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Bulletin Quotidien Europe N° 13820
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DROITS FONDAMENTAUX - SOCIÉTÉ / MÉdias

L'IA menace le débat public et la survie des médias traditionnels, avertissent plusieurs experts devant la commission des libertés civiles du PE

Lors d'un échange de vues dédié à l'impact de l'intelligence artificielle (IA) sur le pluralisme des médias, en commission des Libertés civiles du Parlement européen, experts et régulateurs ont alerté sur l'émergence de nouveaux « garde-fous » technologiques opaques remplaçant progressivement les journalistes et éditeurs humains, lundi 2 mars. Selon eux, les systèmes d'IA redéfinissent radicalement la distribution de l'information, menaçant la survie économique des médias traditionnels et produisant une polarisation néfaste dans l'espace politique.

Anna Herold, directrice-générale adjointe chargée de la politique des médias à la Commission européenne, a décrit un « cercle vicieux », où l'utilisation de plateformes telles que ChatGPT ou Gemini affaiblit la durabilité financière des rédactions. « Produire du contenu généré par l'IA est bien sûr beaucoup plus rapide et moins cher », a-t-elle souligné, craignant que cela ne remplace le journalisme d'investigation.

Pour Simon Boelts, conseiller externe en matière d'IA dans la politique et la communication politique, le danger réside surtout dans les « réponses synthétisées » qui ne mentionnent « aucune signature, aucun mode éditorial, aucune perspective concurrente visible ». David Sanchez, directeur chez GFK, société mesurant l'audience des entreprises de presse, a complété en citant l'exemple de l'Espagne, où seule une requête de l'IA sur 434 mène à la consultation effective d'un média par l'utilisateur.

Face à ce constat, Juan Fernando López Aguilar (S&D, espagnol) a dénoncé un paradoxe législatif, s'alarmant de voir les standards de l'IA Act déjà « rétrogradés » sous prétexte de simplification pour les petites et moyennes entreprises. « Nous avons mis une législation en place, et maintenant, nous en abaissons le niveau et nous reportons son efficacité », a-t-il fustigé.

Si elle a admis les risques de l'IA sur le pluralisme médiatique et politique, Georgiana Teodorescu (CRE, roumaine) a mis en garde contre le fait que la lutte contre les dérives serve de « prétexte » pour prendre des « mesures extrêmes » qui pourraient elles-mêmes fragiliser la confiance démocratique. Elle a ainsi fait référence à l'annulation de l'élection présidentielle roumaine, en décembre 2024, en raison d'une ingérence étrangère massive effectuée grâce à des systèmes automatisés et des contenus générés par IA pour amplifier artificiellement la visibilité d'un candidat.

De son côté, Fabrice Leggeri (PfE, français) a plaidé pour un « pluralisme par la conception », exigeant que les choix implicites réalisés par les algorithmes de l'IA dans la sélection des sources deviennent transparents pour les utilisateurs. (Justine Manaud)

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