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Bulletin Quotidien Europe N° 13798
POLITIQUES SECTORIELLES / CompÉtitivitÉ

Les ministres des Vingt-sept invités à se pencher, les 2 et 3 février à Chypre, sur la santé de l'industrie de la défense

La Présidence chypriote du Conseil de l’UE accueillera les 2 et 3 février à Nicosie les ministres des Vingt-sept chargés de la compétitivité pour une réunion informelle dédiée au renforcement de la base technologique et industrielle de défense européenne, aux résultats concrets de la ‘Boussole de compétitivité’ un an après son lancement, et enfin, à l'Agenda 2030 pour les consommateurs.

Alors que les dirigeants européens se pencheront précisément sur la compétitivité de l’UE le 12 février, lors d’une retraite informelle, et qu’un séminaire du Collège des commissaires européens sera également dédié à ce sujet le 4 février, les ministres seront notamment invités par la Présidence à se préoccuper de la santé de l’industrie européenne de la défense et du renforcement de la base technologique et industrielle.

« Comme le souligne le rapport Draghi, les concurrents mondiaux, notamment les États-Unis, bénéficient d’écosystèmes industriels de défense opérant à plus grande échelle et avec des niveaux d’intégration plus élevés, soutenus par des investissements constants et une demande prévisible. Les États-Unis, à eux seuls, consacrent à la défense plus du double du budget de l’ensemble des États membres de l’UE, avec un budget de R&D environ dix fois supérieur à celui de l’Europe », rappelle entre autres Chypre, en amont de cette discussion.

Et si les États membres de l’UE ont augmenté leurs dépenses de défense à 343 milliards d’euros en 2024, l’efficacité de ces dépenses en matière de création de valeur industrielle à long terme varie considérablement, reflétant des différences dans les approches d’acquisition, les horizons d’investissement et l’équilibre entre la mise en œuvre opérationnelle et l’investissement industriel.

L’optimisation des dépenses ne dépend donc pas uniquement du niveau des budgets, mais aussi de la manière dont celles-ci sont structurées pour soutenir les capacités de production, l’innovation et la résilience des chaînes d’approvisionnement. Les ministres seront appelés à débattre des divergences en matière d’exigences nationales, de procédures de modernisation, d’approbation et de soutien logistique, qui continuent de limiter la capacité de l’industrie européenne à tirer pleinement profit des retombées industrielles de l’augmentation des dépenses de défense.

Par ailleurs, le manque de coordination des achats et la dépendance vis-à-vis des fournisseurs non européens engendreraient des coûts annuels pour l'UE allant de 18 à 57 milliards d'euros (soit de 6,5 à 20,5% des dépenses militaires européennes totales), selon des chiffres mis à la connaissance des ministres.

Les start-up, les scale-up et autres PME, quant à elles, sont confrontées à un déficit de financement annuel estimé à environ 4 milliards d'euros, ce qui limite la capacité des innovateurs du secteur des biens à double usage à augmenter leur production ou à s'intégrer dans les chaînes d'approvisionnement transfrontalières.

Déficit de financement de 4 milliards d’euros. Le succès de l’industrie européenne de défense repose aussi sur un marché unique performant où la normalisation est considérée comme un levier stratégique d'interopérabilité, d'évolutivité et de réduction de la dépendance extérieure. « En harmonisant les processus de certification, les exigences techniques et les voies de qualification, l'UE peut offrir une utilité opérationnelle comparable et 'prête à l'emploi' dans tous les États membres », fera aussi remarquer la Présidence lors de cette première session.

Les questions porteront notamment sur le rôle que devra avoir dans ce domaine le 'Fonds européen pour la compétitivité', notamment pour réduire les dépendances structurelles vis-à-vis des pays tiers, renforcer l’approvisionnement en sous-composants essentiels, l’accès aux matières premières et l’intégration des chaînes d’approvisionnement des industries civile et de défense. Il s’agira aussi de savoir comment adapter les instruments financiers au niveau de l’UE pour combler le déficit de financement estimé à 4 milliards d’euros pour les acteurs européens de l’industrie de défense.

Les ministres seront ensuite invités à évaluer les premiers effets de la ‘Boussole de compétitivité’, qui doit permettre de mobiliser plus de 1 000 milliards d'euros dans les domaines de l'innovation, des technologies propres et de la sécurité. Alors que la première série de mesures de simplification 'omnibus' devrait permettre aux entreprises de réaliser des économies administratives estimées à 8,4 milliards d’euros (la Commission évoque 15 milliards dans son dernier rapport sur le marché unique, NDLR), la situation des PME reste plus délicate et sera plus précisément abordée.

Selon Chypre, une économie à deux vitesses serait même en train de se dessiner, les grandes entreprises adoptant par exemple l'IA deux à trois fois plus vite que les petites et moyennes entreprises (PME). Les start-up européennes continuent aussi à se heurter à une « falaise de financement » par rapport à leurs homologues américaines.

Enfin, les ministres se pencheront sur l'Agenda 2030 pour les consommateurs. Ils seront notamment invités à se pencher sur le projet de ‘Digital fairness Act’ et à dire quelles devraient être, selon eux, les mesures législatives prioritaires. (Solenn Paulic)

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