L’OTAN a annoncé, mercredi 11 février, le lancement de la Sentinelle de l’Arctique – Artic Sentry, une « activité multidomaines » qui a pour objectif de renforcer la sécurité dans l'Arctique.
« Le Commandement allié des opérations (ACO), responsable de la planification et de l'exécution de tous les exercices, activités et opérations de l'OTAN, a lancé aujourd'hui (mercredi) Arctic Sentry », a expliqué l’Alliance dans un communiqué. Arctic Sentry sera dirigé par le Joint Force Command Norfolk (JFC Norfolk).
Si les Alliés menaient déjà régulièrement des exercices dans l'Arctique afin de garantir leur capacité à combattre et à opérer dans toutes les conditions, « face à l'intensification de l'activité militaire russe et à l'intérêt croissant de la Chine pour le Grand Nord, il était crucial d'intensifier nos efforts », a expliqué le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, devant les médias.
M. Rutte a expliqué qu’Arctic Sentry « fédérait les activités de l'OTAN et de ses alliés dans le Grand Nord autour d'une approche opérationnelle globale ». « Pour la première fois, nous allons désormais rassembler tout ce que nous faisons dans l'Arctique sous un seul commandement », a-t-il ajouté.
Ainsi, dans un premier temps, Arctic Sentry s’appuiera sur Arctic Endurance, une série d'exercices multidomaines danois visant à améliorer la capacité des Alliés à opérer dans la région, et Cold Response, un exercice norvégien à venir, pour lequel des troupes de toute l'Alliance ont déjà commencé à se déployer, précise l’Alliance. « Ces activités impliquent des dizaines de milliers de personnes et le matériel nécessaire à leur bon fonctionnement dans les conditions arctiques », a précisé M. Rutte.
Selon lui, Artic Sentry permettra de renforcer la posture de l’Alliance dans la région, mais aussi d’avoir une « vision plus cohérente » des défis potentiels en Arctique, « ce qui permettra de combler les lacunes ».
À son arrivée à Bruxelles, à l'occasion du Conseil des ministres de la Défense des pays de l'UE, mercredi 11 février, le ministre danois, Troels Lund Poulsen, a salué l’annonce de l’OTAN à la veille de la réunion du Conseil de l'organisation. « Il s'agit d'une très bonne décision, qui doit maintenant se concrétiser », a-t-il expliqué. « Nous prenons au sérieux la menace que représente la Russie et, derrière elle, la Chine. Et nous sommes prêts à déployer des capacités militaires à cette fin. Et non pas pour apaiser les Américains », a souligné son homologue néerlandais, Ruben Brekelmans.
Alors que le président américain, Donald Trump, a souligné à plusieurs reprises que le Groenland était une question de sécurité nationale américaine, un responsable de l’OTAN a précisé mercredi qu’Arctic Sentry ne se concentrait pas sur l’île.
La Sentinelle est « un cadre défensif, transparent et coopératif qui nous permettra d'être mieux connectés, plus alignés et plus agiles face aux menaces à la sécurité arctique », a précisé un responsable militaire de l’OTAN, expliquant que cela ne pouvait se faire qu’en tant qu’Alliance. Malgré cela, avant l’annonce officielle du lancement, la Russie avait annoncé qu' « en cas de militarisation du Groenland, de la création là-bas de capacités militaires visant la Russie, nous prendrons des contre-mesures adéquates, y compris de nature militaro-technique ».
Le lancement d’Arctic Sentry doit être discuté ce jeudi à l’occasion de la réunion des ministres de la Défense alliés.
Dépenses de défense. Les ministres se pencheront aussi sur des progrès dans les engagements de dépenses de défense pris lors du sommet de La Haye, en juin dernier.
Selon Mark Rutte, les ministres vont discuter de la manière dont leurs pays mettent en œuvre les décisions prises à La Haye et des nouvelles augmentations prévues par nos alliés pour les dépenses de défense. « Les investissements ont augmenté de plusieurs dizaines de milliards (d'euros) », a souligné Mark Rutte.
Les ministres devraient également discuter du développement de la base industrielle de défense des pays alliés, des deux côtés de l’Atlantique. « Nous devons produire davantage. Cela implique un renforcement de la défense aérienne, des stocks de munitions accrus et des chaînes d'approvisionnement plus robustes au sein de l'alliance. Nous devons agir plus vite, adopter de nouvelles technologies, accélérer les acquisitions et veiller à ce que notre industrie de défense soit en mesure de livrer rapidement », a résumé M. Rutte.
Partage des tâches. Les ministres aborderont également la question du transfert des charges et la manière dont l'OTAN devient plus européenne. « Nous répartissons les rôles de manière à ce qu'ils soient pertinents pour tous », a souligné le secrétaire général, soulignant des progrès en ce qui concerne le partage des responsabilités de leadership au sein de notre structure de commandement de l'OTAN.
Ainsi, davantage de commandements vont être transférés aux Européens. La porte-parole de l’Alliance, Allison Hart, a confirmé mardi, sur X, des informations publiées la veille par La Lettre A révélant que les commandements de forces interarmées de Norfolk (États-Unis) et Naples (Italie) devraient passer aux Européens – le Royaume-Uni pour le premier et l’Italie pour le second. Le commandement de forces interarmées de Brunssum (Pays-Bas) sera partagé entre l’Allemagne et la Pologne.
Allison Hart a ajouté que les États-Unis allaient prendre la tête du commandement maritime allié de Northwood (Royaume-Uni) et garder celle des commandements terrestre et aérien alliés, respectivement à Izmir (Turquie) et Ramstein-Miesenbach (Allemagne). « Toute mesure permettant à nos Alliés de s'impliquer davantage et d'assumer un rôle plus important au sein de l'Alliance est une bonne nouvelle et une démarche de bon sens », a souligné mardi l’ambassadeur américain auprès de l’OTAN, Mark Whitaker.
Ukraine. Les ministres se réuniront ensuite avec leur homologue ukrainien, Mikhaïlo Fedorov, dans le cadre d’un Conseil OTAN-Ukraine, auquel assistera également la Haute Représentante de l’UE. Ce Conseil sera suivi d’une réunion du groupe de contact sur la défense de l'Ukraine. 99% de l’aide à l’Ukraine provient des Alliés.
Les Alliés se seraient engagés à acheter pour plus de 4,5 milliards de dollars d’armements américains dans le cadre de l’initiative PURL (liste des besoins priorisés de l’Ukraine). À ce jour, 21 Alliés et deux partenaires (l'Australie et la Nouvelle-Zélande) ont publiquement apporté leur soutien à cette initiative, selon l’ambassadeur américain.
Selon un responsable de l’OTAN, depuis l'été dernier, PURL a fourni les trois quarts des missiles utilisés par l'Ukraine pour ses systèmes Patriot, destinés à la défense contre les missiles balistiques, et 90% des munitions pour d'autres systèmes de défense aérienne.
Interrogé sur des retards dans la livraison d’équipements via PURL, soulignés par le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, un responsable militaire de l’OTAN a estimé qu’il n’y avait pas de retard. « Il n’y a pas de retard et pas de lien direct entre le financement et les livraisons », a-t-il expliqué. Ce responsable a cependant reconnu que « M. Zelensky a tout à fait raison concernant le manque de munitions critique en Ukraine. Même PURL ne peut pas tout fournir ». « Il n’y a pas assez et pas assez vite », a-t-il ajouté.
L’initiative PURL n’est pas la seule à apporter un soutien militaire à l’Ukraine. Un responsable de l’OTAN a expliqué que 16 milliards d’euros de munitions de gros calibre étaient disponibles sur le marché et que l’objectif pour 2026 est de mobiliser au minimum 5 milliards d’euros. 1,4 milliard d'euros ont déjà été promis, selon lui. (Camille-Cerise Gessant)