Michel Giannuzzi est le président du Conseil d'administration de Verallia, le leader européen de fabrication d'emballage en verre et président de la FEV, la Fédération européenne du verre d'emballage. Présent lui aussi à Anvers pour le nouveau sommet de l’industrie européenne, il explique les défis de son secteur à la veille de la retraite informelle des dirigeants européens. Et plaide pour une suspension du système ETS. (Propos recueillis par Solenn Paulic)
Agence Europe - Quel message l'industrie du verre a-t-elle à faire passer à l'UE ?
Michel Giannuzzi - Nous représentons tout type de verre en Europe, que ce soit du verre d'emballage, du verre pour le bâtiment, du verre pour les véhicules, pour la parfumerie, pour la pharmacie, pour les arts de la table. Cela représente à peu près un demi-million d'emplois en Europe et nous contribuons à une balance commerciale positive pour l'Europe, par exemple avec les exportations de vins et spiritueux.
Mais le secteur est aujourd'hui en difficulté : une consommation européenne atone. Et pour nos clients qui exportent surtout des vins et spiritueux en Asie et aux États-Unis, ce sont les effets des droits de douane et des barrières tarifaires.
Un certain nombre d'usines ferment parce que le marché n'est plus là. Et à cela s'ajoute le coût de l'énergie, la première source de coût de la fabrication du verre, trois fois plus élevé en Europe qu’en Chine ou aux États-Unis. Notre industrie s'est engagée dans la décarbonation, puisqu’elle est très intensive en énergie. Nous étalons nos investissements dans le temps, la décarbonation avance bien, mais du fait de notre activité spécifique - on ne change pas un four verrier tous les deux ans -, elle n'avance pas assez vite par rapport aux réglementations.
Et notamment le durcissement à court terme des règles des quotas d'allocation gratuite attribués au secteur improductif. On est rentrés depuis le 1er janvier dans une nouvelle période de quatre ans et une nouvelle méthode de calcul, qui aura pour effet un doublement du coût pour l’industrie du verre. C’est un handicap majeur.
Qu’attendez-vous des dirigeants européens ce jeudi à Alden Biesen ?
Même si on ne change pas l'objectif de décarbonation, il faut aider les entreprises et les secteurs industriels engagés dans la décarbonation soit à travers des aides soit en arrêtant de remettre des charges supplémentaires.
Nous devons penser à la capacité d'accélérer l'électrification de nos fours. Car, au-delà des coûts que représente la technologie, il faut ajouter celui de l'électricité.
Donc, il nous faut une autre tarification de l'électricité ; il y a tout un tas de taxes sur l'électricité, sur le transport, qui peuvent être enlevées. Et sur le système d'échange de quotas d'émission de l'UE (ETS), nous demandons le retour aux méthodes de calcul de la phase précédente. À court terme, cela serait déjà une aide appréciée.
Nous ne sommes pas très concernés par la nécessité d’une 'préférence européenne' et nous sommes déjà une industrie très européenne, mais il nous faut garder une industrie du verre ‘made in Europe’ plutôt que d'importer du verre d'en dehors de l'Europe. Nous sommes là aujourd’hui pour protéger nos emplois.