Si le sujet des relations commerciales avec les États-Unis ne figure pas à l'ordre du jour de la réunion informelle des ministres européens du Commerce, ces jeudi 19 et vendredi 20 février à Nicosie, il est probable qu'il s'invite dans les différents échanges.
Les dossiers sur la table concernent les relations commerciales avec la Chine, la préparation de la 14e Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce, et les négociations commerciales entre l'UE et ses partenaires à travers le monde - dont les États-Unis.
Préparation de la conférence ministérielle de l’OMC
Après un dîner en présence de la directrice générale de l’OMC, Ngozi Okonjo-Iweala, jeudi soir, les ministres consacreront leurs premiers échanges du vendredi aux préparatifs de la Conférence ministérielle à Yaoundé (Cameroun) fin mars.
Cette réunion est perçue comme le point de départ d’une modernisation de l’organisation genevoise, dans un contexte de fragilisation du système commercial multilatéral.
L'échange entre ministres devrait se baser sur le document de positionnement présenté par la Commission européenne, le 22 janvier dernier (https://aeur.eu/f/kss ).
Selon un diplomate européen, il existe « un consensus parmi les États membres sur la manière de procéder à la réforme de l'organisation, qui se trouve à un tournant critique ».
En plus de changements structurels depuis la création de l’OMC en 1995, la Commission a souligné les tensions géopolitiques récentes et l’instrumentalisation des mesures commerciales et des tarifs douaniers, sans mentionner explicitement les actions de l’administration américaine.
Les ministres seront notamment amenés à évoquer la réforme du mécanisme de règlement des différends, paralysé en raison d'un refus des États-Unis de nommer des juges dans l'organe d'appel.
Il sera aussi plus largement question de la réévaluation du principe d’unanimité appliqué dans le processus décisionnel des 166 membres de l’OMC.
Relations avec la Chine
La seconde session de la journée sera consacrée exclusivement aux relations commerciales avec Pékin, quelque peu éclipsées ces derniers temps, comme le souligne un diplomate, « en raison de l'environnement mondial instable causé par les États-Unis ».
Selon lui, il n'est toutefois pas possible de dissocier la Chine des États-Unis. « Le plus souvent, les tensions entre ces deux partenaires influencent la manière dont l'UE agit », a-t-il estimé.
Cette discussion informelle n’a pas pour objectif d’aboutir à des décisions concernant des différends de longue date. Il vise, plutôt à faire le point sur les derniers développements alors que la Chine est toujours accusée de pratiques commerciales déloyales, matérialisées par des subventions d’État massives.
Les ministres pourraient, entre autres, évoquer l’acceptation récente par la Commission européenne d’une offre d’engagement sur les prix, dans le cadre de mesures compensatoires européennes à l’égard des importations de véhicules électriques chinois (EUROPE 13806/22).
Négociations commerciales en cours
Bernd Lange, président de la commission du Commerce international (INTA) au Parlement européen, participera au déjeuner de travail pour faire le point sur les négociations bilatérales en cours entre l'UE et d'autres partenaires commerciaux.
La calendrier de ce début d’année a été chargé : signature de l’accord avec les pays du Mercosur, conclusions des négociations sur l’accord de libre-échange avec l’Inde ou encore reprise des discussions avec l’Australie, qui ont bénéficié d'une impulsion nouvelle en réaction aux pressions américaines (EUROPE 13795/1).
Il sera aussi rapidement question de la signature des accords avec l’Indonésie, le Mexique, mais aussi de la poursuite des négociations avec les Émirats arabes unis, plusieurs partenaires de l’ASEAN, la Malaisie ou encore les Philippines.
M. Lange est également rapporteur principal sur les relations entre l’UE et les États-Unis. Il devrait donc faire rapport de la position de la commission INTA, votée dans quelques jours, sur les règlements adossés à l'engagement commercial bilatéral de juillet 2025 et permettant de réduire ou de supprimer les tarifs sur une série de produits américains (EUROPE 13805/14).
L’objectif de la Présidence chypriote du Conseil de l’UE est de conclure le plus rapidement possible les négociations interinstitutionnelles à venir (EUROPE 13762/15). (Pauline Denys)