Bruxelles, 21/09/2000 (Agence Europe) - L'Union européenne et les Etats membres doivent assurer leur soutien sans faille à la lutte des autorités espagnoles contre le terrorisme ; l'Union européenne doit être un espace de liberté et de sécurité, mais cet espace peut être ébranlé par le terrorisme, et il faut le consolider. C'est ce qu'a affirmé le commissaire européen Antonio Vitorino jeudi matin devant le Parlement européen, qui avait demandé à la Commission et au Conseil de faire des déclarations sur la nouvelle vague d'actes terroristes de l'ETA en Espagne, qui venait de faire une nouvelle victime le matin même. L'Union européenne peut apporter ici « une valeur ajoutée », a dit M.Vitorino, en rappelant que l'Article 29 du Traité d'Amsterdam cite explicitement le terrorisme comme une forme de criminalité qu'il faut combattre au niveau européen (ce que le sommet de Tampere a réaffirmé), et qu'il énonce le principe de « solidarité » entre Etats membres. Notre message est un message de solidarité avec le peuple espagnol, avec le peuple basque, a dit M.Vitorino. Et, en rappelant qu'il a vécu lui aussi, comme les Espagnols, sous une dictature (au Portugal) alors que la démocratie régnait ailleurs en Europe, il a dit: il ne faut jamais perdre l'espoir en la liberté et en la démocratie. Les terroristes ne peuvent pas utiliser la construction européenne comme alibi pour leurs actes, le nationalisme violent n'est pas conciliable avec les valeurs européennes, a affirmé pour sa part le Secrétaire d'Etat Christian Paul au nom du Conseil, en rappelant que la coopération bilatérale entre la France et l'Espagne a permis, tout récemment, de capturer plusieurs dirigeants de l'ETA. M.Paul a noté que la coopération entre Etats membres de l'UE dans la lutte contre le terrorisme remonte à la création, en 1976, des "Groupes Trevi", et qu'elle a été marquée en particulier par l'établissement d'un réseau d'officiers de liaison jouant un rôle de conseil et échangeant des informations pour les enquêtes policières, et par la mise en place, par le Traité de Maastricht, d'un Groupe d'experts sur le terrorisme. La Convention d'Europol de juillet 1995 prévoyait l'attribution à Europol de compétences en matière de lutte antiterroriste deux ans après son entrée en vigueur, a-t-il rappelé, en notant qu'Europol a été autorisé à lutter contre le terrorisme à partir du début de 1999, par anticipation (la Convention était entrée en vigueur en 1998).
Au cours d'un débat souvent très émotionnel, la majorité des députés (presque tous espagnols) a condamné les actes terroristes partout en Europe et en particulier en Espagne, en demandant davantage de coopération dans la lutte contre ces actes; certains, cependant, ont souhaité que l'accent soit davantage mis sur le dialogue. L'élu du Partido Popular Gerardo Galeote Quecedo, qui a constaté qu'une vaste « réaction civique et populaire » s'est développée en Espagne contre le terrorisme de l'ETA, a demandé l'instauration d'un « mandat d'arrêt européen » pour rendre la lutte contre le terrorisme plus efficace. M.Galeote est intervenu une deuxième fois pour annoncer que, « au moment même où nous débattons, une autre victime de l'ETA est tombée en Espagne, un conseiller municipal du Partido Popular assassiné dans un village catalan » (ma famille est menacée par l'ETA à cause de ce que je dis dans cet hémicycle, a dit M.Galeote à Koldo Gorostiaga Atxalandabaso, qui affirmait pour sa part que le peuple basque n'a pas le droit à la parole: voir plus loin). A la demande d'Alonso Puerta (Izquierda Unida), le Parlement a gardé une minute de silence . Ce dernier attentat a eu lieu à quelques kilomètres de l'endroit où je vis, a dit Pere Esteve, de Convergencia Democratica Catalunya, en parlant pour le groupe libéral. Ne renonçons pas au dialogue, a dit cependant M.Esteve, qui a souhaité que la déclaration écrite présentée par cinq eurodéputés espagnols condamnant le terrorisme de l'ETA et refusant le dialogue avec ceux qui cautionnent les actes terroristes soit nuancée, de manière à permettre au plus grand nombre possible de députés de la signer (qui sera transmise à ceux qu'elle mentionne dès qu'une majorité de parlementaires l'aura signée). Gorka Knörr Borras, d'Eusko Alkartasuna, en s'exprimant pour le groupe des Verts, a plaidé lui aussi pour le dialogue, tout en soulignant qu'il faut être extrêmement fermes contre le terrorisme (le député basque a rappelé qu'il avait été détenu dans les prisons de Franco). Josu Ortuondo Larrea, élu du Partido Nacionalista Vasco, a protesté pour la manière de laquelle avait été présentée la déclaration, sans possibilité de la modifier. Le dialogue est possible seulement lorsque les bombes ne feront plus de victimes, et seulement avec ceux qui acceptent les règles de la démocratie, s'est insurgé Alonso Puerta, en rejetant les appels à la « mansuétude » contre le terrorisme. J'ai passé en Euskadi toute ma vie, c'est un pays moderne, pluraliste, qui veut vivre en paix, a souligné l'élue du PSOE Rosa Diez Gonzalez, qui a rappelé que parmi les victimes du terrorisme de l'ETA il y a aussi des personnes qui avaient oeuvré pour le dialogue: seulement quelques jeunes, au Pays basque, « revêtent la cagoule noire, alors que la majorité se peint les mains en blanc pour manifester contre la violence », a-t-elle dit. Le problème est qu'il n'y a même pas de dialogue entre le gouvernement espagnol et le gouvernement basque, qu'il n'y a même pas de dialogue entre les démocrates, a estimé Camilo Nogueira Roman, du Bloque Nacionalista Gallego. En Irlande du Nord, le dialogue a été rendu possible par la proclamation d'un cessez-le-feu de l'IRA, a rappelé le travailliste irlandais Proinsias de Rossa. L'élu d'Euskal Herritarrok Koldo Gorostiaga (s'exprimant comme toujours en anglais, par refus d'utiliser l'espagnol) a, hué par la majorité de ses collègues espagnols, dénoncé le « terrorisme d'Etat » et la torture en Espagne et, en affirmant que les autorités espagnoles refusent de reconnaître l'identité du peuple basque, il s'est exclamé: le jour où l'UE sera pour une « solution politique » sera « le plus heureux de ma vie ». Aucun Etat membre de l'UE ne doit devenir un « sanctuaire » pour les terroristes, a déclaré le conservateur britannique Geoffrey van Orden, qui, en rappelant un attentat qui avait eu lieu la veille à Londres, a estimé que "hélas", l'expérience du Royaume-Uni dans ce domaine a été « largement négative ». Enfin, l'élu d'Irlande du Nord John Hume, qui a reçu le Prix Nobel pour la Paix pour sa contribution cruciale au processus de réconciliation en Irlande du Nord, a affirmé: notre message doit être que la violence ne peut pas régler les problèmes « d'un peuple divisé », et que les organisations qui choisissent la violence se trompent et violent le droit humain le plus essentiel, le droit à la vie. Lorsqu'il y aura une cessation « absolue et complète » de la violence, il pourra et il devra y avoir un dialogue entre les démocrates de toutes parts, a affirmé le leader du Social Democratic and Labour Party.