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Bulletin Quotidien Europe N° 13808
REPÈRES / Repères

L’Europe cherche l'unité, sans exclure les coopérations renforcées

Un temps bien maussade pour une mise au vert. Les Vingt-sept arrivèrent au compte-gouttes sous une fine pluie et un ciel gris, jeudi 12 février, au château d’Alden Biesen, dans le Limbourg flamand, pour une session d’échanges informelle, à l’abri de l’agitation du quartier européen.

Ce monastère-château de l'ordre Teutonique a ainsi vu défiler voitures, escortes et camionnettes aux vitres teintées pour une session de 'brainstorming' visant à relancer l’économie européenne (EUROPE 13807/1).

Le constat fut unanime parmi les dirigeants européens : l’Europe doit se réveiller, si elle ne veut pas être ensevelie sous le poids des mastodontes chinois et américain.

Mais les trajectoires pour y parvenir sont distinctes, les sensibilités nationales marquées. Faut-il intégrer une 'préférence européenne' pour garder certaines chaînes de valeur sur le vieux continent ? Ou multiplier les ouvertures commerciales ? Soupçonné d'adopter une approche jugée « protectionniste », le président français, Emmanuel Macron, tenta de défendre cette première vision. Au contraire, le nouveau 'duo de choc' italo-allemand se prononça pour la seconde.

Faire émerger des « idées disruptives ». À distance prudente du château, une tente éphémère abritait la presse internationale, détachée, mais attentive au moindre soubresaut, guettant les sorties et formules incisives des dirigeants, sur de grands écrans dressés contre les parois en tissu imperméable.

Appuyé sur une des larges tables disposées pour l’occasion, un diplomate européen raconta en passant que cette réunion avait pour objectif de faire émerger des idées innovantes. « La consigne a été claire. Les dirigeants ne doivent pas avoir peur d’arriver avec des idées disruptives », glissa-t-il.

De telles idées visent notamment à 'torpiller' le fardeau administratif et la réglementation excessive dont l’UE peut avoir le secret.

Après la salve de propositions 'omnibus' visant à simplifier le cadre réglementaire européen, l’introduction d’un « frein d’urgence » est la nouvelle proposition décriée du duo Merz-Meloni, soutenu par la Belgique. Ce frein au processus législatif pourrait être activé par un État membre inquiet d’une potentielle surcharge réglementaire à venir.

Autant parler d’une nouvelle forme de droit de veto… « qui pourrait nécessiter une révision des traités », commentèrent plusieurs diplomates.

Ressortir les 'vieux' dossiers. Pour renforcer cette sacro-sainte compétitivité du marché unique de l’UE et répondre aux manquements soulignés par les 'papes' attitrés, Mario Draghi et Enrico Letta, auteurs de deux rapports - « quasi bibliques » - sur la question, plusieurs chantiers revinrent régulièrement sur la table.

Face à l’hégémonie du dollar, il fut notamment question d'approfondir l’Union de l’épargne et de l’investissement pour investir dans les jeunes pousses européennes, et de conclure les travaux sur l’euro numérique pour renforcer le rôle international de la monnaie unique - deux projets qui semblent réconcilier l’axe franco-allemand.

Autre sujet sensible avancé par la France : les 'eurobonds' en tant que capacité commune d’endettement pour les investissements stratégiques d’avenir - qui ne rencontrent pas, cette fois, l’adhésion de Berlin.

En outre, les prix élevés de l’énergie et la fin graduelle des quotas gratuits, ces « droits à polluer » au sein du système de l’UE d’échange de quotas d’émissions de gaz à effet de serre, suscitèrent toujours la controverse (EUROPE 13807/2).

Les prémisses d'une Europe à plusieurs vitesses. La gageure consistera à avancer d’une même voix, qu’il s’agisse de simplification, de préférence européenne, de diversification, mais aussi d’instruments de protection commerciale. Quitte à privilégier la 'coopération renforcée' entre groupes d’au moins neuf États membres sur certains dossiers, ailleurs que dans le domaine judiciaire.

C’est la voie qui semble émerger pour l’Union de l’épargne et des investissements, comme en témoigne un porte-parole de la Commission : « Notre préférence nette est de le faire à vingt-sept, si possible, mais l’urgence devant nous en termes de compétitivité et de simplification (…) et d’opportunités économiques ne peut attendre ».

Les signaux de cette 'Europe à plusieurs vitesses' apparaissent déjà : vingt-quatre États financeront le prêt à l’Ukraine pour 2026 et 2027, sans la Hongrie, ni la République tchèque ni la Slovaquie.

Soucieuse de ses prérogatives nationales, l'Irlande et, potentiellement, le Luxembourg et la Belgique se résoudront difficilement à la volonté des autres pays de l'UE de mettre en place une supervision européenne de certains acteurs financiers systémiques.

Jeudi, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, n'a pas exclu une coopération renforcée d’États membres pour mettre en place un 28e régime destiné à faciliter l'essor transfrontalier des entreprises au sein du marché intérieur.

Un nouveau rendez-vous est fixé en mars, lors d’un nouveau sommet européen, cette fois à Bruxelles, pour tenter, une nouvelle fois, de synchroniser les tempos ou, a contrario, pour avancer en petits « pelotons » renforcés.

Pauline Denys

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