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Bulletin Quotidien Europe N° 13806
Séance de réflexion informelle des dirigeants de l'UE / CompÉtitivitÉ

à la veille de la réunion d'Alden Biesen, l'industrie européenne appelle les Vingt-sept à assurer sa survie

L’industrie européenne a besoin d'urgence de soutien pour redevenir compétitive et continuer ses efforts de décarbonation pour ne plus se faire distancer par ses concurrentes mondiales.

C’est le message que plus de 500 dirigeants d’entreprises européennes ont adressé mercredi 11 février aux dirigeants européens venus se pencher à leur chevet à Anvers, à l’occasion de la seconde édition du Sommet européen des industries organisée dans la ville flamande.

En 2024, les entreprises européennes avaient demandé un ‘Pacte pour l’industrie propre’ (EUROPE 13354/9). Deux ans plus tard, elles ont, dans leur grande majorité, demandé aux dirigeants européens présents à Anvers, mais aussi à tous ceux qui se rencontreront jeudi 12 février à Alden Biesen, de mener une action urgente pour faire baisser les prix de l’électricité, bien plus élevés qu’en Chine ou aux États-Unis.

Les patrons européens, représentant 1 300 entreprises de la chimie, de l’acier, du verre ou encore du secteur pharmaceutique, ont aussi plaidé pour des règlementations intelligentes, évitant toute surcharge administrative supplémentaire.

L’'Appel d’Anvers' demande également de soutenir un commerce mondial équitable et un meilleur accès au financement. « Les accords de libre-échange ou tout autre type d'accord devraient garantir les approvisionnements essentiels à l'industrie, faciliter l'accès à de nouveaux marchés et accroître les exportations. L'UE devrait examiner tous les instruments politiques de lutte contre la concurrence déloyale afin de garantir des conditions de concurrence réellement équitables pour les industries européennes, tant sur le marché national qu'international, y compris la protection contre les fuites de carbone ».

Par ailleurs, le texte appelle à « acheter fièrement des produits fabriqués en Europe », et cela en montrant l'exemple « grâce aux marchés publics et aux initiatives d'acheteurs privés soutenues par l'UE ».

Il faut également donner aux consommateurs (entreprises et particuliers) les moyens de choisir des produits à bilan carbone nul et issus de l'économie circulaire, « en se basant sur la transparence des empreintes carbone des produits et de l'environnement et en soutenant des emplois de qualité en Europe », indique le texte.

Crise existentielle. Et ces patrons ont eu l’écoute attentive des dirigeants européens, à commencer par le Premier ministre belge, Bart De Wever, qui estime que l’UE est « au bord d’une crise existentielle. » Mais il existe un « momentum » pour le dirigeant belge, qui a émis une « triple priorité : innovation, productivité et compétitivité ».

Ursula von der Leyen, elle aussi, a entendu les ‘patrons’, en particulier sur les volets des obstacles liés à l’énergie et de la concurrence déloyale ou des fardeaux administratifs.

La présidente de la Commission a d’abord largement vanté les derniers accords commerciaux signés avec le Mercosur ou l’Inde, qui aideront les entreprises européennes à trouver des partenaires et débouchés fiables.

Mais il faut « accélérer le rythme sur notre continent. Dans la course mondiale, les retards sont synonymes de pertes d’investissements. Actuellement, il est parfois plus long d’obtenir un permis pour une nouvelle usine que de la construire », a-t-elle noté.

Nouvelle réaffectation des recettes de l’ETS. Répétant que la Commission proposera bientôt un 28e régime pour faciliter, par exemple, la création de start-up, la présidente a aussi partagé le constat de l’industrie sur l’énergie et les recettes du système d’échanges de quotas d’émissions.

« La prochaine étape consiste à orienter davantage de ressources depuis notre système d’échange de quotas d’émission vers vos industries. Ce système présente clairement des avantages. Depuis son lancement, en 2005, les émissions ont chuté de 39%, tandis que l’économie dans les secteurs concernés a connu une croissance de 71%. C’est la preuve que décarbonation et compétitivité peuvent aller de pair. De plus, ce système a généré plus de 260 milliards d’euros de recettes », a-t-elle dit. « Mais les États membres investissent moins de 5% des recettes de l’ETS dans la décarbonation industrielle. Je pense qu’il est grand temps que les États membres intensifient leurs efforts. (...) L’affectation de davantage de recettes du système ETS au profit de l’industrie sera, par conséquent, l’un des principaux objectifs de la réforme à venir sur le système d’échange de quotas d’émission ».

Il faudra aussi revoir la fiscalité énergétique en profondeur. « Alors que les coûts de l’énergie baissent, les taxes nationales sur l’énergie augmentent. Et l’industrie paie des taxes 15 fois plus élevées sur l’électricité que sur le gaz. Nous travaillons donc avec les gouvernements nationaux afin d’alléger le poids des taxes et de faire baisser les prix », a-t-elle également déclaré.

Enfin, sur la préférence européenne, il s’agira d’accélérer l’adoption des produits propres en Europe. « Seule une forte augmentation de la demande plaidera en faveur d’un surcroît d’investissements. C’est pourquoi il est si important de créer des marchés pilotes. Et les marchés publics sont un puissant levier, eux qui représentent 14% de notre PIB. (…) Trop souvent, nos acheteurs publics sont contraints d’acheter des produits étrangers bénéficiant de subventions plutôt que leurs équivalents européens de qualité élevée ».

La réponse « à cette déperdition sera au cœur de l’acte législatif pour l’accélération de l’activité industrielle », a encore dit Mme von der Leyen. La Commission introduira « des exigences de contenu propres à l’UE pour les secteurs stratégiques. Y figureront notamment des exigences en matière de réduction des émissions de carbone dans les marchés publics. Et tout cela reposera, bien sûr, sur une analyse économique rigoureuse. Orientons davantage d’argent européen vers nos industries européennes », a encore plaidé la présidente.

Une 'préférence européenne', unique solution sur le court terme, selon Paris. Intervenant également, le président français, Emmanuel Macron, a aussi appuyé la nécessité d’ôter toute législation inutile et pesant sur les entreprises. Le Français a exposé un plan d’action autour de quatre axes : la simplification et la capacité d’agir à l’échelle de l’UE, la diversification commerciale et le ‘derisking’, les outils de protection ainsi que les investissements massifs.

Il a, à nouveau, plaidé pour une solution indispensable, selon lui, pour relancer la compétitivité, à savoir « l'émission de dettes communes ».

Le président français a aussi insisté sur le besoin de mobiliser les capitaux privés et a réitéré son appel à une préférence européenne dans des secteurs critiques, comme l’hydrogène bas carbone.

« Nous devons garantir un pourcentage minimal de contenu européen dans les secteurs stratégiques », a-t-il dit, convaincu que cette idée fait de plus en plus « consensus » entre les Européens. S’il le faut, l’UE ne doit pas non plus exclure l’idée de rétablir des « tarifs » douaniers dans certains secteurs, a -t-il poursuivi.

Lui succédant, le chancelier allemand, Friedrich Merz a appelé à combattre la « machine à réglementer » qu'est devenue l'UE et il a plaidé pour l'ouverture commerciale. Il a également voulu donner sa vision de ce principe de préférence européenne. Il faudra l’appliquer de manière « intelligente », « pour des secteurs critiques et seulement comme une mesure de dernier ressort ».

« Et nous devons inclure nos partenaires commerciaux. Je préfère le 'Made WITH Europe' au 'Made IN Europe' trop étroit », a encore dit l’Allemand.

Lien vers l'appel : https://aeur.eu/f/koo

Lien vers le discours d'Ursula von der Leyen : https://aeur.eu/f/kot (Solenn Paulic)

Sommaire

REPÈRES
Séance de réflexion informelle des dirigeants de l'UE
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN
SÉCURITÉ - DÉFENSE
POLITIQUES SECTORIELLES
ACTION EXTÉRIEURE
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
CONSEIL DE L'EUROPE
BRÈVES