Le commissaire européen à la Défense, Andrius Kubilius, a estimé, vendredi 6 mars, à l’occasion d’un déplacement en Pologne dans le cadre de sa 'tournée des missiles', que la guerre au Moyen-Orient montrait une nouvelle fois que les Européens doivent accélérer leur propre production de systèmes antimissiles.
« Il est désormais évident qu'après la crise iranienne, il est devenu encore plus urgent pour nous, en Europe, d'accroître notre production de systèmes de défense aérienne et de missiles antibalistiques », a-t-il souligné aux côtés du ministre de la Défense polonais, Władysław Kosiniak-Kamysz.
« Rien que pour les besoins ukrainiens, il faudrait environ 2 000 missiles Patriot, voire davantage. (…) Les Américains ne pourront pas fournir suffisamment de ces missiles, ni aux pays du Golfe, ni à l'armée américaine elle-même, ni aux Ukrainiens », a-t-il expliqué. Selon le commissaire, uniquement pour les quatre mois d’hiver, l’Ukraine aurait besoin d’environ 700 missiles Patriot (PAC-2 et PAC-3), ce qui « correspond à la capacité de production annuelle des fabricants américains ».
« Ce qui se passe au Moyen-Orient nous amène à penser que l'autonomie de notre production militaire, la mise en place de chaînes d'approvisionnement et l'investissement dans notre propre industrie de défense deviennent encore plus importants. Pourquoi ? Parce que, bien sûr, l'industrie mondiale de l'armement, y compris le secteur de la défense américain, se concentrera sur le réapprovisionnement des stocks utilisés au Moyen-Orient », a souligné le ministre polonais, précisant que son pays prévoyait des retards de livraison d’équipements américains.
« Il est crucial de comprendre qu'en Europe, le développement de notre défense antimissile représente un défi majeur », a insisté le commissaire européen. Selon M. Kubilius, citant le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, l'Europe a besoin d'une augmentation de 400% de sa défense aérienne et antimissile.
Le ministre polonais, tout comme le président du groupe d’armement polonais (Polska Grupa Zbrojeniowa - PGZ), Arkadiusz Bąk, a mis en avant la nécessité de développer des intercepteurs de missiles moins coûteux. « Il y a un besoin de produire des intercepteurs moins coûteux, un missile bon marché capable d'engager des cibles en vol et efficace d'un point de vue économique », a expliqué Arkadiusz Bąk. « Il faut un équilibre entre le coût de se défendre et le coût d’attaquer », a souligné le ministre.
Division politique polonaise sur SAFE. Le commissaire a rappelé que les instruments financiers de l’UE, notamment le programme SAFE, dont la Pologne sera la principale bénéficiaire avec 43,7 milliards d’euros, pourront soutenir le développement des systèmes de défense aérienne et antimissile. À ce sujet, M. Kubilius s’est dit « surpris » par les discussions en Pologne sur SAFE, tout en soulignant qu’il appartenait aux autorités polonaises de décider comment renforcer leur défense et leur industrie de la défense.
Mercredi 4 mars, le président polonais, Karol Nawrocki, a proposé un financement par la Banque Nationale de Pologne plutôt que par le programme de prêts SAFE, et peut bloquer l’approbation polonaise de SAFE. « Ces fonds sont absolument nécessaires. Si nous obtenons des ressources supplémentaires de la Banque Nationale, cela permettra de compléter le financement du programme SAFE », a estimé Władysław Kosiniak-Kamysz. (Camille-Cerise Gessant)