Bruxelles, 12/09/2000 (Agence Europe) - Lors de son dialogue régulier (le précédent remonte à juin dernier) avec la commission économique et monétaire du Parlement européen présidée par la sociale-démocrate allemande Christa Randzio-Plath, le président de la Banque centrale européenne, Wim Duisenberg, a répondu en particulier aux questions des députés concernant la poursuite de la dépréciation de l'euro; la décision du Conseil des gouverneurs du 31 août dernier d'augmenter encore une fois le taux d'intérêt; son absence au Conseil Ecofin informel de Versailles. Interrogé à ce sujet par le socialiste luxembourgeois Goebbels, M.Duisenberg a rappelé qu'il était invité depuis un an, comme unique orateur, à une conférence au Canada à laquelle participaient environ 150 personnalités (anciens ministres des Finances, chefs de grandes entreprises, etc.) venant des Etats-Unis et du Canada. J'ai prévenu dès juillet la Présidence française de cette situation. Mais la BCE n'était pas absente à Versailles, elle « était là », a-t-il dit en faisant allusion à la présence du vice-président M.Noyer. C'est peut-être une bonne chose que d'aller « vendre l'euro » aux Etats-Unis, a-t-il remarqué, en ajoutant: je ne trouve pas justifié « tout ce boucan », même si, « émotionnellement », je peux le comprendre, en particulier à la lumière de l'évolution récente de l'euro.
Dans son intervention liminaire, M.Duisenberg avait admis que les récents développements en matière de taux de change sont « clairement, du point de vue monétaire, une cause d'inquiétude », parce qu'ils accroissent la pression sur les prix à la consommation dans la zone euro. En outre, ces développements « n'apparaissent pas appropriés lorsqu'on examine les fondamentaux » et « ne sont pas non plus en ligne avec les positions de balance internationale des paiements ». Suite aux mesures prises par le Conseil des gouverneurs de la BCE, les perspectives de stabilité des prix dans la zone euro « sont restées intactes », et l'inflation dans la zone euro est parmi les plus réduites du monde, a ajouté M.Duisenberg, en répétant: « Le fait que l'euro ait continué à se déprécier au cours des derniers mois n'est pas en ligne avec ces forts fondamentaux économiques de la zone euro ». La BCE demeurera vigilante à l'égard de tout risque pour la stabilité des prix, mais elle « ne peut pas augmenter le potentiel de croissance de la zone euro »: cette responsabilité incombe à d'"autres acteurs". Dans ce contexte, M.Duisenberg a insisté une fois de plus sur: a) la politique des salaires (il est crucial que les prochains accords sur les salaires soient fondés sur la définition de la stabilité des prix de la BCE, et il faut résister à la tentation d'augmenter les salaires à cause de l'augmentation des prix pétroliers); b) la politique budgétaire (un des principaux empêchements à une croissance à long terme dans la zone euro est le niveau élevé des contributions sociales et de l'imposition sur le travail et sur le revenu des sociétés); c) la réforme des systèmes de retraite (qui ne devrait pas être retardée, étant donné le vieillissement de la population européenne, même s'il faut reconnaître qu'il y a déjà eu quelques progrès au cours des dernières années).
Le pouvoir d'achat dans la zone euro est-il plus important que celui des Etats-Unis ? La BCE a-t-elle su contenir l'inflation mieux que la Federal Reserve ? s'est demandé M.Goebbels (ancien ministre des Finances luxembourgeois) pendant le débat. M.Duisenberg lui a répondu: si vous voulez me faire un tel compliment, je l'accepte volontiers. Quant au démocrate-chrétien allemand Von Wogau, qui a demandé à M.Duisenberg ce qu'il pensait de l'interview au magazine allemand « Stern » dans lequel le président Prodi aurait souhaité une intervention de la banque centrale européenne, américaine et japonaise sur les marchés, il a reçu du président de la BCE la réponse habituelle à ce genre de questions: je ne peux que répéter ce que j'ai toujours dit: je vous informerai, comme j'informerai les marchés, sur des interventions après qu'elles aient eu lieu, pas avant.
En répondant aux questions de plusieurs députés (dont le libéral démocrate Huhne) au sujet de la hausse des prix du pétrole, M.Duisenberg a remarqué: nous devons accepter temporairement la baisse de pouvoir d'achat que cela entraîne, ainsi que la détérioration des termes d'échange.
Par ailleurs, M.Duisenberg a répondu à:
- M.Schmidt qui demandait quel serait l'impact d'un « non » au référendum danois sur l'euro sur la confiance des Européens dans l'euro. « Je ne sais pas. Je crois que cela n'aura pas d'impact sur la confiance des peuples d'Europe dans leur monnaie »
- Mme Villiers (conservatrice britannique) qui l'interrogeait sur l'introduction de la majorité qualifiée en matière fiscale. Ce n'est pas à moi de faire des commentaires à ce sujet, même si je suis favorable à tout ce qui facilite le processus décisionnel, a dit M.Duisenberg, en rappelant que l'unanimité ne figure nulle part dans les statuts de la BCE, qui décide en général à la majorité simple, et dans quelques cas à la majorité qualifiée.
- "Si on vous écoute, les peuples se trompent, les marchés se trompent, et vous avez raison", a dit M.Abitbol (élu de la Liste Pasqua), qui a ajouté: "le déficit américain, vous n'y pouvez rien; le pétrole est payé en dollars; la seule chose sur laquelle vous avez prise, c'est le taux d'intérêt », et vos décisions à ce sujet ont eu comme seul résultat une baisse de la croissance, notamment en France. « Le problème vient-il du pilote, ou de l'avion, l'avion est-il mal conçu ou le pilote maladroit ? La seule réponse est-elle la démission du pilote ? ». M.Duisenberg s'est limité à rejeter les affirmations selon lesquelles l'euro serait un échec: nous avons créé un climat de stabilité et un climat qui nous permet d'anticiper une période de croissance économique de plus de 3% pendant au moins trois ans, a-t-il affirmé.