Dans un projet de texte obtenu par Agence Europe mardi 3 mars, la Commission européenne dresse sa 'feuille de route stratégique' pour « soutenir la croissance du secteur numérique dans l'UE », cherchant l’équilibre entre investissement dans l’intelligence artificielle et les centres de données - pour préserver sa compétitivité face aux États-Unis et à la Chine - et transition vers une énergie propre.
La présentation officielle de cette nouvelle stratégie est prévue le 15 avril prochain.
Elle repose notamment sur la promotion de nouveaux accords tripartites, entre autorités publiques, exploitants de centres de données et acteurs du secteur de l'énergie.
Ce type d’accord n’est pas une idée neuve, puisqu’elle a déjà fait son chemin pour les réseaux éoliens offshore et les capacités de réseau et de stockage (EUROPE 13702/1).
Selon la Commission, de tels engagements « volontaires » peuvent « faciliter l'intégration durable des centres de données dans les réseaux électriques, générer un approvisionnement supplémentaire en énergie propre, favoriser la flexibilité des centres de données pour soutenir le système électrique et les développements locaux et améliorer leurs performances énergétiques ».
La Commission devrait aussi s’engager à présenter, d’ici 2027, une étude évaluant la consommation énergétique des centres de données en Europe selon différents scénarios de croissance. Ces centres devraient être à l’origine de plus de 20% de la croissance de la demande d’électricité d’ici 2030, selon l’AIE.
Efficacité des centres de données
La Commission souhaite donc prendre des mesures pour concilier la croissance rapide des infrastructures numériques avec les objectifs climatiques et énergétiques, en adoptant, en parallèle, un paquet législatif pour l’efficacité énergétique des centres de données ('Data Centre Energy Efficiency Package').
Celui-ci introduira un système de notation ('rating scheme') pour les centres de données ainsi que des normes minimales de performance, s'appuyant sur le système de notation et la directive sur l'efficacité énergétique.
La stratégie met aussi l’accent sur la mise en place d’indicateurs de réseaux intelligents pour guider les investissements vers des réseaux intelligents et numérisés. Elle soutient également des « solutions innovantes » pour ces systèmes énergétiques intelligents, à travers le programme de recherche Horizon Europe.
Par ailleurs, ce dernier devrait soutenir le développement, la formation et les tests de modèles d'IA pour la gestion des réseaux ainsi que pour l'autoconsommation et le partage d'énergie dans les communautés énergétiques.
Échange de données énergétiques au niveau européen
La proposition comprend en outre la mise en œuvre, d’ici début janvier 2027, d’un centre européen d'échange de données énergétiques, le 'Common European Energy Data Space' (CEEDS), divisé entre un 'Energy Data Hub' et un 'Energy Data Lab', soutenant le développement de modèles de base européens en intelligence artificielle pouvant contribuer à l'optimisation et à la modélisation du système énergétique.
En termes de gouvernance, la Commission prévoit de collaborer avec les États membres et les parties prenantes afin de définir des « indicateurs clés de performance » et d'établir des étapes et des trajectoires concrètes pour la numérisation du système énergétique et l'adoption de l'IA au cours de la prochaine décennie.
Elle prévoit également d'organiser un forum annuel sur la numérisation de l'énergie ('Energy Digitalisation Forum') à partir de 2026, réunissant toutes les parties prenantes.
Pour voir le projet de 'feuille de route' : https://aeur.eu/f/kzq (Pauline Denys avec Anne Damiani)