauche unitaire, français).
Dans sa résolution, le Parlement insiste en particulier sur la nécessité de:
- une connaissance plus approfondie des phénomènes racistes et xénophobes, un domaine dans lequel l'Observatoire de Vienne a un rôle particulier à jouer.
- une prévention accrue des phénomènes racistes et xénophobes, notamment en incluant comme matière obligatoire, dans les écoles, un enseignement historique sur les dangers du racisme, et en luttant contre l'exclusion économique, sociale et culturelle dont sont victimes les groupes les plus vulnérables. Le PE demande aussi à l'UE de prier l'Onu de proposer la suspension de ses membres qui continuent à tolérer chez eux des discriminations raciales flagrantes.
- une sanction effective des discriminations raciales et xénophobes, notamment en renforçant la coopération policière et judiciaire entre Etats membres. Le PE a adopté un amendement de la Gauche unitaire (par 280 oui, 189 non et 10 abstensions) demandant aux Etats membres de mettre en place des programmes de formation de la police et de la justice, et des services qui s'occupent des migrants aux frontières, et d'augmenter les lignes budgétaires consacrées à la lutte contre le racisme (234 oui, 225 non, 9 abstentions), ainsi qu'un amendement des Verts demandant à l'UE de lancer de nouveaux programmes inspirés des expériences positives tirées de l'Année européenne contre le racisme et la xénophobie.