Malgré la tendance à un désengagement international, la Commission européenne demeure convaincue que le multilatéralisme permettra de mieux affronter les défis internationaux en matière de santé.
Présentant l'Union européenne comme un partenaire loyal et prévisible, mercredi 13 mai, le commissaire européen aux Partenariats internationaux, Jozef Síkela, a exposé une nouvelle stratégie qui orientera l'action de la Commission dans l'anticipation et la gestion des urgences sanitaires.
« La réalité est que la fréquence et l'intensité des épidémies vont croissant », a déclaré M. Síkela, évoquant la vulnérabilité des sociétés observée lors de pandémie de Covid-19 et, plus récemment, les cas de contamination humaine à l'Hantavirus dans un bateau de croisière (EUROPE 13866/7).
Selon lui, l'initiative de la Commission en faveur de la résilience sanitaire mondiale répond à « trois dures vérités » : - « les menaces sanitaires ne respectent pas les frontières » ; - « l'anticipation est rentable » en termes de vies humaines et économiques ; - la dépendance vis-à-vis de quelques fournisseurs de produits sanitaires peut s'avérer « dangereuse ».
Dans sa communication, la Commission note que les financements internationaux pour la santé sont fragmentés et diminuent. Ceux-ci ont diminué de 45,8 à 36,1 milliards d'euros (soit une réduction de 21%) entre 2024 et 2025, et cette tendance se poursuivra jusque 2030, selon l'Institut IHME.
Face à ce constat, l'institution de l'UE énonce cinq priorités d'action qui seront déclinées à travers neuf projets emblématiques. Elle entend promouvoir une architecture internationale moins fragmentée et soutenir des systèmes de santé robustes au niveau national, en intégrant le concept 'one health'. « C'est notre première ligne de défense », a considéré M. Síkela.
En coopération avec l'OMS, la Commission souhaite également renforcer l'état de préparation aux crises sanitaires, notamment en s'appuyant sur les laboratoires européens de référence et en soutenant des campagnes de vaccination. Afin de réagir plus promptement en cas de crise, elle étoffera la capacité de l'UE à prendre des contre-mesures, en mettant sur pied des plateformes dédiées à la fabrication de tests de dépistages ('EU diagnostics hub') et de produits thérapeutiques ('EU therapeutics hub').
Est également à l'étude une cartographie mondiale permettant de suivre au quotidien les dépenses nationales et internationales en matière de santé ('health tracker'). L'objectif sera d'éviter les doublons et de renforcer la transparence.
Autre priorité avancée : développer des partenariats avec l'industrie et les autorités publiques de pays tiers afin de diversifier les chaînes d'approvisionnement et de fabrication de produits de santé essentiels.
La Commission souhaite étendre l'initiative 'MAV+', dotée de 2 milliards d'euros, qui soutient la fabrication de vaccins et de médicaments dans six pays africains. Elle promouvra aussi le modèle 'EU FAB', qui garantit une capacité de production mobilisable à tout moment.
Enfin, M. Síkela a pointé les risques qui pèsent sur l'intégrité de l'espace informationnel en cas de crise sanitaire. « Nous devons renforcer la confiance dans la science et contrer la désinformation et les interférences étrangères potentielles », a-t-il indiqué.
Concernant l'accès du public aux données, la Commission souhaite enfin fournir des financements adéquats à des initiatives telles que GENCODE (génome humain), UniProt (protéines) et Europe PMC (biologie).
Voir l'initiative sur la résilience sanitaire mondiale : https://aeur.eu/f/lwe (Mathieu Bion)