Réunis à Nicosie vendredi 24 avril, les dirigeants européens ont rencontré, dans le cadre d’un déjeuner informel, plusieurs dirigeants de la région du Moyen-Orient pour appeler les acteurs internationaux impliqués à la fois dans la guerre en Iran et au Liban à tout faire pour aller vers la paix et permettre la réouverture du détroit d’Ormuz.
La réunion, à laquelle en l’occurrence ont participé le président libanais, Joseph Aoun, le président syrien, Ahmad Al Shara, le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, le prince héritier jordanien, Hussein, et le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe (CCG), Jasem Mohamed AlBudaiwi, devait aussi permettre de consolider les liens politiques, économiques ou militaires entre les deux voisins et annoncer de nouveaux partenariats.
Lors d’un point de presse commun, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a ainsi réaffirmé « la solidarité absolue » de l’UE avec les pays de la région, appelé à nouveau au respect de l’intégrité territoriale du Liban et salué le « leadership de la Jordanie et de l’Égypte dans la recherche de solutions diplomatiques ». Saluant les cessez-le-feu annoncés en Iran et au Liban, la présidente a rappelé que tout accord de paix avec l’Iran devra traiter « du programme nucléaire et balistique » de Téhéran.
Saluant des liens « de plus en plus forts » avec ces pays voisins, la présidente a rappelé les programmes d’investissements déjà lancés avec la Jordanie et l’Égypte.
Le président Joseph Aoun a notamment soulevé le besoin de créer dans son pays de « nouvelles opportunités » économiques d’investissements et de commerce alors que le pays et son tissu socioéconomique sont aujourd’hui gravement pénalisés par la guerre.
S’agissant de la Syrie, « nous continuerons à soutenir la reconstruction » et la population, a dit Ursula von der Leyen, aux côtés d’Ahmad Al Shara qui a également promis de rebâtir le pays et dénoncé les agressions sur « nos terres » menées par Israël et demandé le retour à la résolution de l’ONU de 1974.
Alors que la Commission a proposé récemment de reprendre l’accord de coopération entre l’UE et la Syrie, la présidente a aussi évoqué le sommet qui se tiendra fin 2026 entre l’UE et le Conseil de coopération du Golfe. Il sera l’occasion de lancer des partenariats renforcés, en se penchant, entre autres, sur les diversifications dans les voies de transport afin de s’écarter d’Ormuz.
Il sera ainsi question du corridor IMEC (Inde-Moyen-Orient-Europe), destiné à relier l'Inde, le Moyen-Orient et l'Europe par des chemins de fer, des lignes maritimes, des oléoducs et des câbles à haut débit.
La mission ASPIDES en mer Rouge devra aussi devenir une mission de « véritable coordination maritime » et pas seulement de protection, a dit la présidente.
Le 'Pacte pour la Méditerranée' est l’une des initiatives les « plus importantes pour relancer nos relations avec le voisinage », a commenté, de son côté, le président chypriote, Nikos Christodoulides, espérant que cette rencontre informelle de Nicosie « sera le lancement d’un dialogue plus consistant à long terme, avec des partenaires main dans la main pour une région plus forte et plus stable ».
Le 'Pacte pour la Méditerranée' (EUROPE 13851/1) propose entre autres des actions sur des réseaux d’innovation ou d’enseignement ou la création et le développement de centres d'innovation et de recherche dans toute la région méditerranéenne.
Si l’idée de la Présidence chypriote du Conseil de l’UE et du président du Conseil européen, António Costa, était initialement de convier les dix pays associés au ‘Pacte pour la Méditerranée’ (l'Algérie, l'Égypte, Israël, la Jordanie, le Liban, la Libye, le Maroc, la Palestine, la Syrie et la Tunisie), le contexte de la guerre en Iran ainsi que la nouvelle intervention militaire d’Israël au Liban ont changé la donne. La Turquie, acteur méditerranéen majeur, n’a pas non plus été conviée sur fond de tensions persistantes avec la Grèce ou Israël.
Discussions sur l'après-FINUL. La réunion, quoi qu’il en soit, a été l’occasion de se pencher plus spécifiquement sur la situation du Liban. « Comme nous l'avons fait avec l'Égypte et la Jordanie, nous devons entamer des discussions avec le Liban afin de parvenir à un accord stratégique et global », avait notamment commenté le président Christodoulides, le matin même.
Alors que le président américain, Donald Trump, a annoncé le 23 avril la prolongation du cessez-le-feu dans le pays, « il est clair que les forces armées libanaises ont besoin d'un soutien accru pour désarmer le Hezbollah et reprendre le contrôle du pays », avait aussi indiqué la Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Kaja Kallas, en arrivant à la réunion.
« Nous savons que la mission de FINUL (Force intérimaire des Nations unies au Liban) touche à sa fin. Nous étudions la possibilité de mettre sur pied notre propre mission une fois celle de la FINUL terminée, mais avec un mandat différent pour s'attaquer aux problèmes auxquels le Liban est confronté », a-t-elle dit.
En mai, des discussions de haut niveau se tiendront également sur la reconstruction des institutions, la sécurité ou le respect des minorités, notamment chrétiennes.
Le « mandat de la FINUL expire à la fin de cette année, mais je pense qu'une présence internationale à la frontière entre le Liban et Israël demeure nécessaire et fondamentale, et c'est précisément ce dont nous discutons avec nos partenaires », a aussi commenté dans la journée la dirigeante italienne, Giorgia Meloni.
Conférence sur le Liban. Le président français, Emmanuel Macron, de son côté, a annoncé une conférence prochaine de soutien pour le Liban. L’Europe doit « s’engager encore plus » en soutien au Liban, a-t-il dit en arrivant à la réunion de Nicosie. Cette conférence de soutien devra « se nourrir de toutes les contributions des Européens » et améliorer la coordination avec des pays voisins comme la Syrie et la Jordanie, également affectés par la situation régionale.
« Ce pays a besoin d'un soutien accru, non seulement humanitaire, mais aussi pour consolider son gouvernement afin de vaincre le Hezbollah et, à terme, d'instaurer une paix durable », a réagi le dirigeant néerlandais, Rob Jetten.
Ormuz. Plusieurs dirigeants ont aussi confirmé à Nicosie leur souhait de se rallier à l’initiative franco-britannique lancée le 17 avril avec une cinquantaine de partenaires internationaux.
« De nombreux pays de l'UE, à l'instar des Pays-Bas, souhaitent contribuer à la réouverture de ce détroit et à la sécurisation du trafic maritime. Nous ne pourrons y parvenir qu'en collaboration avec les pays du Golfe, les plus durement touchés par sa fermeture. Nous en discutons avec la France, le Royaume-Uni et une cinquantaine d'autres pays du monde entier », a expliqué le dirigeant néerlandais.
Sanctions. Le chancelier allemand, Friedrich Merz, a aussi confirmé la participation de son pays à cette mission internationale, si le Bundestag lui en donne mandat. Et « si un accord global doit être trouvé, nous sommes également prêts à assouplir progressivement les sanctions, mais nous n'en sommes pas encore là, car nous devons atteindre trois objectifs » : que l’Iran s’engage clairement à rétablir la liberté de circulation maritime dans le détroit d’Ormuz, à mettre fin à son programme nucléaire et à cesser toute menace contre Israël, a-t-il dit en quittant la réunion. (Solenn Paulic avec Mathieu Bion)