Le prix des fertilisants « a déjà augmenté de 60% au cours des six dernières années. Maintenant, le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM) va entrer en vigueur et nous avons la crise dans la région du Moyen-Orient », d’où « de nouvelles répercussions », a déclaré le commissaire européen à l’Agriculture, Christophe Hansen, mardi 3 mars, lors de la deuxième journée du Global Food Forum à Bruxelles organisé par le groupe de réflexion Farm Europe.
Le commissaire a rappelé qu’il allait présenter dans les prochains mois un plan d’action sur les engrais au sein de l’UE et a admis que « nous ne pouvons pas tout faire du jour au lendemain ». Il a estimé que l’UE devait être « plus rapide et plus efficace dans l’utilisation des fertilisants biologiques, et éventuellement adopter une législation dans ce sens pour pouvoir les utiliser ».
Concernant les fertilisants biologiques (substances d’origine naturelle apportant directement des nutriments aux plantes) et les biofertilisants (micro-organismes vivants qui stimulent la croissance des plantes en améliorant la disponibilité ou l’absorption des nutriments), le commissaire a souligné qu’il s’agissait d’un défi à relever. « Dans les dix prochaines années, l’UE ne sera pas autosuffisante sur le plan énergétique, et l’énergie reste l’une des composantes principales pour le secteur agricole. Nous devons donc également trouver des solutions nécessitant une consommation d’énergie moindre », a-t-il ajouté.
Le commissaire a estimé qu’il fallait également voir comment faire en sorte que l’agriculteur n’ait plus à acheter de fertilisants lorsqu’il doit en parallèle payer pour se débarrasser de son fumier. Il a précisé que la réserve en cas de crise est de 450 millions par an et que la moitié de cette somme a déjà été dépensée.
Concernant les biocarburants, M. Hansen estimé que les raffineries européennes fonctionnent actuellement en dessous de leur capacité maximale, ce qui leur permettrait d’augmenter leur production. Des ajustements de la directive sur les énergies renouvelables (RED III) et de la directive sur la qualité des carburants seront également indispensables pour rendre ces mécanismes opérationnels, selon le commissaire.
PAC post-2027. M. Hansen a relativisé l’idée selon laquelle la politique agricole commune (PAC) serait aujourd’hui réellement « commune ». La répartition des fonds entre le premier (aides directes) et le second pilier (développement rural) varie fortement d’un État membre à l’autre, tout comme les prix du foncier ou les coûts du travail. Pour autant, M. Hansen ne craint pas une fragmentation incontrôlée du cadre européen et affirme que la Commission européenne travaille sur des lignes directrices et des recommandations destinées aux capitales au sujet des contours de la PAC dans les plans de partenariat 2028‑2034.
Le commissaire a souligné que moins de 15% de la production agricole européenne est effectivement assurée, en raison de la réticence des compagnies d’assurance à couvrir des risques jugés trop élevés. Sans mécanismes de réassurance crédibles, les agriculteurs hésiteront à investir, a-t-il reconnu. Des discussions sont en cours avec la Banque européenne d'investissement (BEI) afin de développer de nouveaux modèles d’assurance.
M. Hansen est revenu sur la décision exceptionnelle prise dans le secteur du sucre (EUROPE 13794/2). L’utilisation d’un instrument juridique inédit vise à offrir « une bouffée d’oxygène » au secteur, a conclu le commissaire. (Lionel Changeur)