Il n’y a « pas de complaisance à avoir » après le dernier rapport de la Commission européenne sur l’état du marché unique et la compétitivité de l’UE et il faut « accélérer » pour lever toutes les barrières possibles, a conclu le commissaire européen à la Justice, Michael McGrath, mardi 3 février à Nicosie.
Le commissaire, qui présentera « le mois prochain » la proposition sur le 28e régime pour les PME, scale-up ou start-up devant faciliter les investissements dans ces petites entreprises et leur permettre d’opérer facilement partout dans l’UE, participait à la réunion informelle des ministres et représentants de ministres des Vingt-sept en charge de la Compétitivité et de l’Industrie.
Le ministre chypriote de l'Énergie, du Commerce et de l'Industrie, Michael Damianos, avait convié à cette occasion les représentants à se pencher sur la santé de l’industrie de la défense européenne et les gouffres de financements pour les PME, en particulier, ainsi que sur le bilan de la première année d’action de la 'Boussole de compétitivité'.
Et la discussion a permis notamment de pointer les « défis » multiples, notamment le décrochage des PME dans l’utilisation de l’IA, avec des niveaux encore très « bas », a commenté le ministre. La Présidence chypriote du Conseil de l’UE en avait fait un thème important dans ses notes de discussion, évoquant une vraie Europe « à deux vitesses » dans ce domaine de l’IA (EUROPE 13798/3).
S’agissant de la défense, les ministres ont surtout été invités à se pencher sur la façon dont le Fonds européen pour la compétitivité ainsi que le nouveau fonds EDIP (le 'Programme pour l'industrie européenne de défense') pourront aider ce secteur industriel et permettre de réduire sa dépendance, notamment vis-à-vis des États-Unis.
À l’issue des travaux, le ministre a insisté notamment sur le besoin de remédier aux manques de financements pour les PME et à mieux faire coïncider recherche, innovation et production industrielle. Il faudrait d’encourager les pays membres à aider les PME actives dans la production de technologies duales.
Selon un participant, les représentants ministériels auraient insisté sur l’importance d'établir des financements au titre du 'Fonds pour la compétitivité' les plus « simples » et accessibles possible. Ils auraient également réitéré le besoin pour l’UE de mieux s’approvisionner en ressources critiques ou semi-conducteurs ou de doper le recours à l’IA.
Alors que les pays de l’Espace économique européen et la Suisse étaient conviés (le 'Fonds européen pour la compétitivité' leur sera aussi ouvert), la discussion n’a toutefois pas porté sur les autres pays tiers éligibles aux programmes de financements européens pour la défense.
Sur le volet ‘marché unique et compétitivité', le futur ‘Acte sur l’accélération industrielle’ et le principe de préférence européenne ont aussi été soulevés et encouragés par plusieurs délégations.
Pourtant, certaines délégations des pays dits 'nordiques' auraient émis des craintes, demandant à ce que le concept ne se retourne pas contre les industriels européens.
La Commission aurait insisté sur le besoin de prendre des mesures de ‘préférence européenne’ parfaitement calibrées et appliquées à certains secteurs et expliqué que le fait que l’UE dispose d’accords de libre-échange, dont le plus récent a été signé avec l’Inde, rendrait délicate l'introduction de restrictions dans les secteurs industriels couverts par ces accords.
Au terme des travaux, le commissaire européen a indiqué en tout cas que cet 'Acte' permettra de doper la « production européenne, mais sans fermer notre économie ».
En arrivant à la réunion, plusieurs responsables n’avaient pu que souscrire aux constats de la Commission sur le marché intérieur, comme le secrétaire d’État espagnol aux Affaires européennes, Fernando Sampedro.
« Le principal moyen d'accroître la compétitivité européenne est de renforcer notre marché intérieur, notre marché unique. C'est là que la plupart de nos partenaires, nos entreprises et nos PME rencontrent les difficultés : environ 45% des droits de douane sur les produits et plus de 100%, voire 110%, sur les services ».
Le représentant polonais avait aussi insisté sur la poursuite de la simplification réglementaire et sur une approche « pragmatique sur les législations climatiques, comme sur l'ETS ».
Andrej Babiš émet ses idées sur la compétitivité de l'UE. Le Premier ministre tchèque a aussi mis par écrit, le 27 janvier dernier, ses vœux pour la compétitivité de l'UE en amont de la retraite des dirigeants européens du 12 février. « Je considère que le bon fonctionnement du marché intérieur, le renforcement de l'industrie européenne et de l'autonomie stratégique, de la sécurité énergétique et des prix de l'énergie abordables pour nos citoyens et nos entreprises sont d'une importance capitale. Il est essentiel d'empêcher la délocalisation des industries énergivores hors de l'UE et de renforcer notre autonomie stratégique », écrit, entre autres, le Tchèque, qui demande un report de l'ETS 2 jusqu'en 2030.
Lien vers la lettre : https://aeur.eu/f/kjx (Solenn Paulic)