Présentant les priorités de la Présidence du Conseil de l’UE face aux eurodéputés de la commission des Droits des femmes et de l’Égalité des genres (FEMM), le ministre chypriote de la Justice et de l’Ordre public, Costas Fitiris, a fait de la lutte contre les violences de genre, notamment en ligne, un enjeu de premier ordre.
Le ministre a rappelé la responsabilité particulière de la Présidence chypriote, au regard d’un contexte de « défis politiques, géopolitiques et sociaux énormes ».
Assurant que l’État membre était convaincu « de la valeur de l’unité, de l’autonomie de l’Union européenne, de l’État de droit et de la démocratie », le ministre a affirmé la volonté de Chypre de jouer un rôle de médiateur au sein du Conseil afin de renforcer « la sécurité, l’autonomie et l’ouverture » de l’UE.
L’objectif est ainsi de garantir la protection effective des droits des femmes et des filles, de lutter contre toutes les formes de violences fondées sur le genre et de promouvoir l’égalité à tous les niveaux, social, économique ou politique.
L’eurodéputée Mélissa Camara (Verts/ALE, française) l’a interpellé pour rappeler l’actualité autour des cyberviolences, évoquant « la culture du viol autour de l'intelligence artificielle » et regrettant qu’« il n'y a pas une seule fois le mot LGBT dans ce programme » ni « de référence aux droits sexuels et reproductifs ». Elle a demandé un « vrai portage politique » et cité, parmi les attentes, la directive anti-discrimination, bloquée depuis 2008 (EUROPE 13795/26) au Conseil de l’UE et le sujet des pratiques de conversion, après l’initiative citoyenne européenne ayant atteint le million de signatures (EUROPE 13754/27).
Concernant les droits sexuels et reproductifs, Costas Fitiris a répondu en limitant le champ d’action de la Présidence. « La santé reproductive et sexuelle et les questions touchant les femmes, cela fait partie des compétences des États membres », a-t-il affirmé.
Et d’ajouter : « Nous ne pouvons pas prendre les prérogatives qui sont celles des États membres ».
La présidente de la Commission FEMM, Lina Gálvez (S&D, espagnole), quant à elle, a interrogé la Présidence sur les outils concrets d’intégration de l’égalité dans toutes les politiques, demandant si la conférence de haut niveau annoncée en février inclurait la 'budgétisation de genre'. Elle a appelé également une réponse plus étoffée aux violences numériques, mentionnant un possible retard européen et ses effets, notamment sur la santé mentale des adolescentes.
Sur la directive horizontale « égalité de traitement », le ministre a évoqué un enlisement « depuis 17 ans », faute d’unanimité au Conseil, avec des réserves relatives aux compétences nationales et au coût de mise en œuvre, « surtout pour les questions touchant au handicap ».
Il a affirmé vouloir coopérer, mais sans promettre d’issue rapide, avançant que la Présidence « ne va pas vous promettre d'objectifs et de résultats concrets en la matière ».
Pour voir les priorités (p. 34 du programme) : https://aeur.eu/f/kib (Nithya Paquiry)